Juillet 2011

Dossier

Une femme se cache sous son chapeau © tauleena - Fotolia.com

La timidité : joli défaut ou piètre qualité ?

« La timidité est le résultat de l'opinion généralement exagérée qu'on se fait du mérite des autres. .»
- Gérard de Rohan Chabot

La timidité

La timidité est un phénomène assez largement répandu. Elle puise à différentes sources et prend diverses formes mais toutes sont invalidantes en termes de relations sociales et professionnelles.

Vous n'êtes pas encore intervenu. Pourtant, les arguments avancés par ceux qui sont sont présents à cette réunion sont maigres. Vous avez pratiquement la solution au problème en discussion. Oui, mais voilà, vous hésitez. Vous reculez le moment de vous exprimer. Vous êtes mal à l'aise. Vous n'êtes pas sûr que votre intervention sera bien perçue. En plus, il y a le « Grand Chef ». « Que va-t-il penser de moi ? Que vont-ils tous penser ? » Vous n'osez pas. Vous renoncez. Vous vous taisez. Vous êtes vaincu par la timidité.

Avez-vous déjà vécu pareille situation, en réunion ou ailleurs ? C'est fort probable. Peut-être en particulier lorsque vous étiez plus jeune. La timidité est un malaise assez répandu. Mais qu'est-ce que la timidité et est-elle normale ?

Qu'est-ce que la timidité et qui est timide ?

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Pour les docteurs Christophe André et Patrick Légeron, psychiatres à l'Hôpital Sainte-Anne à Paris, la timidité exprime « une manière d'être durable et habituelle, marquée par une tendance prononcée à se tenir en retrait et à éviter de prendre l'initiative dans tout type de situation sociale, une gaucherie lors des interactions sociales, malgré un désir relatif de se confronter à certains échanges ».

D'après des sondages, un français sur deux serait timide, 50% de la population. Et d'après l'étude du psychologue américain Philip Zimbardo, les situations les plus intimidantes sont : parler devant une assemblée (74%), participer à un groupe (73%), rencontrer des inconnus (70%), rencontrer une personne de sexe opposé (64%). Autant dire que l'existence fourmille de situation « timidogènes ».

La timidité : une tendance prononcée à se tenir en retrait et à éviter de prendre l'initiative.

Les jeunes sont des proies faciles de la timidité. Le psychologue David Elkind écrit dans la revue Parents : « En début d'adolescence, la majorité des jeunes traversent une période de timidité, victimes qu'ils sont de ce que j'appelle le syndrome du public imaginaire : ils croient que les autres les regardent et font attention à leur apparence et à leurs actions. » Vu sous cet angle, certains d'entre nous sont restés jeunes...

Le timide est parfois mal compris par son entourage, ce qui renforce le trouble. Par exemple, une personne timide, pourrait passer pour distante ou désintéressée de la conversation. Pire, certains timides sont qualifiés de froids, voire hostiles, alors qu'ils ne sont qu'empruntés et excessivement discrets. Evidemment, ces interprétations compréhensibles ne font qu'élargir encore le fossé qui s'installe. Et de distants, ces timides deviennent alors « snobs ». C'est un cercle particulièrement vicieux.

La timidité est-elle une qualité ou un défaut ?

La timidité n'est pas forcément mauvaise en soi. Fondamentalement, elle peut être liée à une certaine modestie. Or, la modestie est une qualité. Elle consiste, par définition, à rester conscient de ses limites. Les gens conscients de leurs limites sont généralement de compagnie plus agréable que les arrogants, les agressifs et les prétentieux. Mais une modestie hypertrophiée peut conduire à la timidité excessive et donc à l'embarras. Dans certains cas extrêmes, la timidité peut créer ce qu'un auteur appelle « une sorte d'auto-emprisonnement névrotique », une véritable coupure d'avec les autres.

Une femme assise attend.

La légendaire discrétion du timide.

