Octobre 2011

Vie professionnelle

Une femme japonaise assise © paylessimages - Fotolia.com

Des coutumes différentes mais une même intention.

« Les femmes polissent les manières, elles sont les vrais précepteurs du bon goût, les instigatrices de tous les dévouements. L'homme qui les chérit est rarement un barbare. »
- Gabriel Legouvé

Les bonnes manières (3)

Face aux problèmes générés par le défaut des bonnes manières, on voit des réactions inverses qui prônent le retour à l'éducation de la politesse. Pour aller encore plus loin, on trouve aussi des formations aux convenances en société. Mais la vraie solution ne tient pas seulement dans les capacités mais bien dans la mentalité.

« Dans la rue, l'homme réserve le côté trottoir (le ' haut du pavé ') à une femme, afin de la protéger des risques possibles pouvant venir du côté rue. A la gare, à l'aéroport, c'est l'homme qui se charge des bagages lourds, il aidera à monter les valises d'une femme, à les placer dans le compartiment d'un train ». Ne sont-ce point là de belles manières ? Sous leur aspect parfois un peu surranné, les belles et bonnes manières conservent une inaltérable élégance. Qu'en est-il de leur respect ?

Avons-nous pris les bonnes manières de la bonne manière ?

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« Nous nous sommes révoltés contre les bonnes manières dans les années 60, dit Marjabelle Stewart, connue pour ses écrits et ses cours sur le sujet, mais une nouvelle révolution est en train de les réhabiliter. Les gens reconnaissent l'importance des égards et veulent savoir quelles sont les règles de bienséance ».

Du coup, c'est foison de livres, de cours, de formations ou d'émissions télévisées sur ce thème. Comment s'adresser à autrui, façon de se tenir, serrer ou non la main, quelle fourchette choisir parmi un nombre impressionnant de couverts, la liste est longue des usages en la matière. Certains sont plus ou moins de circonstances. On peut être très courtois même si on ignore comment se servir du pain à table. A ce propos, faut-il le couper ou le rompre ? On ne va pas en faire un plat mais nous en reparlerons...

En tout cas, s'intéresser aux bonnes manières est assez à la mode. Presque tout le monde connaît cette animation où des candidats doivent rivaliser d'ingéniosité pour recevoir à table de façon plaisante et originale les autres concurrents qui seront ses juges. Si, en l'occurrence, les règles du bon goût ne sont pas nécessairement observées (surtout sur le plan des tenues vestimentaires...), l'intérêt pour cette production révèle des attentes quant à la qualité des relations.

« Les gens reconnaissent l'importance des égards et veulent savoir quelles sont les règles de bienséance ».

La France est le pays réputé pour ses bonnes manières, ses codes de bienséance et son savoir-vivre. La politesse, l'élégance font partie des richesses patrimoniales de notre pays. Mais sommes-nous réellement à la hauteur de cette réputation ?

Des visiteurs japonais, par exemple, sensibles par leur éducation aux principes de courtoisie, et manifestement dans l'expectative d'être enfin confrontés à notre gracieuse culture, ont été atterrés de constater à quel point cette réputation est éloignée de la réalité. Et d'autres encore. Il faut admettre que l'école n'enseigne plus ces valeurs et que les familles n'y encouragent plus que très peu. Résultat, la grossièreté, les incivilités, le laxisme et la provocation s'imposent. Triste constat. D'où ces réactions pour le rétablissement du code de bonne conduite.

Ces efforts sont encourageants. Seront-ils suffisants pour ramener la population (dont nous faisons partie) à de plus louables comportements ? C'est possible, au moins dans une certaine mesure. Mais peut-être faudra-t-il quelque chose de plus. Voyons de quoi il retourne en analysant les premières motivations de certains partisans de l'étiquette*.

