Juillet 2011

Dossier

Le harcèlement sexuel est vécu par de nombreuses femmes.

«  Respecter l'autre, c'est le considérer en tant qu'être humain et reconnaître la souffrance qu'on lui inflige. »
- Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral

Le harcèlement sexuel

Le harcèlement sexuel est un phénomène beaucoup plus répandu qu'il n'y paraît. De récentes affaires semblent avoir remis le problème au (mauvais) « goût du jour » et relancé la question de la tolérance, voire de la complaisance, souvent excessive.

Affaire DSK. Trois lettres. Trois lettres devenues synonyme d'outrage ou de manipulation, de crime ou de calcul, selon les versions. Dans tous les cas, au moins le doute, peut-être la répulsion, ou bien la pitié et la compréhension, toujours selon l'angle sous lequel on veut se positionner. L'affaire n'étant pas définitivement jugée au moment de la rédaction de ces lignes, il n'est pas question ici de trancher.

Cette affaire est grave parce qu'elle a trait à un cas (présumé, pour l'instant) d'agression sexuelle. Il existe cependant quelque chose apparemment moins grave. Apparemment seulement car il est difficile, en ces matières, de hiérarchiser la souffrance des victimes. Et dans l'anti-chambre de l'agression sexuelle, il y a le harcèlement sexuel.

Le harcèlement sexuel est-il un problème grave ?

« A mon travail j'ai des problèmes avec les hommes qui font des remarques grivoises » se plaignait une femme. « C'est une des choses qui fait que l'on rentre chez soi d'humeur massacrante » , disait-elle encore. Une jeune femme qui travaille dans une banque disait: « C'est une lutte constante. Ces types feront n'importe quoi pour briser ma résistance. Cela va d'une invitation à déjeuner jusqu'à l'offre de faire une fugue en Floride. Ce qui m'ennuie le plus, c'est que cela semble empirer. »

Liens connexes

Sommes-nous manipulés ?

Sommes-nous trop connectés ?

La colère

Bizutage et (dés)intégration

Harcèlement moral: faire face

Sommes-nous surveillés ?

Les risques psychosociaux (RPS)

Le harcèlement moral au travail

Une jeune femme déclare : « Ces types feront n'importe quoi pour briser ma résistance.  ».

Dans de tels cas, la victime ne sait pas toujours quoi faire. A qui parler ? Sera-t-elle crue ? Car il n'est pas encore question d'agression, du moins au sens « opérationnel » du terme. Et quelles répercussions ensuite sur son travail, sa présence dans l'entreprise ? Ne risque-telle pas d'être confrontée à la fâcheuse situation de « parole contre parole » ? Et sa gêne sera-t-elle prise au sérieux ? Ou bien passera-t-elle pour une bien délicate personne, qui ne comprend pas la « plaisanterie » et qui fait beaucoup « d'histoires » pour rien ? Difficile de prendre une décision.

Il y a, fort heureusement, des cas où le harcèlement est reconnu et les victimes correctement dédommagées. Des jurys reconnaissent la pression produite par les humiliations, les angoisses endurées. Des employeurs se sont vus condamnés pour avoir toléré - voire édulcoré - de tels comportements sur le site de leur entreprise. De là à dire que tous les cas de harcèlement sexuel sont traités avec le même sérieux, il y a une marge et une marge importante.

Des batailles juridiques ont été gagnées. Mais « personne ne croit que les lois élimineront le harcèlement sexuel » , explique la revue Newsweek. Les répercussions de ces actes peuvent cependant être énormes. « Lors d'une étude, des femmes harcelées par des hommes disaient souffrir de maux de tête, de nausées et d'insomnie. » Ces méfaits ne se limitent pas aux couches réputées sordides de la société. Cela arrive aussi sur le lieu de travail, même dans les lieux les plus « convenables », comme une banque.

Le harcèlement sexuel : quelle est son ampleur ?

