Aoùt - septembre 2011

Vie professionnelle

Une jolie femme avec chapeau et lunettes de soleil © T.Tulic - Fotolia.com

Réflexion et décision mieux qu'improvisation.

« Ceux qui font de leurs vêtements l'essentiel de leur personnalité finissent en général par ne valoir guère mieux qu'eux. »
- William Hazlitt

La tenue vestimentaire (3) : drôles d'effets...

Les habits que nous portons influencent nos représentations symboliques, notre conception du monde et notre humeur. La tenue vestimentaire est un outil de communication tant dans nos rapports avec autrui que dans la relation à nous-mêmes. Ce dernier effet fera vite sentir son impact sur le premier.

Prenons deux exemples extrêmes. Si nous nous habillons avec importance, une certaine somptuosité, quel effet cela aura-t-il ? Il est fort probable que nous adoptions un regard sur nous-mêmes à la mesure de l'image que nous projetons. Un regard très satisfait, voire présomptueux. A l'inverse, une mise débraillée risque de générer une attitude mentale et une estime de soi dans la même veine : informe, peu stable.

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La tenue vestimentaire en milieu professionnel

Une étude effectuée en 1994 a abordé la question sous un angle professionnel. Selon les vêtements qu'elle porte, une personne modifie la perception qu'elle a d'elle-même quant à ses aptitudes et compétences. Lorsque les habits sont appropriés aux circonstances et au poste, la perception de soi est répartie dans une gamme de qualités telles que responsabilité, capacité, autonomie, assurance, fiabilité, disponibilité mentale et honnêteté. Ces estimations sont proportionnelles à la pertinence de la tenue vestimentaire.

Une autre étude (Hanover et Kühnen, 2006) nous conforte dans ces conclusions. Même le langage varie selon nos effets vestimentaires. Des professionnels portant des vêtements très formels, en lien avec leur activité, usent d'un langage lui-aussi plus formel. D'autres, portant cette fois des vêtements décontractés utilisent, quant à eux, des tournures et expressions beaucoup plus courantes, voire relâchées.

Le Sunday Telegraph rapporte que, selon une enquête nationale australienne, certains employés pensent que travailler en tenue décontractée favorise la paresse. Près de 42 % des employés du secteur des technologies de l'information travaillent tous les jours en tenue décontractée, et dans 40 % des entreprises australiennes les salariés peuvent, s'ils le souhaitent, adopter une tenue plus détendue le vendredi (casualFriday). Si le travail en tenue décontractée a de plus en plus de succès auprès des employés, 17 % des patrons interrogés pensent qu'il a une incidence négative sur la productivité. Parmi les employés, 21 % des femmes et 18 % des hommes partagent cet avis.

Le travail en tenue décontractée a (...) une incidence négative sur la productivité.

Pour illustrer nos propos, citons une anecdote tout à fait authentique. Elle concerne une femme qui vit son poste de travail aménagé en télétravail. Elle allait pouvoir travailler chez elle. Enfin la liberté. S'habiller à volonté, des tenues choisies par elle seule sans s'inquiéter de l'image à produire. Erreur. Elle s'est vite aperçue de la difficulté à travailler correctement sans se vêtir exactement comme si elle se rendait sur son lieu de travail, maquillage compris. Pas moyen de s'impliquer convenablement en chemise de nuit, mal coiffée ou mal apprêtée ! Seule une tenue conforme au sérieux et à la rigueur de la tâche permettait la concentration nécessaire.

L'habillement est devenu un moyen d'expression à part entière. Si le style du vêtement n'y suffit pas, alors les slogans qui y figurent devraient dissiper toute ambiguïté. C'est une version moderne de l'homme-sandwich, à ceci près qu'il ne s'agit pas ici de vanter un produit ou une firme mais une mentalité, une idéologie, un personnage admiré ou encore soi-même. C'est plus spécialement le cas des T-shirts, facilement interchangeables et peu onéreux.

