Janvier 2011

Expression française

Une jeune femme tire à l'arcDroit dans la cible

Pour expliquer cette expression, on ne peut pas se contenter de dire les choses trop directement.

De but en blanc

Cette expression daterait du XVIIe siècle. Comme souvent, elle est d'origine militaire.

Il est intéressant de remarquer que le mot « but » est encore utilisé de nos jours par les amateurs de tir à l'arc. Dans ce cas, le mot « but » serait une déformation de « butte ». Cette butte aurait été le point un peu élevé qui servait de pas de tir pour les archers des époques anciennes. On comprend d'ailleurs aisément qu'il fut plus pratique de se situer un peu en hauteur pour décocher des flèches, point d'observation et de visée compensant également la perte d'altitude de la flèche une fois tirée.

Les mêmes précautions ont accompagné les canonniers lorsque la poudre transforma les champs de bataille.

Il faut également savoir que ce que nous appelons ici une « butte » était au départ « bute », devenu « but », et qui désigne, à l'origine, un monticule. Il y aurait eu confusion orthographique et phonétique entre ces deux mots signifiant pourtant des opposés. La preuve tient peut-être en l'expression « être en butte » (aux attaques, ...) qui veut alors dire « être la cible de ». C'est sans doute pour toutes ces raisons que le but, point d'origine, est devenu le but, point d'arrivée.

De but en blanc : directement, droit au but, sans détour ni précautions.

Mentionnons aussi que l'expression aurait été plutôt « de pointe en blanc ». Le mot « pointe » désignant ce point à partir duquel on établit la visée (pointer signifiant fondamentalement « se diriger vers » et marquant ainsi le point de visée, départ de l'action) - encore que la confusion soit toujours possible avec la pointe de la flèche. De fait on pointait alors la cible. Les amateurs de pétanque reconnaissent ici une expression en usage dans ce milieu

Le mot « blanc », quant à lui, désigne le centre d'une cible d'entraînement, précisément de couleur blanche. En remplaçant les expressions, pointer le blanc signifie viser la cible. Et on vise depuis l'emplacement de pointage. Or, nous l'avons vu, l'emplacement de pointage était de préférence une butte, devenue but. Soit dit en passant, les artilleurs modernes apprécient sans doute également les points de vue relativement élevés pour paramétrer un tir

Avec l'apparition des armes à feu, la trajectoire des projectiles a elle aussi évolué. L'archer devait souvent imprimer à sa flèche une trajectoire courbe afin de la faire voler le plus loin possible. A moins d'être très près de la cible, auquel cas il pouvait peut-être faire un tir direct, sans courbe.

Les armes à feu, plus puissantes, offrent mieux cette possibilité. Il est parfois possible d'atteindre très directement la cible (quelle qu'elle soit) depuis le point de visée, par un tir sans doute assez court et très rapide. De plus, une éventuelle trajectoire parabolique réclame des préparatifs coûteux en temps et compétences pour avoir des chances d'atteindre l'objectif. Un tir direct, beaucoup moins. Ici aussi, la ligne droite est le chemin le plus court, le plus expéditif pour parvenir à ses fins, et permet souvent un tir à vue, moyennant la collimation correcte de la cible. Moins de préparatifs, c'est moins de temps à être exposé au feu ennemi, d'où l'intérêt du tir direct.

En d'autres termes, on tire directement depuis le point de visée vers la cible, c'est-à-dire, en condensant le tout, de but en blanc.

Appliquée au langage courant, l'expression veut dire s'exprimer directement, droit au but, sans détour ni précautions particulières.

De toutes ces explications, que personne ne pointe d'ambiguïté. Ce serait manquer le but...

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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