Août 2011

Dossier

Un homme pose ses mains sur les épaules d'une femme occupée © Martinan - Fotolia.com

Difficile d'être sûre de la salubrité morale de l'environnement.

«  Le désir sexuel peut aussi être le désir de tuer. »
- Paul Auster, La Chambre dérobée

Le harcèlement sexuel : se protéger

Dans la lutte contre le harcèlement sexuel, de réelles avancées sont notables en entreprise. Des dispositifs internes ou para-professionnels (médecine du travail, par exemple) s'efforcent de garantir la tranquillité et la sécurité des employés. On peut encore prendre personnellement quelques précautions.

La plupart des règlements intérieurs des établissements incorporent les risques de harcèlement, moral ou sexuel, et prévoient des moyens de recours. La loi, la menace de poursuites judiciaires, sont des arguments dissuasifs solides, quoique l'instruction de telles affaires est parfois difficile à mettre en œuvre et à assumer. Des moyens de prévention, comme des formations, sont déployés pour prévenir la dégradation des conditions de travail. Tous ces efforts méritent de sincères éloges et ils contribuent à une certaine stabilité.

La lutte contre le harcèlement sexuel

Malheureusement, et comme le disait un précédent article (voir les liens connexes), il semble très difficile, voire impossible, d'éradiquer complètement le problème du harcèlement sexuel. A ce propos, Gretchen Morgenson, rédactrice dans plusieurs revues et journaux, écrit : « Aucune femme ne devrait avoir à soutenir quotidiennement le feu roulant des allusions sexuelles, mais il n'est pas non plus raisonnable de la part des femmes de s'attendre à travailler dans un environnement pur, exempt de tout comportement grossier. »

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Que peut faire une femme, pour se prémunir, autant que faire se peut, contre le harcèlement sexuel ? Nous allons voir plusieurs pistes. Dans un tout premier temps, voyons ce que nous pouvons faire pour ne pas paraître excessifs, pour ne pas donner à penser que nous harcelons qui que ce soit. Messieurs, soyez attentifs...

De nombreux spécialistes s'accordent pour reconnaître que le premier et plus simple moyen d'éviter les malentendus est de garder une attitude très professionnelle, en particulier les hommes envers les femmes. Or, parmi les éléments pouvant prêter à confusion, les geste et attitudes. Même une simple tape sur l'épaule est déjà une prise de risque. Trop austère ? A voir...

« Il [est difficile de trouver un environnement] exempt de tout comportement grossier. »

« Les [juristes] prennent les contacts physiques très au sérieux », fait remarquer Frank Harty, avocat spécialiste du droit du travail. Que conseille-t-il ? « N'allez pas au-delà de la poignée de main. » L'allusion aux juristes évoque l'existence de fâcheux précédents. Lorsque l'on parle de la loi, et en la rapprochant d'un « climat » devenu courant, une certaine prudence s'impose. Dans le registre qui nous occupe, mieux vaut encore être très largement en-dessous de la limite qu'un tout petit peu au-dessus.

Certaines personnes, tout à fait innocemment, ont parfois tendance à être assez tactiles, à toucher facilement leurs interlocuteurs. Un homme d'origine latino-américaine explique : « Là d'où je viens, dit-il, les gens s'étreignent plus facilement qu'ici [aux états-Unis]. Dans ma famille, nous accueillons souvent les amis en les embrassant, mais ici, on nous a conseillé de ne pas être trop prompts à le faire. » En Europe, il suffit de comparer les coutumes « nordiques » avec les « sudistes », par exemple, et le contraste est aussi marqué.

Si le geste est ici en cause, la parole n'est pas en reste. Kathy Chinoy, avocate spécialisée dans les affaires de harcèlement sexuel, suggère de se poser quelques questions avant de s'exprimer : « Voudriez-vous que l'on adresse ce genre de propos à votre mère, à votre soeur ou à votre fille ? » Si la réponse est non, il se peut que nous ayons dépassé la limite en question. Or, des propos déplacés, crus ou obscènes n'ont rien d'édifiant. Ils rabaissent autant celui qui les prononcent que sa victime.

Que faire pour limiter les risques de harcèlement sexuel ?

Une femme en tenue de cow-boy pointe un revolver © Irina Karlova - Fotolia.com

Il y a des tenues et attitudes qui découragent le harcèlement.

Surveillez votre propre comportement vis-à-vis de vos collègues ou associés. Dans son livre Comment repousser les avances sexuelles (angl.), Elizabeth Powell exhorte les employés à « apprendre à faire la différence entre un comportement agréable qui convient à leur rôle et le genre de familiarité qui pourrait ouvrir la voie à des avances sexuelles ». On peut être prudent sans devenir pour autant froid, distant et rébarbatif. Des relations professionnelles peuvent être cordiales, parfois chaleureuses, mais doivent rester nettes, en particulier avec une personne de l'autre sexe.

Réfléchissez à votre tenue vestimentaire. VR2 a déjà abordé cette question de la tenue vestimentaire (voir l'article La tenue vestimentaire et ses liens connexes). Il ne fait aucun doute que le premier message, muet, que nous adressons à notre entourage émane de notre tenue.

Quel signal adressons-nous ? Il y a des personnes qui s'habillent de telle façon qu'elles s'identifient à des groupes, des mouvements ou des professions. On remarque un pompier, un militaire par leur uniforme. Mais une tenue « libre » emporte elle aussi une signification. Et cette signification, fut-elle une interprétation, n'est pas toujours élogieuse.

« Vous devez tenir compte des comportements malsains »

Par exemple, une femme portant des vêtements particulièrement moulants, décolletés et/ou « tape-à-l'oeil » va nécessairement attirer l'attention. Il n'est pas rare alors qu'elle reçoivent des « témoignages » d'attention, sonores ou verbaux. Bien entendu, chacun est libre de s'habiller comme il l'entend et aucune tenue, aussi suggestive soit-elle, ne justifiera le harcèlement et encore moins l'agression.

Cependant, comme le dit Elizabeth Powell, « si vous travailliez avec des gens pour qui il est normal de voler de l'argent, je vous dirais de ne pas exhiber votre portefeuille. (...) Vous devez tenir compte des comportements malsains et faire en sorte de ne pas en être victime ». Il ne s'agit toujours pas de dire que les femmes sont responsables du harcèlement. A l'observation, cependant, celles qui sont prudentes quant à leur tenue sont moins l'objet de remarques, gestes ou attitudes déplacées, même si le « risque zéro » n'existe pas.

Il y a encore des choses à faire pour limiter les risque de harcèlement sexuel. Cela inclus nos fréquentations et une certaine anticipation sur les situations potentiellement dangereuses. Enfin, en cas de harcèlement avéré, il reste encore des moyens pour enrayer le processus infernal. Ce seront des aspects abordés dans le prochain article à ce propos.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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