Juillet - août 2011

Expression française

Une heune femme perplexe © Sergey Mikhailov - Fotolia.com

Dans de beaux draps ? Pas forcément...

« On n'est jamais tout noir On n'est jamais tout blanc On est tout simplement Porteur ou pas d'espoir »
- Serge Bilé, Sur le dos des hippopotames

Etre dans de beaux draps

Paradoxalement, si l'expression peut sembler valorisante au premier regard elle signifie précisément le contraire.

D'ailleurs, par l'usage, nous savons qu'elle est employée pour signifier plutôt que quelque chose va mal. Comment expliquer alors ce contre-sens ? Certains coupent court en disant « nous voilà dans de sales draps » ! Alors, beaux draps ou sales draps ?

Une affaire de draps qui ne fait pas un pli

Il faut faire un peu d'histoire pour bien comprendre l'allusion. Il fut un temps, même très lointain, où les vêtements étaient appelés draps. Ne dit-on pas encore se draper, que se soit au sens propre ou au figuré, pour ce qui est de dignité, par exemple ? Ainsi, on pouvait être paré des meilleurs atours vestimentaires en portant des draps de qualité.

Les draps les meilleurs, les plus purs, étaient blancs. Leur caractéristique était de bien faire ressortir, par contraste visuel, les éventuelles impuretés ou de souligner le teint. Ainsi, un certain Leduchat écrit : « Mettez un Maure dans de beaux draps blancs, c'est de quoi le faire paraître encore plus noir.» Une catégorie reprit à son compte cette suggestion mais dans une application plus cruelle, sous des couverts abusivement spirituels.

« Etre dans de beaux draps : se trouver en fâcheuse posture, dans l'embarras ou le péril.

Au XVIIIe siècle, on trouve l'expression « être dans de beaux draps blancs » pour souligner métaphoriquement à quel point des défauts de personnalité étaient visibles. Le noir de l'âme ressortait mieux sur le blanc immaculé de la conscience collective et religieuse.

Ainsi, dans les animations théatrales du moyen âge, était revêtu de blanc celui ou celle sur qui on voulait précisément attirer l'attention en vue de lui faire subir moults outrages de verbe et de gestes, manière facile d'incorporer le public au spectacle. Il est fort probable que le célèbre Pierrot, tout de blanc vêtu, soit un reliquat de cette délicate coutume, Pierrot qui suscite plus souvent la tristesse que l'hilarité. On se met à sa place...

L'Eglise, très au fait des mesures de manipulation, exploita le sens symbolique de la chose. Pour lutter contre les forces du mal et dissuader les contrevenants à l'ordre catholique, il fut de coutume de contraindre les coupables de luxure et autres adeptes d'appétits charnels proscrits, à se présenter à la messe en draps blancs. De beaux draps, il faut le dire. Ainsi, l'homélie pouvait ad libitum (c'est de circonstance...) porter sur les renégats ainsi exposés publiquement à la honte et à la réprimande. Les draps blancs soulignaient la souillure de leur vies désormais avilies.

Ce contexte suggère d'évoquer également les derniers instants du Christ, décrit, peu avant sa mort, vêtu d'un habit probablement blanc et de qualité, que les soldats romains tireront au sort pour ne pas le partager et en préserver ainsi la valeur. Enfin, à sa mort, le Christ sera mis au tombeau enveloppé d'un linceul, traditionnellement blanc lui aussi.

Pas de doute, de tous ces précédents, la mode du blanc ne devait pas remporter un franc succès. Et du coup, être dans de beaux draps (blancs) signifie se trouver en fâcheuse posture, dans une situation fort embarrassante voire périlleuse.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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