Vie professionnelle

Le surmenage peut avoir des répercussions sur plusieurs aspects de notre vie

Le surmenage peut avoir des conséquences sur l'ensemble de notre vie

Le surmenage (2/2)

Dans la précédente lettre, nous abordions, exemples authentiques à l'appui, les conséquences pénibles, voire tragiques, dues au surmenage (voir première partie). Voyons cette fois des effets plus discrets mais néfastes eux-aussi.

Il peut sembler difficile de chiffrer la fatigue et le surmenage. Néanmoins, des estimations sérieuses attirent notre attention sur des aspects peut-être insoupçonnés. Par exemple, la seule fatigue engendrerait des pertes de l'ordre de 377 milliards de dollars par an ! Si l'on pouvait réellement récupérer ou simplement économiser cet argent, il suffirait probablement à résoudre bon nombres d'autres problèmes sur notre planète.

Pas seulement un coùt financier

Aussi élevé que semble ce tribut, il est dérisoire en regard des pertes impossibles à compenser comme la santé ou même la vie. Prenons un grand classique en la matière : les accidents de la route. Certes, plusieurs paramètres entrent en jeu et en cette période de fin d'année, l'accent est mis sur les risques liés à l'alcool ou les substances dangereuses au volant. Cependant, avant même de parler de ces excès-là, on estime qu'aux Etats-Unis près de 100 000 accidents sont dus à la somnolence. Et la somnolence est une des premières conséquences de la fatigue, du surmenage.

La somnolence, « c'est un peu le parent pauvre de l'accidentologie, car il est à la fois difficile à cerner et difficile à combattre » et peut parfois « provoquer simplement la résignation », résume le professeur Claude Got, expert en sécurité routière.

En France, un accident mortel de la route sur trois est lié à la somnolence au volant. Cette tragique proportion est la même sur routes et sur autoroutes. Fait surprenant, ces accidents auraient lieu majoritairement sur des trajets plutôt courts - 85 %, d'après l'association des sociétés françaises d'autoroute (ASFA) - et même, sur des trajets en ville (54%).

Il n'y a pas de secret : pour éviter d'en arriver là, une seule solution, se reposer suffisamment. Et si la somnolence est détectée au volant (et justement, il est difficile d'en être « conscient » - et pour cause !) il vaut mieux s'arrêter que risquer plus grave.

De plus en plus de médecins se déclarent surmenés physiquement et psychologiquement.

Et ce n'est pas tout. Dans les meilleurs des cas, l'accidenté aura recours à des soins d'urgence et parfois des soins lourds, comme une intervention chirugicale. On est tenté de penser qu'à partir de là, presque tout danger est enfin écarté. Pour la plupart des cas c'est heureusement vrai. Mais pas forcément pour tous.

Qu'est-ce à dire ? Et bien que le meilleur des praticiens n'en est pas moins un humain et qu'il risque lui aussi, à un moment ou à un autre, d'être victime de la fatigue, du surmenage. Or, dans un tel cas, ses facultés pourraient en pâtir avec les douloureuses conséquences que l'on imagine. Vision catastrophique et exagérée ? Jugez plutôt.

D'après le magazine de l'ordre national des médecins, en France, de plus en plus de médecins, en particulier chez les praticiens de premiers recours, se déclarent surmenés physiquement et psychologiquement. En Ile-de-France près d'un médecin sur trois dit ressentir le besoin d'un soutien psychologique. 47 % des médecins libéraux présentent les symptômes du surmenage et 53 % se sentent menacés par le même.

Pire, 14 % des décès des médecins libéraux en activité ont pour cause le suicide, contre 5,6 % dans la population générale (Source : enquête Cnom, enquêtes URML, 2002 - 2007). Un rapport de l'Institut australien de la santé et de l'hygiène a révélé, quant à lui, qu'environ 10 % des médecins travaillaient plus de 65 heures par semaine, que 17 % de tous les praticiens dépassaient ce chiffre, et que 5 % des internes travaillaient plus de 80 heures par semaine...

Les humains ont des limites

Nous ne sommes pas des machines. Ces dernières ont des sytèmes de protection et de détection des erreurs potentielles qui ne sont pas tributaires de la résistance physique. Il y a des notices d'utilisation explicites, des indications par panonceaux et voyants, des formations régulières pour leur utilisation et entretien.

Une jeune femme boit une tisane

Nous ne sommes pas des machines...

