Mars 2011

Documentaire

Une jeune femme met ses doigts dans ses oreilles

La vie moderne est faite de bruits.

« Le silence se meurt, le bruit prend partout le pouvoir ; c'est la seule calamité écologique dont personne ne parle. »
- Alain Finkielkraut, Extrait d'une interview

Le bruit

Le bruit est un phénomène quasi omniprésent. Lorsqu'il est excessif, ses effets peuvent nuire à la santé tant physique que psychique.

En Espagne, le journal ABC rapporte que le Conseil constitutionnel a reconnu les effets néfastes de la pollution sonore. Il était question de juger une affaire mettant en cause un lieu public réputé trés bruyant au point de contrevenir à un arrêté municipal sur la pollution sonore.

Le Conseil a conclu à un excès de bruit qui « viole le droit fondamental qu'a un individu de protéger son intégrité morale et physique, son intimité personnelle et familiale ainsi que l'inviolabilité de son foyer ». Le verdict s'appuie sur des éléments scientifiques selon lesquels une forte pollution sonore peut provoquer « des troubles auditifs, des problèmes de sommeil, des névroses, de l'hypertension et une augmentation statistique des comportements agressifs ».

Qui sait si ces sons sont bons ?

Conclusion exagérée ? Pas si sûr... Selon l'Organisation mondiale de la santé, « Dans le monde [...] on estime que 120 millions de personnes ont des difficultés d'audition invalidantes. ». Bien entendu (oui, nous parlons de l'ouïe...), ces difficultés sont dues à une quantité de facteurs dont le vieillissement. Ces chiffres resteraient de simples constats, n'eurent été d'autres rapports, comme celui-ci : « environ 75 % de la perte auditive chez l'Américain moyen est due, non simplement au vieillissement, mais à ce qu'il fait subir à ses oreilles durant sa vie » (Institut central de sourds, à Saint Louis, dans le Missouri, États-Unis). Or, les oreilles américaines ne sont pas très différentes des oreilles européennes...

Pas de doute, le bruit est un phénomène aux effets au moins désagréables, au plus, handicapants. Rappelons d'abord quelques notions de base à propos de l'ouïe.

« Environ 75 % de la perte auditive [...] est due, non simplement au vieillissement, mais à ce [que nous faisons] subir à [nos] oreilles durant [la] vie »

C'est l'oreille externe, la partie visible de nos oreilles, qui capte les sons. C'est une structure cartilagineuse aux contours familiers bien que très variables d'un individu à l'autre. Les ondes sonores - qui sont des vibrations de l'air ambiant - sont canalisées dans le conduit auditif. Peu après, elles atteignent le tympan, sorte de micro peau de tambour qui se met à vibrer elle aussi. Cette même vibration fait bouger les osselets de l'oreille moyenne, osselets connus sous les noms de marteau, enclume et étrier.

Les vibrations parviennent ensuite à l'oreille interne, remplie de liquide qui conduit les ondes jusqu'à la cochlée, ce tube osseux enroulé en spirale, rappelant un escargot. Les vibrations mettent alors en mouvement les cellules auditives ciliées (comme des cils), qui transforment l'énergie acoustique en influx nerveux.

C'est le nerf auditif qui transportera ces vibrations, devenues informations sensorielles, jusqu'au cerveau. Et c'est ce dernier qui interprétera le bruit originel. Son rôle est fondamental. Un bruit qui ne serait pas interprété correctement resterait une vibration et ne prendrait aucun sens.

Considérez, par exemple, le cas où nous sommes dans une salle remplie de monde et donc du bruit des voix de beaucoup de personnes. Si on nous appelle par notre nom, nous réagissons à ce bruit-là et pas aux autres. Cependant, aussi capable que soit notre cerveau, il ne peut toutefois pas comprendre deux conversations en même temps. « C'est pourquoi, explique le livre Les sens (angl.), lorsqu'ils sont au téléphone, les gens ont du mal à saisir ce que dit la personne à côté d'eux. » Ceux qui pourtant se flattent gentiment de cette compétence se bercent de douces illusions.

Même lorsque nous dormons, nos oreilles perçoivent les sons. Ils sont même interprétés. Lorsque l'on semble s'habituer à la proximité de bruit pendant le sommeil, par exemple les gens qui dorment près d'un aéroport, c'est une fausse impression. Le sommeil est bel et bien perturbé, même si nous ne semblons pas nous réveiller pour autant. Or, les effets dépassent notre seul confort.