Mais le phénomène est plus complexe qu'il n'y paraît. Alléguer systématiquement la modestie est peut-être un raccourci facile. La question est importante car nombre de timides sont aussi nos collègues de travail. « Les timides peuvent carrément connaître un problème d'intégration dans l'entreprise », affirme Gérard Macqueron, psychiatre et coauteur de La Timidité, comment la surmonter (éditions Odile Jacob). « Ce sont des Cocotte-Minute ! », résume Laurent Chaîne, psychiatre et consultant à l'Institut français de l'anxiété et du stress (Ifas), expression qui va s'opposer à ce qui précède : « Les timides ne sont ni des lâches (ils peuvent sauter sur Sainte-Mère-Eglise), ni des gentils (ils ne sont pas toujours altruistes). Ni même des modestes. Ce sont parfois des monstres d'orgueil. » Là, c'est un défaut. Difficile de s'y retrouver.

D'autant que, à notre joyeuse époque, on vante plus facilement les « battants », les « engagés », les déterminés et autres « bulldozers » de l'existence, quitte à perdre de vue les « dommages collatéraux ». Autant d'euphémismes pour décrire des rapports parfois dénués de la moindre considération, voire brutaux, mais largement encouragés sous de fallacieux prétextes d'efficacité.

« Les timides peuvent carrément connaître un problème d'intégration dans l'entreprise. »

Cela dit, la timidité peut avoir un impact sur une carrière professionnelle. « J'ai failli être licencié à cause de ma timidité, se rappelle ainsi Sylvain Galle, chargé d'affaires chez Acia, une société de commerce international. J'avais en réunion beaucoup d'idées, souvent meilleures que celles proposées par les autres, mais je n'osais pas les exprimer. Du coup, je passais pour quelqu'un qui n'en avait pas ! Ou, quand je m'exprimais, ça explosait, ça bouillonnait : j'étais confus, trop long ! »

David, 33 ans, ingénieur informaticien, connaît malheureusement bien les difficultés du timide. « Je suis le roi du prétexte pour fuir toutes les occasions de rencontrer de nouvelles personnes ou de me retrouver dans un groupe. Mon comportement m'a conduit à ne pas avoir de réseau, ni à la fin de mes études, ni après plusieurs années d'expérience professionnelle. J'essaie aujourd'hui de me prendre en main car je recherche un emploi et ma timidité me handicape beaucoup », reconnaît-il. Un recruteur ne risque-t-il pas, en effet, d'être partagé entre les indéniables compétences d'un tel postulant et ses difficultés d'intégration à une équipe ?

Ce défaut d'aptitudes relationnelles est assez fréquent, à des degrés divers. D'ailleurs, hésitons-nous à nous présenter à une personne qui nous est inconnue ? Nous trouvons-nous parfois dans ces situations de proximité où nous ne savons pas quoi dire ? Si c'est le cas, nous ne sommes pas les seuls. Et il est surprenant d'apprendre que des personnages apparemment expérimentés, tant en âge qu'en relation, sont confrontés à ces ennuis.

Fred, un homme d'affaires, explique : « Dans le monde des affaires, je sais comment me comporter, parce que c'est mon métier. Tant que je ne parle qu'affaires, je n'ai pas d'inquiétude sur l'image que je donne. Mais quand la conversation prend un tour plus informel, je deviens hésitant. On doit me trouver ennuyeux, livresque, trop technique ou pas très intéressant. »

Pour couronner le tout, la timidité comporte de « grands risques de complications psychologiques, comme la dépression ou la consommation d'alcool », notent Christophe André et Patrick Légeron, dans La Peur des autres (éditions Odile Jacob).

Pas de doute, la timidité, surtout en contexte professionnel, est un poids pénible et limitant. Il reste cependant possible de lutter contre la timidité et d'apprendre à être plus communicatif. Comment cela ? Il vous faudra oser lire un prochain article à ce propos.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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