Janvier 2011

Documentaire

Une jeune femme se cache derrière son bureau, apeurée par une pile de dossiers

Les comportements phobiques compliquent la vie professionnelle.

Les phobies sociales peuvent avoir un impact relativement important sur la vie professionnelle

Les phobies sociales

Comment vous sentez-vous quand vous devez parler en public ? Sautillez-vous joyeusement, impatient d'être le point de mire de plusieurs dizaines, voire centaines, de personnes ? Ou, au contraire, êtes-vous tendu, nerveux, angoissé même, à la seule idée de paraître de la sorte ?

Si vous vous reconnaissez dans cette dernière description, vous faites partie de l'écrasante majorité des personnes pour lesquelles devoir s'exprimer formellement en public relève de l'épreuve. Et aussi surprenant que cela paraisse, des professionnels sont encore victimes du trac, parfois de façon intense.

Le trac, mais pas patraque

Dans un sens, c'est réconfortant. On attribue au célèbre dramaturge Sacha Guitry la phrase suivante : « Si vous n'avez pas le trac, rassurez-vous, ça viendra avec le talent... » Il reste vrai qu'un minimum de trac semble bénéfique à l'action, effet neurologique à l'appui. Un minimum de trac, oui. Un trac paralysant, non. C'est pourtant ce que vivent bon nombre de personnes. Elles sont victimes de phobies sociales.

C'est un peu comme si vous disiez à une personne en apnée sous l'eau et qui vient à manquer d'air, de respirer un bon coup !

Un jeune homme, mentionnant ses années de scolarité, déclare par exemple : «  À chaque fois que j'entrais dans une salle de classe, je me mettais à dégouliner de sueur ; j'avais l'impression que ma bouche était remplie de coton et que je n'aurais jamais pu sortir un mot, même si ma vie en avait dépendu. Ensuite, je sentais une chaleur intense envahir mes bras, mes jambes et mon visage, et je devenais écarlate. C'était comme si tout mon corps avait rougi. »

De fait, selon une brochure publiée par l'Association américaine contre les troubles anxieux, « La personne atteinte de phobie sociale croit que tous les regards sont fixés sur elle . L'anxiété peut provoquer des accès de panique qui se manifestent entre autres par des palpitations, des évanouissements, un souffle court et une transpiration abondante. »

Quel conseil donneriez-vous à une personne victime d'un tel problème ? Souvent, et très paradoxalement, on leur « conseille » de se forcer, d'oublier leur timidité, de sortir et de voir du monde. Or, c'est bien précisément ce que ces gens sont encore incapables de faire. C'est un peu comme si vous disiez à une personne en apnée sous l'eau et qui vient à manquer d'air, de respirer un bon coup ! Or, il ne s'agit pas ici de la simple timidité qui peut en effet se voir améliorer avec des entreprises graduellement plus difficiles.

Il s'agit bien de phobie avec tout le pan de mystérieux incontrôlable qui l'accompagne. « À la différence de la timidité ordinaire, explique Jerilyn Ross, la phobie sociale est si grave qu'elle affecte le comportement de la personne au travail, à l'école et dans presque toutes les relations humaines. » D'après certaines études, des millions de personnes seraient dans ce cas.

Mais comment se manifestent ces phobies ? Mentionnons quelques circonstances qui pourraient très bien se situer en milieu professionnel.

La communication

Dit simplement, communiquer ne semble pas soulever de problème particulier. Sauf pour certains... Et il est difficile de travailler sans communiquer, sans entrer en contact avec d'autres personnes. Et si le contact est « direct », c'est-à-dire entre deux personnes qui se rencontrent physiquement, même le lien visuel est déjà une gageure.

« Les gens atteints de phobie sociale grave éprouvent souvent une incertitude angoissante lorsqu'il s'agit de savoir où diriger leur regard et comment réagir quand d'autres les regardent, explique un bulletin médical (The Harvard Mental Health Letter). Ils évitent les contacts visuels parce qu'ils ont l'impression de ne pas savoir quand ils doivent regarder leur interlocuteur et quand ils doivent détourner les yeux. Ils s'imaginent que l'autre va mal interpréter leur regard. »

Pour ce genre de personnes, les fameux réseaux sociaux sur internet sont une aubaine. Ils permettent en effet à des milliers de gens de se rencontrer... sans jamais se rencontrer. Mieux, on peut y apparaître bien plus à son avantage que nature. Pour cette catégorie de personnes, internet est un moyen de s'ouvrir un peu. Il n'est pas de propos ici de se lancer dans le pour et le contre de ces réseaux. Moyennant prudence et précaution, chacun saura ce qui convient le mieux pour lui.

