Décembre 2011

Vie professionnelle

Une femme surmenée © Julija Sapic - Fotolia.com

Haute ou basse, il y a
toujours une limite.

« Tout métier qui ne fait pas oublier le travail est un esclavage ».
- Henri Jeanson, Soixante-dix ans d'adolescence

Travaillez-vous trop ?

Le travail est une belle chose, au moins d'après certains. Mais dans ce domaine aussi, plus n'est pas toujours mieux. Il y a une nuance entre travailler beaucoup et travailler trop, au point de devenir dépendant.

Katherine Mansfield (1888-1923), femme de lettres anglaise, aurait écrit : « Travailler, travailler ! Qu'il est bon de savoir qu'il nous reste encore tant à faire ! ». Voilà une vision bien idéaliste du travail. Vous dites-vous que si cette femme devait revenir maintenant elle serait probablement très déçue et changerait rapidement d'avis ?

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A l'époque où vivait cet écrivain, des spécialistes estimaient qu'à force d'amélioration technologique, l'homme pourrait de défaire des tâches ingrates et pénibles. Ils promettaient « une ère de loisirs sans précédent ». Un peu plus tard, dans les années 30, Julian Huxley (1887 - 1975), biologiste britannique, annonçait que sous peu, « il ne serait probablement pas nécessaire de travailler plus de deux jours par semaine ».

Dans le même temps, l'homme d'affaires Walter Gifford déclarait quant à lui qu'il serait donné « à tout homme la possibilité de faire ce qu'il veut [...], le temps de cultiver l'art de vivre [et] d'accroître les aises et les satisfactions de l'esprit et du c½ur ». Enfin, le sociologue Henry Fairchild prédisait des usines capables « de produire plus de biens qu'on ne saurait en utiliser sagement, avec des journées de travail [...] n'excédant pas quatre heures en moyenne ».

Pieuses espérances. Vaines illusions. Sous des allures d'arguments de campagne électorale, ces chercheurs et penseurs n'en étaient pas moins sincères. Mais les meilleures intentions se heurtent à l'imprévisible et cruelle réalité. Car nous disposons du recul nécessaire pour porter un regard critique sur ces affirmations. Et quel contraste avec ces prévisions ! Certes, l'avancée technologique a bien eu lieu. Mais le résultat n'est pas exactement ce qu'en attendaient nos aimables visionnaires. Nous avons gagné beaucoup de choses mais certainement pas du temps libre, au contraire. Et pour beaucoup, le travail est le principal mangeur de temps, conclusion paradoxale en regard des prédictions.

« Il ne [sera] probablement pas nécessaire de travailler plus de deux jours par semaine ».

Il est heureux que certaines personnes tirent une réelle satisfaction de leur travail. Les critères d'appréciation sont variés, de l'épanouissement à l'enrichissement en passant par le prestige. Pour d'autres, le travail est, au mieux, une nécessité. Pour d'autres encore, une corvée. Pour certains, un calvaire qui débouche parfois sur des conclusions dramatiques. On meurt pour ou à cause du travail.

Selon un rapport publié par les Nations unies, le travail aurait des conséquences plus dévastatrices « que les guerres, ou que la consommation de drogue et l'abus d'alcool réunis ». Le quotidien londonien The Guardian écrit : « Chaque année, plus de deux millions de personnes meurent d'accidents du travail ou de maladies connexes [...]. L'exposition à la poussière, aux produits chimiques, au bruit et aux radiations provoque des cancers, des maladies cardiovasculaires et des infarctus ».

Plus classique mais tout aussi pénible, le burnout, l'épuisement professionnel. Selon un psychologue, la victime type est un travailleur acharné « qui souffre d'angoisse chronique, de détresse, d'abattement ou de dépression, convaincu d'être enfermé dans un travail ou dans une carrière dont il ne peut ni s'échapper ni tirer de satisfaction d'ordre psychologique »

Le travail, un peu, beaucoup... à la folie ?

