Nourriture pour l'esprit.
Pour développer le goût de la lecture, il faut créer un environnement physique et psychologique propice. Cela commence parfois par ôter ce qui fait obstacle à la lecture. C'est le cas, entre autres, de la télévision.
Pour faire le lien avec nos précédents articles traitant de la lecture (voir les liens connexes), citons les propos d'un journaliste japonais : « D'une culture de lecteurs, nous dérivons vers une culture de spectateurs. », déplorant le rôle toujours plus grand des divertissements audio-visuels, télévision comprise. Le danger télévisuel existe-t-il ? Comment donner goût à la lecture, aux petits comme aux grands ?
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Comme souvent, ce sont les jeunes gens qui restent les cibles privilégiées des vendeurs de temps - oui, ces divertissements semblent avoir l'incroyable faculté de créer du temps libre - mais n'oublions pas que nombre d'adultes sont aussi concernés. Le risque qui nous intéresse, au-delà de faire un semblant de procès à l'industrie du jeu et du télévisuel, est celui de générer une véritable indifférence à la lecture. Comment faire pour insuffler le goût de la lecture, y compris dès le plus jeune âge ?
La lecture est une habitude qu'il convient de prendre très tôt. Les parents jouent donc un rôle important pour ce qui est d'amener leurs enfants à être de bons lecteurs réguliers. Voilà pourquoi les premiers conseils s'adressent à ceux qui ont des enfants.
« Si vous êtes une chiffe molle vautrée devant votre téléviseur, votre enfant ne fera pas mieux. »
Dans un article intitulé Comment élever de bons lecteurs, le magazine Newsweek faisait ces observations remarquables de logique : « Si vous êtes une chiffe molle vautrée devant votre téléviseur, votre enfant ne fera pas mieux. Par contre, si vos enfants vous voient plongé avec délectation dans un bon livre, ils comprendront que vous ne prêchez pas seulement les bienfaits de la lecture, mais que vous y croyez vraiment. »
En termes de lecture, il y a donc des croyants et des pratiquants. Mieux vaut appartenir à la dernière catégorie. Pour quelle raison ? Parce que les enfants, et souvent nous-mêmes, sont sensibles à l'exemple. L'exemple reste le meilleur moyen d'amener quelqu'un à prendre de bonnes habitudes.
On entend parfois des parents dire que leurs enfants feront leur expérience par eux-mêmes et qu'il ne s'agit pas d'influencer leurs choix de vie. Si vous êtres parents, vous savez bien que si vous ne vous chargez pas d'inculquer à vos enfants ce que vous savez être bon pour eux, quelqu'un d'autre le fera. Inutile de préciser que s'il s'agit de leurs copains et copines le résultat peut être surprenant. A moins qu'il ne s'agisse de la télévision, autre compagnon pas toujours recommandable. Vous trouvez cela exagéré ?
Des études extrêmement sérieuses (CNRS, INSERM, Centres de neurosciences cognitives) livrent des conclusions impressionnantes. Nous abordons dans l'article parallèle Conseils aux seniors quelques méfaits de la télévision en termes cognitifs. Parlons ici de ce qui concerne plus directement les jeunes gens et leur évolution dans la vie.
Selon ces chercheurs (entre autres, Michel Desmurget, directeur de recherche à l'INSERM), la télévision favorise d'abord les risques de sédentarité, avec ses répercussions sur la santé. Et d'une. Ensuite, elle serait très directement (et dramatiquement) liée aux habitudes en matière de tabagisme, alcoolisme et conduites sexuelles à risques.
Ainsi, la présence du tabac (hors publicités, puisque interdites) dans les émissions, exerce une incitation plus forte que celle des parents ou des copains... La familiarisation télévisuelle excessive avec ce produit serait responsable, à elle seule et chaque année, de 75 000 décès aux Etats-Unis.

La valeur de la lecture n'attend pas les années...
On peut encore ajouter que les séries connotées sexuellement - aux configurations morales très variables - multiplient par trois les probabilités d'occurrences d'une grossesse précoce chez les adolescentes. Qui dit grossesses précoces dit aussi corollaire de complications, physiques et psychologiques, souvent graves.
