Avril 2011

Les seniors : à prendre ou à laisser ?

Un senior dans une équipe en entreprise

Les seniors jouent un rôle important en entreprise.

« Un peintre a l'âge de ses tableaux ; un poète a l'âge de ses poèmes ; un scénariste a l'âge de ses films. Seuls les imbéciles ont l'âge de leurs artères. »
- Henri Jeanson, Les peintres témoins de leur temps

Les seniors : à prendre ou à laisser ?

Il arrive fréquemment que les personnes approchant ou dépassant la cinquantaine (voire avant !) soient regardées comme moins « rentables », difficiles à former, résistantes au changement, etc. Ces motifs rendent également très difficile leur embauche. C'est faire bien peu de cas de la valeur de l'expérience, de la maturité et de certaines compétences propres aux seniors.

Le directeur de Fahrion Enginnering, à Kornwestheim (Allemagne), recrute ses ingénieurs parmi les plus de cinquante ans; il déclare: « Ils sont exactement ce dont nous avons besoin pour nos projets innovants. » Surprenant ?

Les seniors : jeunes depuis plus longtemps

Bon nombre de ces personnes ont acquis des compétences absolument inaccessibles aux plus jeunes, seules les années conférant ces atouts. Certaines de leurs qualités sont remarquablement utiles dans le monde du travail : objectivité, patience, sens des responsabilités, discernement, moins sensibles aux distractions, plus flexibles (oui !). Autant d'éléments qu'il ne faut pas confondre avec l'apanage des jeunes gens : vivacité, mobilité, et un ensemble de « compétences » qui ne sont parfois que des formes dissimulées d'ambition...

Au Canada, 6 % des personnes de plus de 80 ans travaillent toujours.

Phénomène signalé dans le Globe and Mail : les Canadiens ayant dépassé les 65 ans (âge moyen de la retraite dans le pays) sont de plus en plus nombreux à rester dans la vie active. En cinq ans, la population âgée a augmenté de 11 %, alors que l'effectif des seniors occupant un emploi a augmenté de près de 20 %. Quelles sont les raisons qui poussent ces seniors à continuer de travailler ? « Les Canadiens vivent plus longtemps et restent en meilleure santé », explique Doreen Duchesne, analyste collaborant avec l'institut Statistique Canada. Les besoins d'argent et l'ennui figurent également parmi les raisons de cette évolution. Selon l'étude, 6 % des personnes de plus de 80 ans travaillent toujours, l'agriculture étant le métier de prédilection des seniors, suivie par les travaux de bureau et les métiers liés à la vente.

Vous remarquez que les chiffres mentionnés ici concernent des personnes vraiment âgées et pas seulement ceux que l'on appelle les seniors et encore en activité ! A combien plus forte raison faut-il alors considérer que les personnes ne pouvant pas encore faire valoir leurs droits à la retraite sont bien actives et capables. Par ailleurs, des études menées par l'Institut national américain du vieillissement révèlent qu'un cerveau âgé reste assez souple pour contrebalancer les effets du vieillissement. Conclusion du docteur Antonio Damasio, professeur en neurologie : « Les personnes âgées peuvent conserver une activité mentale extrêmement riche et efficace. » Et nous insistons : il s'agit de personnes vraiment âgées, bien plus que nos éventuels collègues.

« Seniorologie »

Un homme d'âge mûr, en activité.

L'âge, c'est peut-être dans la tête.

On peut expliquer ces possibilités par quelques notions simples de neurologie. Le cerveau humain compterait près de (peut-être plus) 100 milliards de cellules nerveuses, appelées neurones. Ce sont les fameuses « petites cellules grises » chères à Hercule Poirot. Ces cellules sont reliées entre elles par d'autres milliards de connexions, dans des proportions incommensurables. Ce sont ces connexions qui assurent la plasticité remarquable de notre cerveau.

On peut illustrer notre propos en imaginant que chaque neurone est un poste téléphonique avec la possibilité de se connecter avec une infinité d'autres téléphones. Il est facile de comprendre qu'avec un seul téléphone nous pouvons échanger avec des centaines, des milliers d'autres personnes. Ces connexions deviennent intelligence, mémoire, raisonnement, calcul, etc. Ce sont les fonctions cognitives.

On estime pourtant que le cerveau perd des neurones. C'est vrai et pas seulement en vieillissant mais pratiquement tout au long de la vie - même les bébés perdent des neurones selon le principe spécifique à cet âge d'apoptose. Or, la perte de neurones ne signifie pas la perte systématique des facultés. Un poste téléphonique qui tombe en panne n'interdit pas de téléphoner depuis un autre poste et ne rompt pas forcément la communication avec les autres postes en fonction. De même, le cerveau compense les pertes en établissant d'autres connexions, parfois nouvelles, entre les neurones.

Voyez les propos d'une spécialiste : « Il était communément admis que nous perdons chaque jour des cellules dans toutes les régions du cerveau, déclare le docteur Marilyn Albert, professeur de psychiatrie et de neurologie. En fait, les choses ne sont pas aussi simples. Nous perdons effectivement des 'cellules grises' , même si nous vieillissons en bonne santé, mais ces pertes ne sont pas si dramatiques qu'on le pensait et elles ne se produisent que dans des régions très précises du cerveau. »

Le déclin cérébral commence quand les gens partent à la retraite !

Mieux, le cerveau fabrique des neurones tout au long de la vie. Selon la revue Scientific American, de récentes découvertes semblent indiquer que le postulat de longue date affirmant que l'homme ne renouvelle pas les cellules du cerveau serait, à tout le moins, « beaucoup trop catégorique ».

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La mémoire

Des neurologues affirment à présent détenir la preuve que même des personnes avancées en âge « produisent effectivement des centaines de nouveaux neurones ». Des découvertes encore plus récentes avancent une production systématiques de plusieurs milliers de neurones par jour. Tous ces neurones ne resteraient cependant pas en vie. Seule condition à leur maintien : les utiliser !

De la sorte, d'un point de vue opérationnel, les seniors restent en mesure d'accomplir des tâches riches et variées, surtout si c'est dans leurs habitudes*. Prenons encore un exemple. Le jeu d'échecs. Un jeune esprit est vif et alerte. Il repère facilement les combinaisons possibles. Mais il est encore dépourvu d'une compétence que seule l'age et la pratique procurent : l'expérience du jeu, en particulier par le biais de la mémoire. La vivacité de l'un est compensée, souvent dépassée, par les ressources expérimentales de l'autre.

Que faire pour devenir et rester un « joueur d'échecs » redoutable malgré l'âge ? Jouer aux échecs et encore jouer aux échecs ! En d'autres termes, en activant ses fonctions cérébrales on s'assure de leur pérennité. Après avoir examiné plus d'un millier de personnes entre 70 et 80 ans - que l'on appellerait des vieux ! -, la gérontologue Marilyn Albert a conclu que la gymnastique cérébrale est un des facteurs qui déterminent quelles personnes conserveront leurs facultés intellectuelles. Et notez ceci : le déclin cérébral commence « quand les gens partent à la retraite, décident de prendre du bon temps et décrètent la rupture totale avec le monde environnant ». Au moins au sens cérébral, le travail, c'est vraiment la santé !

 

F. Huguenin - VR2

 

* VR2 sait également que des problèmes physiques ou physiologiques, dus à la pénibilité du travail ou à la maladie, sont à prendre en compte dans la carrière et la vie des seniors. Certaines de ses formations sont d'ailleurs orientées vers la prise en charge de telles complications.


 

 

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