Le téléphone

Un homme tend un téléphone à une femme apeurée

Certains outils peuvent soudain sembler dangereux...

Le docteur John Marshall raconte que beaucoup de ses patients lui ont avoué utiliser le téléphone le moins possible.  «Ils ont peur de ne pas répondre comme il faut, dit-il. D'autres craignent que, s'ils ne savent pas quoi dire, des silences embarrassants ne s'installent et qu'au moment où la conversation s'enlise, leur voix ne change, ne tremble ou ne devienne aiguë sous l'effet de l'anxiété. Ils sont terrifiés à l'idée de bafouiller, de bégayer ou de laisser transparaître leur gêne de quelque autre façon. »

Et si le téléphone est un outil professionnel ? Le défi devient insoutenable. Soit dit en passant, VR2 anime des formations téléphone tout à fait pertinentes, car offrant des suggestions pratiques pour mieux maîtriser et l'outil et l'intervenant. >> Voir la formation accueil téléphonique.

La relation téléphonique a évoluée par le biais du téléphone portable. En effet, lorsque l'on appelle un numéro de mobile, on s'attend à tomber sur LA personne que l'on a choisie, puisque chacun à son téléphone portable (« Comment ? Vous n'avez pas de téléphone portable ? Mais comment faites-vous pour vivre...? » - humour). Il fut un temps où les jeunes gens en particulier devaient faire beaucoup plus d'efforts pour discuter avec leurs amis. En effet, il n'y avait souvent qu'une seule ligne fixe familiale. Et en appelant ce numéro, on pouvait aussi bien avoir affaire à la petite soeur de cet ami qu'à son papa. Et il fallait alors se présenter, formuler quelques mots de politesse, puis demander à parler à son interlocuteur, parfois en justifiant l'appel. Le téléphone portable décharge nos jeunes gens de cette « corvée »... mais ne les habituent pas à un comportement social de meilleure qualité pour autant.

Parler en public

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Vaincre sa timidité

Un homme se rappelle avoir été pris de panique alors qu'il avait à parler devant une association locale : « Brusquement, j'ai été pris de sueurs froides, raconte-t-il. Mon c½ur s'est emballé. Je tremblais comme une feuille. J'avais l'impression que ma gorge se serrait et que les mots avaient du mal à sortir. » Avez-vous déjà vécu de tels instants ? Peut-être pas avec une telle intensité, mais tout de même...

Cela dit, parler en public fait partie des situations les plus éprouvantes pour beaucoup. A l'occasion d'une enquête, une majorité de personnes (et pas forcément atteintes de phobie sociale) ont déclaré préférer mourir que d'avoir à parler devant un auditoire. C'est sans doute une exagération, mais qui illustre bien la difficulté de ces rapports humains spéciaux. Pour une personne victime de phobie, le problème ne semble pas avoir de solution ce qui accentue l'effet de panique.

Des personnes ont déclaré préférer mourir que d'avoir à parler devant un auditoire

Plus surprenant encore, ces phobies touchent aussi les domaines de l'écriture et de la nourriture. Un homme devait ainsi signer un registre professionnel en présence d'une autre personne. « C'était impossible, dit-il. Ma main tremblait tellement que je devais la tenir avec l'autre pour pouvoir écrire, et le résultat était illisible. »

Et à propos de manger en public, on lit dans Mourir d'embarras (angl.) : « Plus on a peur de faire quelque chose d'embarrassant, plus l'anxiété augmente. Plus on est anxieux, plus on risque de se mettre effectivement à trembler ou à faire des mouvements brusques et maladroits. Le problème peut s'aggraver au point qu'il devient difficile de porter quelque chose à sa bouche sans le renverser. » Lors d'un repas ou d'un cocktail en présence du « Grand-patron », ce peut être très gênant...

Il y a encore une quantité de difficultés liées aux phobies sociales, comme utiliser des toilettes publiques ou simplement faire ses courses sous l'oeil d'un vendeur. « Je suis tellement préoccupée par ce que les autres vont penser de moi, dit une femme, que je ne vois pas les choses que je regarde. Je m'attends toujours à ce que la personne qui est derrière le comptoir me dise de me décider et d'arrêter de lui faire perdre son temps. »

Comment lutter efficacement contre ces phobies ou, simplement, contre ces gênes que nous éprouvons parfois ? Si aucune phobie ne vous empêche d'attendre un peu, nous en reparlerons dans une prochaine lettre.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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