Avril 2011

Documentaire : le bruit et nos oreilles

Une jeune femme, casque audio sur les oreilles, au milieu du trafic routier.

Gérer le bruit de diverses manières.

« Il y a un âge où le bruit plaît plus que la musique, et l'acidité des fruits verts plus que la saveur des fruits mûrs.  »
- Louis Veuillot, Extrait de Confession littéraire

Le bruit - protéger ses oreilles

Le bruit peut endommager notre ouïe. Quelques repères et précautions s'imposent, y compris lors de nos loisirs, pour ne pas éprouver plus que de raison nos facultés auditives.

Il y a beaucoup de bruit autour de nous. Toujours plus, semble-t-il. Ces sons peu harmonieux sont même agressifs. Il est fréquent de nous voir faire la grimace pour contenir au mieux la gêne, voire la douleur, que cause un bruit à notre proximité.

Le bruit est partout

Il y a les automobiles. Selon leur nombre, leur état, leur puissance et la façon de conduire de certains, le bruit produit par la route ou la rue peut devenir très pénible. Pour ceux qui habitent près d'axes de circulation, le problème s'installe dans la durée, ce qui accroît ses effets. Il y a ensuite les poids lourds, transports en commun ou camions. Ces derniers ajoutent encore à la cacophonie générale par les sons émanant de leur charge, souvent des bennes ou des conteneurs non protégés, aux vibrations et tressautements intempestifs.

Enfin, et puisque le tableau qui précède désigne les zones urbaines, les bruits liés aux travaux, machines et autres engins, ou encore, tous milieux confondus, les outils de travail, même les plus petits. Dans une journée, entre nos déplacements et nos activités, nous nous exposons à toutes sortes et toutes intensités de bruits potentiellement nuisibles.

Des contre-mesures avec mesure

Difficile de s'isoler, de s'écarter de ces sources de bruits. Paradoxalement, des moyens supposés nous mettre provisoirement à l'abri du bruit ambiant peuvent eux-mêmes devenir générateurs de troubles. Par exemple, on remarque bien souvent des gens, souvent jeunes, des écouteurs de balladeur ou équivalent sur / dans les oreilles, qui évoluent au rythme de la « musique » que l'appareil diffuse. Oui, mais voilà, peut-être dans une intention de couvrir le bruit extérieur, ces mélomanes augmentent le volume dans des proportions dangereuses. Il est souvent facile de s'en rendre compte puisque le son est largement perceptible même hors écouteurs - encore que, autre problème, certains ne s'encombrent pas non plus d'écouteurs, inondant leur environnement de leurs préférences dites musicales.

« De nombreux jeunes gens souffrent d'un déficit auditif, parfois sévère, [à cause de mauvaises habitudes d'écoute.] »

Nombre de jeunes gens procèdent encore de la sorte, non pour contrer les sons ambiants, mais pour créer un isolement « protecteur » de la proximité sociale. Plus le son est fort, plus ils se sentent coupés, mais « à l'abri », des autres. Un reproche qui aura été fait à de célèbres sportifs desquels on attendait probablement plus d'ouverture.

Dans tous les cas, le son, souvent très fort, parvient directement à leurs oreilles. D'après Marshall Chasin, cofondateur des cliniques pour musiciens au Canada, « des enquêtes et des mesures révèlent que de nombreux jeunes gens souffrent d'un déficit auditif, parfois sévère », précisément à cause de tels excès.

Pour comprendre ce que signifie un son trop fort, révisons un peu nos cours de physique. Un son se caractérise par trois paramètres variables : la durée, la fréquence et l'amplitude. La durée, c'est facile, correspond au temps pendant lequel on entend un son. La fréquence, appelée aussi la hauteur, se mesure en hertz, nombre de cycles par seconde. L'oreille humaine perçoit des sons sans danger dans une gamme de fréquences allant de 20 à 20 000 hertz. C'est cette fréquence qui fait qu'un son nous paraît plutôt aigu ou grave. C'est un peu la « note de musique » du son.

A titre indicatif, voici une liste de niveaux sonores approximatifs :

Respiration : 10 décibels
Chuchotement : 20 décibels
Conversation : 60 décibels
Circulation aux heures de pointe : 80 décibels
Mixeur : 90 décibels
Passage d'un train : 100 décibels
Tronçonneuse : 110 décibels
Passage d'un avion à réaction : 120 décibels
Coup de fusil : 140 décibels

Ensuite, il y a l'intensité, l'amplitude du son. Elle s'exprime selon cette unité assez connue de nom, le décibel (dB). C'est ce qui fait qu'un son nous paraît plus ou moins « fort ».

Prenons un exemple pour nous faire une idée. Une conversation à voix normale produit un bruit d'environ 60 décibels, quelle que soit la hauteur de la voix, voix aigüe d'une petite fille ou voix grave d'un chanteur de chœur russe. Selon les spécialistes, il serait bien de ne pas entendre des sons supérieurs à 85 décibels. Au-delà de cette limite, nous risquons d'endommager notre système auditif.

