Mars 2011

Documentaire

Une jeune femme timide

Difficile de se voir comme les autres nous voient.

« Ce qui caractérise notre époque, c'est la crainte d'avoir l'air bête en décernant une louange, et la certitude d'avoir l'air intelligent en décernant un blâme. »
- Jean Cocteau, Extrait de La Démarche d'un poète

Regard sur soi, regard des autres

Il est en général possible d'agir sur nos craintes ou nos gênes occasionnelles. C'est souvent la question du regard des autres sur soi.

Dans la précédente lettre, nous avons abordé quelques moyens simples pour tenter d'atténuer les troubles relatifs aux phobies et autres malaises psychologiques (Gérer les comportements phobiques). Ce mois-ci, voyons des éléments plus subjectifs, c'est-à-dire « ce qui se passe dans notre tête ». Il est en effet possible que ce soit une question de « croyances » à propos de situations bien particulières.

Se faire peur avant d'avoir peur

Dans le tout premier volet sur le chapitre des phobies (Les phobies sociales), il était question, en introduction, de parler en public, avec le probable trac que cela génère parfois. Dans ce genre de situation, la seule perspective de l'évènement peut suffire à déclencher une série de symptômes tous plus pénibles les uns que les autres. Pour quelle raison ? Parce qu'en l'occurrence, nous avons naturellement tendance à nous projeter par anticipation dans la scène et nous la vivons presque comme « en direct »... avant d'y être réellement confrontés. Et bien souvent, notre anticipation prend des allures de film dramatique !

Le risque est de se focaliser sur ce qui pourrait arriver, ce qui augmente l'inquiétude.

Le risque est précisément de se focaliser sur ce qui pourrait arriver, attitude qui engendre par elle-même une inquiétude supplémentaire. On ne peut pas toujours faire totalement abstraction d'un certain enjeu générateur d'un trac modéré. Il n'est pas utile non plus de se faire une représentation morbide de choses qui ne vont pas nécessairement se produire.

Nous n'allons pas systématiquement glisser et tomber en montant sur l'estrade, nos notes ne sont pas destinées seulement à s'envoler et s'éparpiller dans la salle, nous n'allons probablement pas rougir au point de devenir cramoisi et le rester pendant toute la durée de l'exposé. Il y a ainsi toute une liste de « gâteries » que notre esprit semble particulièrement inventif à fomenter.

La façon dont nous appréhendons le regard des autres sur nous joue un rôle prépondérant dans la gestion de nos éventuels malaises. « Le fait de se dire que les autres vont remarquer leur nervosité rend les personnes atteintes de phobie sociale encore plus anxieuses, lit-on dans la Harvard Mental Health Letter. Elles en viennent à anticiper la maladresse et les mauvais résultats qui en découlent, et cette anticipation augmente encore la peur lorsque la situation appréhendée se présente. »

Or, il y a cependant moyen de limiter les dégâts. On lit dans un rapport rédigé par une équipe de chercheurs : « Avec le temps, vous remarquerez que, même si vous ressentez toujours une certaine anxiété dans des situations données, l'intensité de vos symptômes physiques diminuera considérablement. Chose très importante, votre confiance en vous-même augmentera avec l'expérience et vous serez mieux armé pour affronter les situations qui vous effraient. »

Avec de la pratique, on peut considérablement réduire les effets du stress, de l'anxiété, voire de phobies sociales. De même qu'un plongeur augmente petit à petit sa profondeur de plongée, au point de devenir expert, le phobique aura tout intérêt à suivre une progression contrôlée vers la maîtrise. Cela réclame des efforts sur le long terme, parfois de gros efforts et beaucoup de discipline. Tel ce conférencier qui, il y a quelques années, était incapable de s'exprimer en public parce qu'il bégayait !

La pensée génère l'émotion qui engendre le comportement.

Une jolie jeune femme un peu timide

Il n'y a souvent aucune raison de se sentir infériorisé.

Mais avant de nous lancer dans une entreprise de longue haleine pour lutter efficacement (et courageusement) contre d'éventuels comportements phobiques, réfléchissons quelques instants. Et réfléchissons avec notre tête. Car, justement, il apparaît que, dans une majorité de circonstances, un sentiment, fut-il négatif, est précédé d'une pensée. C'est peut-être ce qui se passe dans le cas des troubles qui nous occupent. Par conséquent, pour agir sur les manifestations physiques et physiologiques d'une gêne, examinons d'abord les pensées qui en sont la possible cause.

