Expression française

Un rubis

Un bien joli bijou.

Expression que l'on aime entendre quand il s'agit de recevoir de l'argent

Payer rubis sur l'ongle

Difficile de manipuler de la monnaie ou des billets avec un rubis juste sur l'ongle... De plus, cette ostentation pourrait susciter des convoitises. Il ne paraît donc pas bien prudent de garder ce sens pour éclairer notre recherche. Il se peut même que nous soyons un peu déçus quant à la distinction émanant de la véritable origine...

De l'argent liquide ?

Il semble que l'expression apparut au XVIIe siècle, et on disait seulement « faire rubis sur l'ongle ». Dans un de ses romans, Théophile Gautier nous éclaire à ce propos. Il y est en effet question de plusieurs compagnons qui partagent un repas. Celui-ci est correctement accompagné d'un bon vin, un vin rouge. Et les appétits de l'époque étant réputés solides, la boisson coulait aussi généreusement. A tel point que la bouteille de vin fut finalement vidée de son contenu.

Mais, dans un souci d'anti-gaspillage, ou tout simplement pour en profiter jusqu'au bout, l'un des convives fait ce que nous faisons parfois pour extirper complètement un liquide, il renverse la bouteille et guette la libération des dernières gouttes, et même, de « la » dernière goutte. Or, cette dernière goutte de vin rouge, si elle finit par tomber, sera suffisamment petite pour tenir... sur un ongle. Et à quoi ressemble par la couleur et la translucidité la dernière goutte d'un vin rouge ? A une goutte de rubis... Par ailleurs, il existait aussi l'expression « boire goutte sur l'ongle », très proche de la description qui précède.

« Payer rubis sur l'ongle : payer jusqu'au dernier sou »

Faire rubis sur l'ongle signifie donc « jusqu'à la dernière goutte ». Un poête, sans doute apprécié dans les milieux viticoles, aurait écrit : « Je sirote mon vin quel qu'il soit, vieux, nouveau. Je fais rubis sur l'ongle et n'y mets jamais d'eau ».

Information supplémentaire, dans son « Dictionnaire comique » publié en 1718, Philibert-Joseph Le Roux indique qu'au cours des beuveries, lors d'une tournée dédiée à un absent estimé, il était coutumier de garder au fond du verre une toute petite goutte, de la verser sur l'ongle du pouce, puis de la lécher pour marquer l'attachement porté à la personne.

Il semble que ce soit à cette même époque que l'expression s'étendit à l'argent en devenant « payer jusqu'au dernier sou ». Il se peut que le malheureux débiteur vit alors partir définitivement sa moindre monnaie avec la même horreur que celle d'un amateur de bon vin s'aperçoit de la fin de sa bouteille.

Avec le temps, l'expression en vint à désigner un paiement comptant et intégral.

Finalement, l'évocation luxueuse du rubis a peu de choses à voir avec la déception liée à la disparition formelle de son argent, sauf pour celui qui le reçoit. De fait, il est bien plus probable que le « rubis » ici ne désigne pas la pierre précieuse mais la couleur, du latin « ruber » rouge. Couleur qui devint le nom propre du bijou.

En cherchant encore un peu, on trouve une relation intéressante avec une autre expression, en l'occurrence « jusqu'au bout des doigts ». Voir à ce propos notre article déjà paru.

Cette autre expression vient du latin. Horace déjà l'employait « Ad unguem carmen castigare », corriger un poème jusqu'à l'ongle, c'est-à-dire complètement. Jusqu'à la perfection. Ainsi notre expression « faire rubis sur l'ongle » signifiait bien boire complètement son vin, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une parfaite goutte couleur rubis dans le verre ou sur l'ongle.

 

Frédéric Huguenin - VR2


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