Expression française

Une scène de bataille des guerres napoléoniennes

Scène de bataille... Mieux valait éviter le front.

Expression péjorative parfois utilisée en milieu professionnel

Tirer au flanc

On ne l'aime pas beaucoup. Il y a sûrement quelqu'un dans notre entourage que nous qualifions de tel, à moins que nous ayons eu à souffrir d'un tel sobriquet : c'est le « tire-au-flanc »

L'expression fut d'abord employée dans l'armée. Il faut se replacer dans le contexte des guerres anciennes. Pour imager, dans le genre des guerres napoléoniennes. En ce temps là, en effet, les armées se faisaient face. Tambours, musique, porte-drapeaux et autres apparats faisaient partie des rituels guerriers du moment.

De fait, chacune des armées présentait une ligne de front... ligne de front qui deviendrait rapidement ligne de contact avec l'ennemi. Se trouver en première ligne réduisait considérablement les chances de survie, elles-mêmes inversement proportionnelles à la gloire éventuelle d'une disparition prématurée.

Une stratégie de survie

Mais voilà, le sentiment patriotique ou téméraire, selon les cas, n'habitait pas forcément tous les combattants, surtout ceux qui n'étaient pas complètement volontaires quant à se trouver là. Du coup, conscients de la stratégie militaire discutable de l'affrontement direct, ces précautionneux s'efforçaient alors de rejoindre une partie moins exposée des troupes, en l'occurrence, sur les flancs de la masse des guerriers.

Le centre du corps de troupe aurait sans doute été encore plus indiqué, mais en s'esquivant le plus discrètement possible du front, le flanc offrait le meilleur rapport sécurité / accessibilité. Et c'est là que réside le reproche : s'échapper du front et de son tumulte pour rejoindre discrètement la zone modérée du flanc. Inutile de préciser qu'un tel comportement était très mal vu.

« Tirer au flanc » : s'esquiver pour éviter quelque chose de déplaisant.

Or, en ces mêmes temps, le mouvement, le déplacement se décrivait par une expression : tirer. On retrouve d'ailleurs cette version dans une expression très familière moderne : se tirer. « Tirer au flanc » signifiait donc tout simplement se diriger vers le flanc, sans forcément être une expression argotique. D'ailleurs, Molière l'utilise dans l'Étourdi (« Tirons de ce côté »). On la trouve encore dans les locutions « tirer de long » ou « tirer de large » qui voulaient dire « s'enfuir ».

De fins et prudent stratèges ont remarqué qu'une autre zone de la formation des soldats était encore mieux protégée que les flancs : la zone arrière, ou, le derrière. Ce dernier mot est parfois décrit par une expression plus triviale qui s'incorpore à une autre expression similaire à la première quant à sa signification.

Pour rester sur l'expression « tirer au flanc », ses applications ont débordé du cadre strictement opérationnel pour évoquer la possibilité de se soustraire à des corvées ou autres besognes peu engageantes, à l'origine également liées au joyeux contexte des casernes. « Tirer au flanc » signifie que l'on évite de travailler et que l'on préfère se reposer.

Par extension, « tirer au flanc » désigne l'action de celui qui s'esquive « vers le côté » pour éviter quelque chose de déplaisant. Il est alors vu comme un paresseux qui veut en faire le moins possible, qui cherche à échapper aux corvées et aux contraintes.

Une attitude, certes, peu recommandable même s'il n'y a pas de quoi « en faire un flan ». Mais, tout à fait entre nous, sommes-nous vraiment toujours en première ligne...?

 

Frédéric Huguenin - VR2


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