Quel genre de pensées peut expliquer nos craintes ? D'après des spécialistes, un sentiment phobique a couramment pour origine la crainte d'être désapprouvé ou ridiculisé. Il n'est pas rare que quelqu'un se dise « J'ai l'air idiot ! Pas de doute, tout le monde voit que je ne suis pas à l'aise et ils doivent bien rire de moi » Avez-vous déjà éprouvé ce genre de sentiment ? Si oui, vous savez à quel point c'est pénible.

Mais attention ! Se dire que nous avons l'air idiot ne suffit pas pour que les autres se le disent aussi ! Une jeune femme vivait très difficilement ses régulières apparitions en public au sein de son entreprise, convaincue d'être ridicule. Elle s'est appliquée à faire la distinction entre son ressenti et le ressenti des autres, entre ses impressions et la réalité. Elle est finalement parvenue à la conclusion que les gens qu'elle côtoyait à ces occasions avaient bien autre chose à faire que l'observer et la juger. Ils s'intéressaient surtout aux informations utiles et à la clarté de la présentation. Or, à sa grande surprise, plusieurs personnes, et à plusieurs reprises, l'ont remerciée pour ses travaux. Elle n'avait donc pas l'air idiote du tout ! Pire (enfin, mieux) son sérieux et son application, résultat de ce stress qui l'habitait, conféraient à ses allocutions une qualité très remarquée.

Elle finit par déclarer : « J'ai compris que même si je venais à dire quelques chose d'ennuyeux, on ne me rejetterait par en tant qu'individu et seule la portion du discours en cause serait sujette à discussion et, potentiellement, à solution. »

« J'ai compris que même si je venais à dire quelques chose d'ennuyeux, on ne me rejetterait par en tant qu'individu. »

Comme cette jeune femme, il peut s'avérer utile de reconsidérer la façon dont nous nous percevons nous-mêmes. D'un point de vue purement statistique, il est très peu probable que les gens que nous fréquentons, dans le travail ou ailleurs, s'ingénient à nous discréditer ou à nous juger avec la même sévérité que nous le faisons nous-mêmes. Cela ne veut pas dire que nous n'avons que des amis ou que tout le monde rayonne de bienveillance. Mais entre être admiré de tous et être l'objet systématique de critiques, il y a une marge importante. Une marge dans laquelle se posent des questions : même si le « scénario catastrophe » venait à se réaliser, cela voudrait-il dire que je serais immédiatement rejeté ? banni ?! Probablement pas. Et si certains le faisaient tout de même (c'est pour faire plaisir aux plus pessimistes...), serait-ce absolument insupportable ? Quel poids aurait l'opinion d'une autre personne sur ma valeur personnelle ? Que se passera-t-il après la « catastrophe » ? Qui y pensera encore dans trois mois ?

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Un proverbe antique dit : « A toutes les paroles que les gens peuvent dire, ne donne pas ton coeur. » Ce n'est pas parce que quelqu'un dit quelque chose sur nous qu'il a raison, surtout si ce sont des propos négatifs. Pourquoi ne pas demander à un ami ou une personne de confiance ce qu'elle pense de vous ? Peut-être pourra-t-elle vous voir à l'œuvre et vous donner son avis. Cette personne de confiance voudra vous faire part de ses éventuelles remarques avec bienveillance et respect. Ce qui veut dire, au pire, que nous sommes susceptible de progresser. Et quelqu'un qui progresse n'a jamais l'air idiot.

Des chercheurs qui travaillent sur la phobie sociale ont écrit : «Des problèmes apparaissent lorsque les gens attachent trop de signification et d'importance aux rejets inévitables que la vie nous réserve. Une réaction de rejet peut être décevante. Elle peut nous blesser profondément. Mais elle ne doit pas nous détruire. Si nous n'en faisons pas une catastrophe, ce n'en sera pas une. »

Avec un peu de persévérance, de l'application et un point de vue équilibré sur nous-mêmes, nous pouvons considérablement améliorer notre confort en termes de relations sociales et professionnelles. Nous pensons que nous n'aurons pas du tout l'air idiot en vous disant que dans la prochaine news nous aborderons le dernier volet de ce thème sur les comportements phobiques en société et au travail.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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