On y voit un peu de tout, du plus naïf au plus choquant en passant par l'inoffensif et l'inepte. Ainsi, ce gros titre dans Newsweek : « Brutalité : mot d'ordre d'une mode ado. » L'article cite un jeune de 21 ans qui parle de son tee-shirt : « Je le porte parce qu'il dit aux gens mon humeur du moment. Je ne laisse personne me dicter ma conduite et je ne veux pas qu'on m'ennuie. »

Apparemment, le principe peut paraître libre et ouvert. Dans les faits, cependant, les mentions tournent souvent autour de la rébellion, de la violence, de la provocation, voire de la débauche. Un couturier, par exemple, a créé un modèle de T-shirts transpercés d'impacts d'armes à feu. Les variantes consistent en la possibilité pour le client de choisir le type d'arme. « Ils ont le choix entre le pistolet, le fusil ou la mitraillette, dit-il. C'est seulement un phénomène de mode. » Mais que dire de la mode ?

La mode vestimentaire est-elle le modèle vestimentaire ?

Une femme essaye des chaussure © Sergiy Serdyuk - Fotolia.com

La mode sans faire de faux-pas

« En général, les vêtements sont un moyen de s'identifier à un groupe précis dans la société », dit Jane de Teliga, conservatrice de la mode au Powerhouse Museum de Sydney, en Australie. « On choisit le groupe auquel on veut s'identifier, ajoute-t-elle, et on s'habille en conséquence. » Selon Dianna Kenny, qui donne des cours de psychologie à  l'université de Sydney, « le vêtement est un moyen de cataloguer les gens aussi important que la religion, les ressources, l'emploi, l'appartenance ethnique, l'instruction et l'adresse du domicile. »

La revue Jet raconte que, dans une école américaine fréquentée essentiellement par des Blancs, des tensions raciales « sont apparues au sujet d'élèves blanches qui portaient des tresses, des vêtements trop amples et d'autres accessoires 'hip-hop' pour la raison que ce style est propre aux Noirs ».

Difficile de nier le rôle d'identification au groupe par certains vêtements. « Dans bien des cas, lit-on dans la revue Maclean's, le vêtement correspond aux goùts musicaux : les fans du reggae portent les couleurs vives et les bérets jamaïcains, tandis que ceux qui préfèrent le rock grunge arborent des bonnets-chaussettes de skieurs et des chemises à  carreaux. »

« La mode masculine, autrefois régie par des codes stricts, est de plus en plus indisciplinée. »

« Tout est le contraire de ce que vous pourriez croire, affirme le chroniqueur Woody Hochswender. La mode masculine, autrefois régie par des codes stricts, est de plus en plus indisciplinée  [...]. On doit paraître accoutré à la va-comme-je-te-pousse. » Ces habitudes ne renforcent pas l'estime de soi et des autres. Elles indiquent plutôt une focalisation égocentrique sur la personne.

Il peut être utile de se demander à quel point nous sommes influencés par ces modes et modèles. La pseudo-liberté vestimentaire n'est bien souvent qu'une autre forme de dépendance aux convenances populaires. Or, comme évoqué dans un précédent article, ce qui plaît à notre entourage n'inspire pas pour autant le respect. Ce qui semble en accord avec les tendances du moment ne véhicule pas forcément le message le plus valorisant à notre endroit. Rappelons qu'en milieu professionnel, un message incertain en matière de goût et de pertinence vestimentaire peut se transformer en un signal très clair de négligence, défaut rédhibitoire.

Une jeune femme occupant un poste à responsabilité s'est ainsi aperçue qu'elle envoyait des signaux ambigus à son entourage professionnel. Elle avait opté pour une coiffure assez extravagante. « Je me disais que c'était tout simplement 'différent', raconte-t-elle. Mais on a commencé à  me demander  : 'êtes-vous vraiment affectée à un tel poste ? ' J'étais bien gênée. » Elle a révisé ses goûts et surtout mieux évalué leur impact

Si les adultes ne sont pas toujours bien fixés sur leurs propres attitudes en matière de vêtements, les jeunes gens le sont encore moins. Ils sont très sensibles aux effets de groupe et à la publicité. C'est parfois très jeune que se posent certains problèmes. Des problèmes plus graves qui pourraient grandir avec eux, touchant leur personnalité et leur identité. C'est ce que nous verrons dans un prochain article.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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