A ce propos, voyez l'inquiétant rapport d'un spécialiste : « Les personnes dont la chambre à coucher se situe à proximité d'un grand axe, d'une voie ferrée ou d'un aéroport auront généralement plus de mal à se souvenir d'informations anciennes ou à en apprendre de nouvelles, même si le bruit ne les réveille pas », affirme Ysbrand van der Werf, de l'Institut de neurosciences des Pays-Bas. « Des perturbations légères du sommeil profond [...] même sans réveil » ont un effet délétère sur les facultés de mémorisation, selon le quotidien néerlandais de Volkskrant. Pour que notre cerveau fonctionne correctement, il lui faut un sommeil profond qui ne soit pas troublé par des « facteurs de stress extérieurs tels que le bruit ou la lumière ».

Qu'est-ce qui nous casse les oreilles ?

Une jeune femme rousse met ses mains sur ses oreilles

Difficile de trouver un endroit vraiment silencieux.

Pour mieux comprendre ce qui se passe lors d'altération de l'ouïe, prenons l'exemple cité par un rapport de médecine du travail.

Imaginez un champ de blé. Les épis de blé sont les cellules cillées de l'oreille interne. Le son sera le vent qui souffle sur ces cellules/épis. Une petite brise fera onduler en souplesse les épis, sans causer de dommages. Si le vent devient plus fort, des épis peuvent commencer à en souffrir, à se rompre. Une grosse rafale, ou un vent soutenu sur une longue période, pourra coucher définitivement des épis qui ne se relèveront pas.

La même chose se passe dans notre oreille. Nos cellules ciliées sont fragiles. Nous n'en possédons que 15 000 qui une fois détruites ne se renouvellent jamais ! Une exposition à un bruit intense ou prolongé peut les détruire ! C'est ainsi que naissent les acouphènes, un bruit désagréable et persistant qui pollue l'existence de ceux qui en sont victimes. Ou encore, la surdité, plus ou moins profonde.

Il serait faux de penser que seuls les bruits très violents risquent d'endommager notre ouïe. Plus fréquemment, la déficience est due « aux effets cumulés de travaux bruyants, de passe-temps bruyants et de loisirs bruyants », explique le docteur Margaret Cheesman, oto-rhino-laryngologiste.

Les bruits persistants provoquent des troubles psychologiques tels que l'anxiété, le mal-être ou l'insomnie.

Le bruit au travail est un problème avéré. Par exemple, selon l'I.N.R.S. (Institut National de Recherche et de Sécurité - pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles), « 67% des actifs français se disent dérangés par le bruit sur leur lieu de travail, (sondage réalisé pour l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail début 2005).

Selon l'étude Sumer 2003, en France, « les expositions de longue durée (plus de 20 heures par semaine) à des niveaux élevés (plus de 85 dB/(A)¹) concernent 6,8% des salariés. Les secteurs les plus concernés sont l'industrie et la construction. Un certain nombre d'entre eux seront atteints de surdité irréversible.  »

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Même les activités de bureau sont parfois concernées par ces chiffres. 36% des employés et 28% des cadres supérieurs seraient péniblement exposés au bruit. Dans ces zones souvent considérées comme « protégées », le problème du bruit est beaucoup moins connu que sur un chantier, par exemple. Ainsi, « les bruits persistants provoquent des troubles psychologiques tels que l'anxiété, le mal-être ou l'insomnie. 58% des sondés souffrant du bruit montrent des signes de fatigue, 51% d'irritabilité, 37% éprouvent des migraines. » (Sondage IPSOS, rapporté par Hélène Haus, dans Libération).

Les open-spaces sont des zones étonnamment bruyantes : 51% des personnes qui travaillent en open space souffrent du bruit. « Ces espaces devraient tous être supprimés, ils n'ont aucune isolation acoustique. Pour les employés, c'est l'horreur », déclare le professeur Christian Gelis, président de la JNA (Journée nationale de l'audition).

Dans la prochaine lettre, nous reparlerons de certaines causes de bruit et de la façon de se prémunir contre les déficiences auditives. Nous examinerons des informations selon lesquelles nos loisirs peuvent être à l'origine de défauts acoustiques. Nous verrons si c'est seulement un bruit qui court.

¹ Le d(éci)Bel (A) est un niveau sonore global (son perçu par l'oreille).

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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