Parmi toutes ces descriptions, où pensez-vous pouvoir vous situer ? Si vous travaillez beaucoup, pensez-vous êtes un acharné ? Ou bien un véritable drogué du travail ? Faisons le point sur ces deux catégories.

Le drogué du travail voit souvent son lieu de travail comme sa véritable « maison », un endroit où se ressourcer (croit-il) à l'abri des incertitudes de l'extérieur. Son emploi du temps empiète facilement sur tout le reste, y compris sa propre famille. Plus il a du travail et mieux il se sent, même s'il a du mal à faire face... et se sent déjà moins bien. Son travail est une vraie compensation à d'éventuelles carences psychologiques ou affectives. Il ne sait pas s'arrêter.

Le grand travailleur, quant à lui, perçoit peut-être son travail comme un épanouissement mais il ne perd pas de vue qu'il s'agit encore d'une nécessité. Le grand travailleur sait s'arrêter pour ce qu'il estime être des phases importantes de sa vie privée. Pour lui, le travail n'est pas une compensation, seulement une activité indispensable.

Il est parfois difficile de se situer. D'abord, on valorise à outrance ces gens toujours sur la brèche, sérieux, tout le temps en train de penser à leur travail, mieux, à leur carrière, même lorsqu'ils sont au repos relatif. Dans la moindre série télévisée, les héros sont des infatigables, toujours disponibles, efficaces, gérant avec brio et légèreté des situations dont le stress nous tuerait en réalité. C'est du cinéma.

En plus de cela, les outils technologiques (téléphone, smartphone, i-phone, etc.) font entrer le travail dans la vie privée par la grande porte, à toute heure du jour et de la nuit. Pour utiles qu'ils puissent être, ils ne sont pourtant que des serviteurs souvent promus au rang de maîtres. Des maîtres qui règnent sur des esclaves du travail.

« Mêler spiritualité et travail est devenu une sorte de phénomène de société ».

Les réactions à ces excès sont diverses. Certains s'appliquent à pratiquer régulièrement un sport. Mais là aussi des dérives sont possibles, le culte de la silhouette ou de la performance remplaçant parfois l'implication « volée » au travail. De dérivative, l'activité devient elle-même une drogue.

D'autres s'efforcent alors de trouver un contexte qui les mettrait à l'abri des sollicitations quasi perpétuelles. Ainsi, tel cadre qui loue (parfois cher) pour quelques jours une cellule monacale sans téléviseur, internet et téléphone. Cette cure d'austérité est censée recentrer la personne sur elle-même, pour apprendre à « couper » avec le monde. Des séminaires sont organisés dans ce sens. Le dispositif passe pour être un aménagement moderne et « tendance ». Ne s'agit-il pas tout simplement du naturel ?

Encore un cran au-dessus, la recherche spirituelle pour combler le vide laissé par un acharnement excessif. On a pu lire dans San Francisco Examiner que « mêler spiritualité et travail est devenu une sorte de phénomène de société ». Que cette recherche passe par la méditation ou l'ésotérisme, il y en a pour tous les goûts, y compris religieux.

Des églises jusque-là délaissées font salle comble depuis qu'elles ont réintroduit la messe en latin. Une majorité d'assistants ne comprend rien mais ce constat d'incapacité est assimilé à une démarche de dépassement. En d'autres termes, « ce qui me dépasse est forcément grand et répond à mes aspirations de transcendance ». Un raccourci un peu facile et qui peut laisser sur sa faim, fut-elle spirituelle. L'homme semble avoir un réel besoin d'échapper au pesant matérialisme de sa banale condition de travailleur.

Il peut sembler difficile de garder l'équilibre tant les sollicitations et les besoins sont nombreux. Nous en reparlerons dans une prochaine lettre. Il ne s'agirait pas de tomber dans de préjudiciables excès de travail...

 

F. Huguenin - VR2


 

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