Juillet - Août 2011

Dossier

Un homme pose sa main sur le postérieur d'une femme © Ydefinitel  - Fotolia.com

Le harcèlement sexuel est plus ou moins discret mais toujours offensant.

«  Dans la vie, (...) il est aussi des rencontres qui nous minent et qui peuvent finir par nous briser. »
- Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral

Le harcèlement sexuel (suite)

Dans la précédente lettre, nous avons commencé à  traiter du problème du harcèlement sexuel. Nous savons déjà que c'est un problème grave et que son ampleur dépasse certainement ce que nous en savons. Voyons maintenant ce qui se cache à la base du phénomène. Des idées reçues, souvent fausses, troublent la compréhension et la gestion de ces agissements.

Harcèlement sexuel et silence

Parmi les constats les plus consternants figure celui selon lequel relativement peu de personnes portent les affaires de harcèlement sexuel devant les tribunaux. Quant on sait que c'est le cas pour le viol, on comprend qu'il soit d'autant plus difficile de prendre une telle décision lorsque l'agression n'est pas avérée.

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Le plus souvent, malheureusement, les victimes de harcèlement sexuel souffrent longtemps en silence avant que quelque chose se passe. Et ce quelque chose n'est pas forcément à leur avantage. Le harcèlement sexuel existe au travail, dans la rue, les transports et tout autre lieu de proximité. Le poids de telles humiliations est souvent subi en secret. Ce harcèlement prend des formes variées, des regards lascifs aux invitations directes et explicites pour des relations sexuelles, en passant par les caresses et les propos inconvenants, indésirables, obscènes et déplaisants. Toutes ces pratiques ne sont qu'ignobles manipulations, tentatives d'intimidation et abus de pouvoir.

« Comme le viol, le harcèlement sexuel n'a d'autre but que d'opprimer les femmes ».

Là où les choses deviennent floues, c'est lorsque certains prétendent que ces attitudes ne sont pas du harcèlement mais seulement des tentatives, certes maladroites, mais « innocentes » pour attirer l'attention. Cependant, pour beaucoup, c'est précisément le contraire. Selon Martha Langelan, dans Back off! How to Confront and Stop Sexual Harassment and Sexual Harassers : « Il ne s'agit pas d'une manière maladroite, grossière, amusante ou mal comprise de courtiser. Ce n'est pas un moyen d'attirer les femmes ; ce comportement n'a rien à  voir avec cela. Comme le viol, le harcèlement sexuel n'a d'autre but que d'opprimer les femmes, pas de les séduire. (...) C'est une expression de pouvoir. »

De plus, des spécialistes, dont Lori Yetman, conseillère en matière de harcèlement sexuel à l'Université Memorial de Terre-Neuve, Canada, conseillent ceci : si quelqu'un tient des propos ou adopte des gestes ou attitudes qui vous mettent mal à l'aise, c'est probablement parce que ses paroles ou ses actes sont déplacés. Au pire, mieux vaut être un peu «  trop sensible » que pas assez.

En effet, Lori Yetman ajoute : « Les harceleurs interprètent généralement le silence de leur victime comme un signe qu'elle accepte leur comportement déplacé. » Inutile de préciser ce qui peut se passer lorsque la victime est très jeune, mineure par exemple. C'est d'ailleurs une technique des pédophiles : faire des approches de plus en plus serrées pour tester la résistance de la victime. Si cette dernière semble peu ou pas réagir, la voie est ouverte pour des actes plus graves encore... Si nous extrapolons un peu ici, c'est pour bien prendre la mesure de la gravité de faits qui pourraient sembler anodins d'un premier abord. Sur ce chapitre, « trop » de sécurité c'est peut-être la sécurité minimum.

Le harcèlement sexuel : une agression déguisée

Une femme dissimule son visage sous ses cheveux © Olaru Radian - Fotolia.com

Harcèlement ou agression, est-ce bien différent ?

Il n'est pas exagéré de ranger le harcèlement dans les premières catégories d'agressions. Toujours selon Lori Yetman, le harcèlement sexuel peut rendre une fille littéralement malade. Des jeunes filles victimes de harcèlement sexuel se sentent souillées, humiliées et blessées. Des marques parfois indélébiles. «  Certaines victimes se sont senties forcées de quitter leur emploi, d'abandonner l'école, d'accepter une rétrogradation, bref n'importe quoi pour fuir le harcèlement », affirme Lori Yetman. Le harcèlement sexuel n'est pas un jeu inoffensif.

