Expression française

Tableau représentant Edouard VI jeune homme, vêtu d'un pourpoint

Un bien joli vêtement.

Il peut être embarrassant parfois d'être l'objet d'une telle expression

A brûle-pourpoint

N'avez-vous jamais été pris au dépourvu dans une conversation, une réunion ? C'est peut-être parce que votre interlocuteur a utilisé une vieille ruse de guerre...

Comme souvent dans le langage courant, l'expression a trait aux activités militaires. Mais d'abord, voyons de quoi il retourne à propos de ce « pourpoint ».

Le pourpoint était un habillement masculin européen. On le trouve sur nos congénères entre les XIIIe et XVIIe siècles. Cet habillement couvrait le corps depuis le cou jusqu'au-dessous de la ceinture et pourrait être assimilé à un justaucorps. Relativement épais, il pouvait convenir en tant que sous-vêtement pour armure. Dans ce cas, il consistait en une peau ou une double peau rembourrée de laine. Il pouvait aussi être en cuir, était souvent dépourvu de manches. C'était plus seyant que la cotte de maille.

Tout feu tout flamme

Maintenant, un peu d'armurerie. Encore de nos jours, lorsque l'on tire avec une arme à feu, il y a production de flamme à la sortie du canon. C'est d'ailleurs cette particularité qui permet parfois à des enquêteurs d'évaluer la distance de tir, car cette flamme peut provoquer une petite brûlure. Evidemment, avec des armes plus rudimentaires, la production de flamme est encore plus caractérisée. La poudre était en effet directement introduite dans la chambre de combustion et non dans une cartouche.

A brûle-pourpoint : brusquement, sans préparation.

On peut imaginer que si on plaçait cette arme sur une personne au point de faire contact avec son corps, lors du coup de feu, les vêtements superficiels portaient des traces visibles de cette brûlure. Si ces vêtements sont précisément un pourpoint, le tir pouvait brûler l'étoffe. Ce serait un tir « à brûle-pourpoint ».

Par analogie, l'expression signifie d'abord « dire très directement des choses désagréables, voire dures, à quelqu'un ». Un peu comme si, figurément parlant, on lui tirait dessus avec une arme à feu, comportement peu amène s'il en est. Evidemment, l'expression se veut évocatrice d'efficacité. Un tir à bout portant (à brûle-pourpoint, donc) a de fortes probabilités d'occurrences (on ne va tout de même pas dire des « chances »...) d'être précis et décisif. De plus, étant donné une certaine difficulté à obtenir l'accord de l'intéressé pour procéder à son exécution, l'idée emporte celle de rapidité, de surprise. Ce sont toutes ces connotations qu'introduit d'abord notre expression, au sens figuré.

Avec le temps, la valeur de l'expression est restée strictement temporelle, c'est-à-dire évoque la soudaineté sans forcément de caractère vindicatif. Ceci préserve un aspect de la signification initiale quant à l'effet de surprise nécessaire, nous l'avons vu, pour prendre au dépourvu la victime. De fait, c'est ce sens qui est resté. L'expression désigne ces situations où nous ne pouvons nous attendre à ce qui va se produire, souvent une parole ou une question. Non que nous soyons forcément pris de très près (à bout portant) mais en tout cas sans préparation, à l'improviste.

 

Frédéric Huguenin - VR2


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