La Newsletter VR2 - Vie professionnelle

La tenue vestimentaire

« Quand on change de vêtement, on change de comportement. » — Frederic Monneyron, Libération, Septembre 2001

Une jeune femme lace ses baskets © Atovot - Fotolia.com

Fin prête ?

Vous êtes-vous déjà demandé, au moment de partir, par exemple, comment vous deviez vous habiller ? S'agit-il d'une sortie détente ? Professionnelle ? Formelle ? Ballade ? Selon les circonstances, il y a des sortes de codes à respecter. Oui, mais lesquels ?

Certains vous conseillerons de suivre la mode. Est-ce un bon conseil ? Trouvez-vous réellement que la mode vous sied... ? Encore une fois, tout est affaire de circonstances. Une tenue pourra convenir dans un contexte, pas dans un autre. Mais se calquer sur la mode, si ce choix est retenu, peut aussi avoir des effets inattendus. D'ailleurs, comment décririez-vous la mode actuellement ? Classique ? Nette et arrangée ? Cela dépend de vos orientations. Il faut bien admettre, que l'on aime ou pas, que la tendance semble plutôt portée vers la décontraction, fut-elle feinte. La limite entre la décontraction et le négligé est parfois floue et cette ambiguïté est souvent entretenue par les vendeurs. En termes professionnels, ce flou pourrait bien paraître fort peu artistique...

Un peu de tenue

Une banque suisse a attiré l'attention à ce propos par des attentes qui ont pu paraître excessives. En effet, la direction préconisait, par exemple, le port de « sous-vêtements de couleur chair et des parfums discrets pour ses employés féminins ». Il s'agit là de consignes pour les personnels en contact avec la clientèle. Toujours pour les dames, la recommandation prévoit une tenue « professionnelle classique unie » de couleur foncée, de porter sous les chemisiers blancs « des sous-vêtements qui ne doivent pas être négligés, ne jamais serrer, ni rentrer dans la peau ». Il est aussi vivement recommandé à ces dames de ne pas porter de chaussures trop petites, car « il n'y a rien de pire qu'un sourire crispé ».

Pour ces messieurs, « la veste droite à deux boutons et le pantalon constituent les principales composantes d'un costume professionnel classique », de préférence de couleur « anthracite foncé, noir ou bleu foncé » avec chemise blanche. Encore, « seul le port de chaussettes noires sans motifs est autorisé », et « les barbes de trois jours » ne sont pas tolérées.

Et pour l'ensemble des employés, « une visite chez le coiffeur toutes les quatre semaines » est suggérée. Encore, « les tatouages, piercings ou chaînes de cheville sont démodés et ne reflètent pas une allure professionnelle ». Enfin, « les odeurs gênantes » comme l'ail, l'oignon ou la fumée de cigarette sont à éviter absolument.

« Adopter un comportement irréprochable implique une présentation impeccable »

En lisant ces recommandations, avez-vous envie d'applaudir ou bien de vous révolter ? Pensez-vous que ces exigences, certes assez strictes, sont infondées, excessives, inutiles, frustrantes ? Ou bien estimez-vous que l'exercice professionnel, surtout en relation avec le public, mérite une rigueur compréhensible ?

La direction de cette banque explique : « La réputation [de notre banque] constitue notre bien le plus précieux. Adopter un comportement irréprochable implique également d'avoir une présentation impeccable ».

Si vous rencontrez sur rendez-vous, dans les locaux de l'établissement, un banquier pour une affaire importante, quel effet cela vous ferait-il de le voir en bermuda à fleurs, T-shirt informe quoique propre, mal rasé, pieds nus dans des tongs ? Vous diriez-vous que la liberté individuelle lui offre légitimement cette possibilité ? Et si en plus il sent l'oignon (non, pas l'oseille)... Quel effet cela aura-t-il sur la façon dont vous estimez qu'il vous considère ? On parle ici de banque, mais il est facile de transposer ces données à la poste, aux impôts, à la mairie, etc.

Tenir compte du contexte

Une jeune femme en tenue bloc opératoire

A contexte spécifique, tenue spécifique.