Puisque nous abordons le ressenti des victimes, qu'en disent les femmes confrontées à ces atteintes ? Leurs réactions sont un mélange de dégoût, de colère, de dépression et d'humiliation. Une victime déclare : « Cette situation m'a détruite. J'ai perdu mon assurance, ma dignité et mon ambition professionnelle. Ma personnalité a complètement changé. J'étais insouciante ; je suis devenue amère, effacée et honteuse. » Un prix bien élevé pour un simple « jeu »...

L'impact est probablement d'autant plus grand quand l'agresseur est une personne ayant autorité ou bien dépositaire de la sécurité. Aux Etats-Unis, le harcèlement est assimilé à un mauvais traitement en violation des droits civils. Il est de la responsabilité des employeurs, par exemple, de veiller à ce que l'ambiance au travail ne devienne « ni pénible ni malsaine ». Par ailleurs, d'après des enquêtes à ce propos, lorsque des cas de harcèlement sexuel ont été signalés dans des entreprises, on y a également observé un fort taux de démotivation, de même en matière d'absentéisme, ainsi que des fréquents changements de personnel. Tout ceci entraîne des pertes financières, surtout si on y ajoute les indemnités versées aux victimes quand les affaires ont été traitées en justice.

Il semble qu'il y ait de plus en plus de cas de harcèlement sexuel. Est-ce vrai ? Très certainement. Même s'il y a aussi des raisons statistiques, de plus en plus de femmes travaillent, bien plus qu'il y a quelques dizaines d'années. Du coup, s'il y a plus de femmes sur les lieux de travail, elles sont potentiellement autant de cibles supplémentaires pour les harceleurs. Mais il n'y a pas que ça. La revue Men's Health déclare par exemple : « l'accroissement du nombre de plaintes pour harcèlement sexuel s'accompagne d'un déclin stupéfiant du respect des règles du savoir-vivre. Les mauvaises manières se généralisent » Qui contredira ces propos ?

Depuis les années 60, il y a la « nouvelle morale » Vouloir tout permettre, tout tolérer, a nécessairement édulcoré les principes de morale dite « traditionnelle ». Que l'on soit d'accord ou non avec ces comparaisons, force est de constater que le respect, la considération et la compassion ne se sont pas nettement développées... Elles ont même franchement régressé. La vie courante ainsi que la lecture de n'importe quel journal convaincront les plus sceptiques. Ce sont même les attitudes de mépris et de provocation qui prennent souvent le pas. Un exemple ? Des jeux vidéos en vente libre incorporent des fonctions permettant au joueur de devenir l'acteur de viols... Le harcèlement sexuel fait partie des sordides résultantes de telles « moeurs modernes ».

Les conclusions à propos du harcèlement sexuel sont-elles exagérées ?

Certains pensent que oui, que l'on en fait trop et que c'est une question de média, récente affaire à l'appui. En réalité, il faut bien admettre qu'une femme qui signale un cas de harcèlement prend des risques, en particulier celui d'être déboutée. Ainsi, seules 22 % des femmes harcelées en feraient part à une autre personne. Confrontées à la peur, l'humiliation, la culpabilité, la confusion, la lourdeur administrative, voire la menace, beaucoup gardent le silence. Le phénomène est donc probablement bien plus grand qu'il n'y paraît...

Toutes les études révèlent que les femmes considèrent [le harcèlement sexuel] comme un mauvais traitement.

Autre aberration : les femmes apprécient ces marques d'attention ! Les plaignantes sont jugées trop sensibles, quand elles ne sont pas affublées d'expressions péjoratives et obscènes. Pourtant, toutes les études révèlent immanquablement que les femmes considèrent ces attaques comme de mauvais traitements. Parmi les témoignages les plus récurrents, les victimes citent leur sentiment de dégoût (40 %) et la colère (33 %). A cela s'ajoutent l'angoisse, la dépression, la douleur.

Les femmes sont-elles réellement plus souvent victimes de harcèlement sexuel ? Des chercheurs de l'Association des Américaines en activité signalent que « dans environ 90 % des cas, ce sont des hommes qui harcèlent des femmes, 9 % des cas concernent des personnes du même sexe (...) et seulement 1 % des femmes qui harcèlent des hommes ».

Si ce fléau du harcèlement sexuel est difficile à endiguer, il existe des moyens de limiter au mieux les situations à risques. Ce sera l'objet d'un prochain article.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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