Il faut aussi évoquer les images violentes, renforcées par les jeux vidéos de la même trempe, qui stimulent l'agressivité du spectateur et le désensibilisent, au fil (rapide) du temps, à la souffrance d'autrui, étouffant toute empathie. Ces qualités sont pourtant vitales sur le chapitre des relations humaines.
VR2 est-elle une maison rétrograde qui joue la carte du puritanisme ? Non, VR2 se contente de se faire le modeste écho de recherches très poussées, scientifiquement contrôlées et, malheureusement, politiquement et commercialement « peu correctes ».
Tout ceci pour souligner, par contraste, à quel point la lecture peut être bénéfique, utile et enrichissante pour peu qu'on la privilégie. Sa pratique neutralise la quasi dépendance inconsciente à l'intrusion intempestive d'idées aux orientations souvent discutables. Elle développe l'esprit critique constructif, à l'opposé de l'imprégnation passive engendrée par le petit écran. Il est entendu que le choix des lectures a son importance aussi. Nous sommes convaincus que les lecteurs des articles préparés par VR2 ont des exigences de qualité et de salubrité appréciables. La meilleure preuve est votre présence sur ce site.
Il est fort probable que nombre de personnes soutiennent sincèrement ces démonstrations. Néanmoins, apparaît de nouveau la différence d'effets entre la simple croyance en ces principes et leur pratique avérée.
Pour en conclure avec ces comparaisons écran/livre, disons qu'il est avantageux de faire le choix de limiter le temps passé devant la télévision (ou encore un écran d'ordinateur pour des raisons non professionnelles, une console de jeux) et de le remplacer par la lecture. Moyennant quelques efforts préliminaires, le plaisir de lire viendra ensuite.
Difficile de trouver ce plaisir si l'environnement et les équipements ne s'y prêtent pas suffisamment. Avez-vous une bibliothèque ? Contient-elle un nombre minimum de livres ? Avez-vous lu ces livres ou ne sont-ils qu'une espèce de décoration ? « Ayez partout des livres chez vous, des tas de livres, recommande le docteur Theodore Rubin. Je sais que je lisais parce qu'il y avait des livres à disposition et aussi parce que tout le monde lisait ». A portée de mains, les livres deviennent immédiatement plus attrayants, d'autant plus s'ils se trouvent dans votre bibliothèque personnelle.
Etes-vous inscrit à la bibliothèque locale ? Outre un nombre important d'ouvrages, ces lieux proposent souvent des catalogues des nouveautés, des index riches et pratiques pour trouver des sujets précis.
Faites de la lecture un plaisir. Réservez un moment pour cela.
Faites de la lecture un plaisir. Réservez un moment pour cela. N'attendez pas seulement de n'avoir rien d'autre à faire. Aménagez-vous un espace propice à la lecture, avec un confort minimum, un éclairage suffisant, une température et une aération adéquates.
Ne confondez pas la lecture avec un livre dans les mains et la lecture sur un écran d'ordinateur. Certains semblent s'accommoder des dernières technologies pour lire, genre tablette électronique, très à la mode. Prudence. La lecture sur écran, surtout un ordinateur, ne produit pratiquement pas de plaisir, tout simplement parce que vos yeux ne font pas du tout le même type de travail et celui-ci devient vite pénible. Vos yeux se fatiguent plus rapidement et leur mouvement n'est pas celui, naturel, des saccades et du balayage de la page. L'ordinateur se prête bien à des recherches précises, à une approche courte et ciblée, au traitement de données. Point n'est besoin de faire la critique de cet excellent outil quand il reste à sa place. D'ailleurs, vous êtes en train de lire sur un écran.
Le lecture est encore le meilleur moyen d'acquérir de l'information, de l'assimiler confortablement, de se détendre, de marcher avec l'auteur d'un livre. La lecture entretient nos facultés cognitives comme aucune autre activité. Elle ne coûte généralement pas cher. Elle est utile toute la vie. Et comment savons-nous tout cela ? Nous l'avons lu quelque part...
F. Huguenin - VR2