Mais qu'est-ce que le harcèlement sexuel ? Nous en avons tous une certaine idée, probablement assez proche de la réalité et des faits. D'un point de vue légal, le harcèlement sexuel désigne les agissements d'une personne « dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle à son profit ou au profit d'un tiers » (d'après le Code du travail). Ce type de harcèlement (de même que le harcèlement moral, soit dit en passant) est interdit et réprimé par la loi.

Des situations qui peuvent dramatiquement dégénérer.

Dans la mesure où les actes sont intentés « dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle », on peut raisonnablement penser que ce harcèlement est potentiellement préparatoire à une agression, surtout si le coupable n'obtient pas « l'assentiment » de sa victime pour ce qu'il cherche.

Selon une enquête de l'INRS (Institut national de recherche et sécurité), la personne capable de tels agissements est difficilement « repérable ». Ce peut être à peu près n'importe qui et à n'importe quel âge. Même, l'auteur est souvent bien intégré dans l'entreprise. Il se peut que ce haut degré d'intégration favorise la prise de risque, facilitant les justifications éventuelles. Les victimes, quant à elles, ne sont pas nécessairement des personnes fragiles. Il est juste remarquable que l'écrasante majorité des cas de harcèlement sexuel visent les femmes.

En France, 40% des femmes ont souffert de gestes déplacés non désirés.

Selon une revue américaine, Men's Health, « les affaires de harcèlement sexuel se multiplient rapidement. En 1990, la Commission américaine pour l'égalité des chances à l'emploi a traité 6 127 affaires de ce genre ; [en 1993], ce chiffre, qui a presque doublé, s'est élevé à 11 908 » . Nous sommes en 2011...

Une enquête sociale et de santé, réalisée en 1998 par l'Institut de la statistique du Québec, examinait la présence de paroles et de gestes à caractère sexuel non désirés au travail auprès de la population de 15 ans et plus occupant un emploi rémunéré. Les résultats montrent que 8 % des travailleuses et 2 % des travailleurs rapportent avoir fait l'objet de tels gestes ou paroles au travail pendant une période de 12 mois. Encore là, les jeunes femmes sont les plus concernées avec un taux atteignant 13 % chez les 15-24 ans (Arcand, R., Labrèche, F. et Stock, S., Messing, K. et Tissot, F. 2000. « Travail et santé », dans Enquête sociale et de santé 1998, Chapitre 26, Institut de la statistique du Québec : 525-570) - Sources : université de Montréal.

En France, l'enquête « Cadre de vie et sécurité » réalisée en 2008 par l'INSEE, rapporte que « pour 40 % des femmes qui ont souffert de caresses, baisers et autres gestes déplacés non désirés, ceux-ci ont été commis dans 25 % des cas sur le lieu de travail; cela correspond à 722 femmes par jour. » Une autre étude, en 1991, a révélé que 21 % des 300 femmes interrogées avaient été personnellement victimes de harcèlement sexuel.

On retrouve des chiffres de même ordre, voire plus, pour d'autres pays un peu partout dans le monde. Le Japon semble détenir une bien honteuse palme : 70 % des femmes interrogées (en 1991) étaient victimes  « du harcèlement sur leur lieu de travail. Quatre-vingt-dix pour cent le subissaient en allant au travail et en en revenant »...

Pas de doute, le phénomène existe. Paradoxalement, il n'y a que très peu de véritables enquêtes à ce propos. Les chiffres annoncés ici ne sont peut-être plus d'actualité. Cela ne signifie pas qu'ils sont en baisse...

Prochainement (voir éventuellement les liens connexes), nous examinerons ce qui semble inciter (surtout) les hommes à s'autoriser de telles pratiques. Nous verrons ensuite s'il est possible de limiter au mieux les situations à risques et comment se protéger.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

Index de la Newsletter

Archives newsletters

Vers le site de VR2

Toutes les formations VR2