Les humains que nous sommes ne sont pas complètement dépourvus de signaux d'alarme, mais leur interprétation, et surtout, leur prise en compte, fait toute la différence. Le journal des médecins déjà cité précise encore que [même] « le médecin a rarement un comportement rationnel face à sa propre santé. Que ce soit par manque d'objectivité ou surcharge de travail, lorsqu'il est malade, le médecin a tendance à refuser la réalité de ses symptômes ou à en minimiser le ressenti. »

N'a-t-on pas souvent entendu des personnes dire qu'elles n'avait pas le droit ni le temps d'être malades ou fatiguées ? Ne l'avons-nous pas dit nous-mêmes parfois ? Il est fort probable que nous ne soyons pas bien formés à l'interprétation de nos propres indicateurs. Un spécialiste a déclaré que « nous en connaissons bien moins sur les caractéristiques techniques de l'être humain que sur le matériel et le logiciel qu'il utilise. »

Il est donc pertinent de rester attentif aux messages que notre corps essaie de nous faire passer. Fatigue chronique, humeur variable, déprime, sensibilité accrues aux moindres maladies, autant d'indices qui, pris en compte, peuvent limiter les dégâts. Cela ne veut pas dire ne plus rien faire du tout, comme certains semblent parfois l'avoir déjà conclu, mais rester raisonnablement dans nos limites. Ce sont ces limites qu'il convient d'identifier.

Des effets en termes de coût social et familial

Les considérations à propos de la fatigue excessive touchent aussi notre vie privée. Même si la source de notre surmenage est professionnelle, les conséquences ne s'arrêtent pas à des limites observables. Ainsi, des familles ont eu à en faire les douloureux frais.

Exemple, le cas de ces deux jeunes gens qui s'appliquaient à stabiliser matériellement leur couple. Achats raisonnables mais néanmoins coûteux, projet de construction, etc. Travaillant tous deux à plein temps, leurs horaires ont fini par ne plus coïncider au point de n'être plus que rarement ensemble et dans un état de fatigue avancée. Malgré des signes avant-coureurs, ils ont maintenu un tel programme mais leur union n'y a pas résisté. Circonstances de la vie ? Peut-être, mais dans ce cas, un aménagement du temps de travail, moyennant peut-être quelques menus sacrifices, leur aurait probablement permis de mieux gérer les choses sans avoir à en souffrir.

Dans la même veine, une étude révèle que le taux de divorce est nettement supérieur, de l'ordre de 60 %, pour les couples travaillant à des horaires asynchrones, comparaison étant faite avec les travailleurs à horaires synchronisés.

Le temps n'est pas élastique et plus on veut y faire entrer de choses, plus l'espace est restreint et difficile à vivre.

Les horaires de travail ne sont pas seuls en cause. La quantité de travail joue également son rôle. Le temps n'est pas élastique et plus on veut y faire entrer de choses, plus l'espace est restreint et difficile à vivre. D'où stress, fatigue, surmenage. Dans des cas graves, s'y ajoutent les soi-disant compensateurs comme l'alcool, la drogue ou simplement une alimentation déséquilibrée. Pour compléter le tableau, ajoutons la présence d'enfants qui ont leur (grosse) part de besoins affectifs et relationnels, et la situation devient inextricable. De telles familles sont en danger.

A propos des enfants, il y a bien des moyens. Garde d'enfants au domicile, garderie. Parfois, c'est la télévision qui fait office de gardienne. C'est aux parents qu'il revient de savoir ce qui convient le mieux mais aucun dispositif, aussi sophistiqué soit-il, ne remplacera l'irremplaçable : la présence et l'attention des parents. Ce sont parfois des choix difficiles qui exigent des sacrifices, mais qu'est-ce qui a le plus de prix ?

Une enquête a révélé qu'une inquiétante proportion de parents américains sont prêts à sacrifier le développement affectif et psychologique de leurs enfants pour ne pas avoir à renoncer à leurs projets et confort personnels. Bien entendu, aucun de ces parents ne l'admet dans ces termes.

Impossible et inutile de juger qui que ce soit. Ces chiffres et références nous rappellent qu'une certaine prudence est de mise pour ne pas avoir à pâtir, nous-mêmes ou nos enfants, ou quiconque, d'excès et d'erreurs qui nous conduiraient à la fatigue excessive ou au surmenage.

Dans le doute, prenez un peu de repos. « Vous le valez bien... »

 

F. Huguenin - VR2


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