Des attentions et des intentions

Marjabelle Stewart (un nom finalement presque prédestiné...) explique que « Dans la société actuelle où la compétition est acharnée, les bonnes manières sont une question de survie. » Que comprendre ? Que les bonnes manières, si elles sont agréables à vivre, signalent également un niveau d'éducation assimilable à un degrés de réussite.

Deux jeunes gens se saluent poliment

Politesse et courtoisie au travail facilitent les relations.

L'idée ne serait donc pas tant d'honorer nos relations que de se faire positivement remarquer. Pour des desseins multiples. Certes, il est flatteur de se distinguer par des manières appréciables mais peut-être pas au point d'en user à des fins manipulatoires ou hypocrites. En faisant très bonne impression, on peut aussi user de duplicité. Des affaires graves montrent parfois à quel point on peut dissimuler les plus vils projets en se camouflant derrière un masque de respectabilité apparemment inattaquable. Ne parle-t-on pas, par exemple, de délinquance en col blanc ? Voilà qui semble donner raison à Françoise Chandernagor, dans La Première Epouse, où elle écrit : « Bonnes manières et mauvaises moeurs : un grand bourgeois. »...

Evidemment, toutes les personnes polies ne sont pas nécessairement des criminels ou des falsificateurs. L'objet est ici de s'interroger honnêtement sur les véritables motivations qui nous pousseraient à la bienséance.

La bienséance concerne les sentiments et les attitudes, l'amabilité et le respect d'autrui.

Amy Vanderbilt, autorité américaine en matière d'étiquette, aujourd'hui disparue, écrit : « [Les règles de la bienséance] n'ont rien à voir avec les raffinements d'une toilette ni avec des manières superficielles. Elles concernent les sentiments et les attitudes, l'amabilité et le respect d'autrui ». Selon de tels principes, c'est la considération pour l'autre qui guide les meilleures conduites. L'intention fondamentale devient de plaire et de faire plaisir en prenant bien garde de ne pas blesser ou scandaliser. Une telle intention sincère alliée aux bonnes manières produira une personnalité attrayante et intéressante que l'on a envie de rencontrer et d'inviter. C'est de très bon goùt.

Anne Debard (fondatrice de l'association « Etiquette à la Française », spécialisée dans l'apprentissage des bonnes manières, à destination des étrangers et des écoliers) déclare : « Le savoir-vivre représente un ensemble de règles de vie en société basées sur la politesse, le civisme et le respect mutuel. A tout cela rajoutons une note de douceur et de sentiments... et on récolte le savoir-vivre ! »

De telles habitudes auront aussi l'avantage d'être permanentes et non seulement un rôle de composition pour des circonstances précises ou des objectifs moins scrupuleux. Puisque l'on touche par là aux bases de la personnalité, en tout contexte, y compris professionnel, la compagnie de ces personnes est un agrément et un atout dans une équipe. De bonnes manières authentiques sont un avantage sous tous rapports. Prudence quant à chercher à en abuser à des fins de rentabilité...

Alors, à propos du pain à table, faut-il le rompre ou le couper ? La tradition veut que l'on s'inspire de la Cène, épisode au cours duquel le Christ a rompu le pain avec ses apôtres, gage d'amitié. Précisons qu'à ce moment là, Judas, le traître, avait déjà quitté les lieux. Rappel que ce geste de saine entente s'oppose à toute autre motivation moins « catholique »...

 

F. Huguenin - VR2


* D'habitude, on n'aime pas trop se voir « coller une étiquette ». Ici, l'étiquette désigne l'ensemble des coutumes et règles qu'il convient de suivre en société en vue de se manifester respect et égards. L'expression viendrait d'une pratique consistant à utiliser des étiquettes écrites pour désigner l'ordre de préséance lors de réunions ou repas. On trouve encore cette explication : « Les premières règles de l'étiquette étaient affichées bien en vue dans les postes militaires. La liste indiquait les règles du jour (...). On pourrait dire que l'étiquette est un 'ticket' donnant accès au beau monde .»


 

 

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