La voix de la petite fille ou du chanteur russe, si elle est amplifiée en volume par un appareil acoustique, peut devenir pénible, voire insupportable. Plus un son est fort, plus vite il aura fait de nuire à notre audition. Ainsi, des sons courts mais intenses font beaucoup de mal, de même que des sons de moindre amplitude mais plus longs.

Un rapport du magazine Newsweek indique : « Votre oreille peut sans crainte supporter le bruit d'une perceuse (100 dB) pendant deux heures, mais celui d'une salle de jeux vidéo bruyante (110 dB) pendant trente minutes au maximum. Sur l'échelle des bruits, une augmentation de dix décibels multiplie l'intensité du son par dix. »

Surveillez vos oreilles

Une jolie jeune femme tend l'oreille

Prendre soin de ses oreilles avant que des difficultés apparaissent.

Un bruit devient douloureux, et donc nocif, à partir de 120 décibels. Or, certains équipements audio produisent des sons qui excèdent 140 décibels... Rappelez-vous l'image utilisée dans la précédente lettre à propos de ce champ de blé : une quantité importante d'épis sont alors brisés et couchés. Irréparables. Voir l'article

Comment savoir si nous avons déjà abîmé nos organes de l'ouïe ? Voyez si vous vous reconnaissez dans plusieurs des situations suivantes. Si tel est le cas, prudence, il se peut que des problèmes auditifs soient en train de s'installer :

Avez-vous l'habitude d'augmenter le volume de la radio ou du téléviseur au point que les autres trouvent ça fort ? Demandez-vous souvent à vos interlocuteurs de répéter ce qu'ils viennent de vous dire ? Devez-vous tourner la tête, vous pencher en fronçant les sourcils pour entendre la personne qui vous parle ? Lors de rassemblements, de réunions, ou dans des lieux publics, avec bruit de fond, êtes-vous considérablement gêné pour entendre vos proches ? Demandez-vous souvent à quelqu'un de vous répéter ce qui a été dit ?

Un audiologiste a déclaré : « Attendre qu'un problème surgisse pour s'en occuper, c'est comme appliquer de la crème solaire après un coup de soleil. » Il est utile de prendre des précautions avant d'être confrontés à des troubles peut-être irréversibles. Il y aura bien assez des ennuis de santé ou des problèmes liés au vieillissement pour nous limiter dans notre perception auditive. N'en rajoutons pas.

Comme bien souvent, c'est notre façon de concevoir les choses qui fera la différence. Une automobile n'est pas forcément un matériel très dangereux. Tout dépend de notre façon de conduire. Il en est de même avec les accessoires et habitudes d'écoute. On peut, par exemple, utiliser un casque pour écouter tranquillement de la musique. La tentation peut être forte de pousser le volume très fort, mais en principe, une intensité qui nous permettrait de percevoir encore les bruits ambiants dans une certaine mesure serait un bon repère. N'oubliez pas que le son pénètre directement dans vos oreilles et que ses effets sont vite délétères.

Sur l'échelle des bruits, une augmentation de dix décibels multiplie l'intensité du son par dix.

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Si vous n'utilisez pas de casque - chaîne ou autoradio, par exemple - le repère serait cette fois de ne pas couvrir une conversation à voix normale. Là, les « puristes » s'insurgent : « Comment voulez-vous vous faire plaisir si vous ne poussez pas un peu le son pour ressentir pleinement toutes les composantes de la musique ? » Vous faire plaisir, peut-être. Mais se faire plaisir ne fait pas toujours du bien, contrairement à certains adages populaires à la fiabilité non avérée. Evidemment, celui qui écoute reste seul juge. Il s'agit alors d'agir en connaissance de cause. En milieu médical, on parlerait de consentement éclairé... Et il sera bien question de médecine lorsque les choses auront empiré.

De l'avis de spécialistes, un bruit de (seulement) 90 décibels peut causer des troubles sérieux si vous y êtes exposé pendant deux ou trois heures. Dans de tels cas, il est vivement recommandé de s'équiper de protection auditives, casque ou bouchons d'oreille. Les mentions précédentes à propos des habitudes des jeunes gens en matière d'écoute sont autant d'incitations à la vigilance de la part des parents. Ces derniers n'oublient pas que les enfants et jeunes gens sont potentiellement plus vulnérables aux effets du bruit. Même des jouets peuvent se révéler dangereux : un simple hochet pour bébé pourrait produire des pics de bruit de l'ordre de 110 décibels !

Nos oreilles nous sont fort utiles et nous souhaitons qu'elles nous rendent encore longtemps service. Elles méritent des égards à une époque et dans un environnement souvent agressifs pour elles. Si des conseils opportuns peuvent limiter les éventuelles déficiences, ne faisons pas la sourde oreille.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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