Un jour, un jeune homme s'est senti injustement mis en cause parce que sa responsable de service lui a conseillé de mieux soigner sa tenue. En quoi tenaient les reproches ? En ce qu'il portait un piercing à l'oreille, arborait des tatouages très visibles et son pantalon, un jean, présentait une déchirure... aux niveau des fesses. Qu'en pensez-vous ? Discrimination ? Excès de zèle ?

Replaçons les choses dans leur contexte. Il est bien évident qu'il sera difficile d'obtenir et de justifier l'occultation des tatouages. Pour le piercing, il faut voir. Pour le pantalon... Certes, mais il faut savoir que ce jeune homme travaille en tant qu'éducateur dans un internat pour enfants en difficulté.

Sans entrer seulement dans des considérations de goût, l'exercice de cette profession suppose un certain niveau de crédibilité, tant auprès des autres intervenants que des parents des enfants. D'ailleurs, le règlement intérieur de l'établissement parle de « tenue correcte exigée », c'est donc qu'il doit exister des limites. Encore faut-il les définir au mieux.

Nous ne tranchons pas ici quant à ce qui convient ou non mais l'exemple rappelle que selon le contexte, les critères peuvent varier. Il serait dommage de balayer toute tentative de réflexion au nom de la sacro-sainte liberté individuelle. Dans ce cas, nos contemporains se réservent celle d'apprécier ou non nos habitudes vestimentaires. Par-là même, ils évaluent notre degrès de fiabilité et de sérieux. C'est ce que font aussi notre employeur ou nos clients. C'est leur liberté.

Pour augmenter encore la difficulté, si besoin, la mode, que nous évoquions au début, incite souvent à un certain négligé. Cette tendance remonte seulement aux années 90. On a alors vu apparaître un peu partout des pantalons, et autres, volontairement déchirés, usés, élimés, blanchis, effilochés. Si le choix subsiste, ses effets aussi. Et on ne peut pas reprocher à quelqu'un de tirer ses conclusions à partir de notre apparence vestimentaire. On brandit alors souvent à ce moment-là le célébrissime « l'habit ne fait pas le moine.  » Mais un moine sans soutane est-il crédible... ? Car c'est bien cette crédibilité qui sera l'aune de nos jugements professionnels. Or, en entreprise, aussi ouverte soit-elle, si votre tenue vestimentaire passe pour être négligée, vous êtes une personne négligée. C'est sans appel. C'est ça aussi la liberté.

En milieu professionnel, si votre tenue vestimentaire passe pour être négligée, vous êtes une personne négligée.

Cette notion de liberté n'est d'ailleurs pas si claire. Une personne qui s'habille selon les seules tendances de la mode ne peut plus véritablement prétendre à son objectivité. Si elle suit la mode, elle en est aussi le sujet. Ne parle-t-on pas de « fashion-victims » ? Or, l'expression facile à transposer en français de « victime » ne semble pas précisément valoriser la liberté.

« Le costume est un langage muet par lequel chacun indique aux autres son sexe, son âge, sa nationalité, sa profession, sa classe sociale, ses positions politiques, religieuses, sportives et artistiques. Le problème vient de ce que cela n'est pas fixé de manière logique et rationnelle, comme par un système d'uniformes. », déclare Marc-Alain Descamps, dans Psychosociologie de la mode, PUF, 1979. Cette revendication de l'individualité, si elle s'apparente à la liberté, n'est pas nécessairement bien adaptée au contexte professionnel. Il est même maintenant bien connu que les notions et orientations précitées de « sexe, (...) âge, (...) nationalité, (...) positions politiques, religieuses » doivent y rester les plus discrètes possibles.

Nous reparlerons du rôle de la tenue vestimentaire en milieu professionnel. Il ne s'agira pas de dire ce qu'il faut faire ou ne pas faire mais seulement d'évaluer encore l'impact probable que notre tenue peut avoir sur les autres et aussi sur nous, principalement dans le cadre professionnel. VR2 s'applique à rester le plus objectif sur ces questions. Il ne s'agit pas non plus de retourner sa veste.

 

F. Huguenin - VR2

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