Septembre 2011

Vie professionnelle

Les bonnes manières sincères font plaisir à voir.

«  Si vous ne connaissez pas les bonnes manières, priez pour avoir de bons réflexes... »
-  Billy Crystal

Bonnes manières et travail

Avoir de bonnes manières est un comportement appréciable et élégant. Dans le monde du travail, des critères discutables semblent parfois remettre en question les meilleures volontés.

Dans les files d'attente, de la poste au supermarché du coin, il n'est pas rare de voir des indélicats tenter de passer devant les autres. Ou encore, ils vous poussent littéralement vers le guichet ou la caisse, comme si cela aller vraiment faire gagner du temps. Ceux qui utilisent les transports en communs connaissent les désagréments de proximités peu délicates. Dans des zones publiques, des pseudo-mélomanes font profiter tout le monde des bruits souvent discordants qui émanent d'appareils divers, quand ce ne sont pas vos propres voisins.

Les bonnes manières et la politesse sur le déclin ?

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En France, on entend parler de la réintroduction de l'enseignement de la morale, de la politesse, du respect des autres, notions qui sont censées être inculquées également à la maison. Ces valeurs sont tombées tellement bas que l'on tente d'inverser la tendance à l'indélicatesse devenue insupportable. Etre poli, arriver à l'heure, semblent maintenant le sommum de la bienséance alors que ce sont en réalité des mesures élémentaires de la plus simple courtoisie. Même certains commerçants négligent ces fondamentaux de la relation client, peut-être eux-mêmes découragés par la sécheresse de chalands. Dans le monde du travail, ces qualités deviennent rares et convoitées. Pourtant, ne vivons-nous pas une époque où le niveau de vie et l'éducation sont réputés élevés ?

« Les bonnes manières ont été mises de côté ces 25 dernières années, écrit la chroniqueuse Ann Landers. Ce n'est pas simplement que les messieurs omettent d'ouvrir les portières de voiture aux dames ou de leur céder leur place dans le métro ou dans les autobus. Non, c'est plus grave que cela. » En effet, c'est plus grave que cela. Il n'y a plus de limite d'âge ou de genre pour souffrir de la brutalité et de la grossièreté ambiante.

« La démobilisation, l'absentéisme et même le vol [sont] symptomatiques d'une organisation aux prises avec la grossièreté ».

D'après le Wall Street Journal, « la grossièreté au travail peut coûter du temps, des efforts et des talents à une organisation ». Ces affirmations sont le résultat d'une enquête auprès de 3 000 personnes. Plus de 90 % ont dit s'être « heurtés à l'impolitesse au travail ». Sur ce nombre, 50 % admettent « avoir perdu du temps de travail à se tourmenter à propos de l'incident ». 25 % ont sentit leur ardeur au travail en pâtir. Un huitième ont démissionné. Le Journal cite Christine Porath, professeur de gestion à l'Université de Californie du Sud, selon qui « la démobilisation, l'absentéisme et même le vol peuvent tous être symptomatiques d'une organisation aux prises avec la grossièreté ».

C'est d'autant plus inquiétant que, paradoxalement, rien ne prouve que les choses vont s'arranger. Au contraire. Il pourrait paraître logique de penser que les gens polis et courtois, plus agréables, soient mieux reconnus et appréciés dans leur travail, pour le plus grand bien de tous. Logique, oui. Compatible avec les critères modernes d'efficacité, non. Des recherches à ce propos soulignent que les personnes de bonne composition sont généralement plus conciliantes que les autres. Or, par définition, celui ou celle qui est conciliant est disposé à céder. Et dans le monde du travail, céder est une faiblesse vite exploitée par de moins scrupuleux.

Ces actifs au contact agréable font souvent passer la qualité de la relation avant d'autres objectifs, y compris les-leurs propres. Ainsi, une personne réputée sociable, préférera se passer de certains avantages matériels si cela peut favoriser un bon climat dans une équipe. Mais ces éventuels avantages ne sont pas perdus pour tout le monde. Ils sont vite récupérés, parfois suite à de vils calculs, par des gens dont les notions de carrière, avancement, avantage et prestige sont prioritaires. On en revient à ces expressions populaires, ici aménagées, selon lesquelles il vaudrait mieux être détesté que méprisé.

Quelles conclusions d'enquêtes sur les manières au travail ?

Les bons rapports rapportent-ils vraiment ?

D'après une étude révélée dans le Journal of Personality and Social Psychology (angl.), « La relation négative entre l'agréabilité et la rémunération est arbitrée par les objectifs d'avancement de carrière. ». Encore plus surprenant, « les individus au niveau bas d'agréabilité sont susceptibles d'être considérés comme étant plus compétents en vertu même de leur manque de chaleur. ». Si l'on s'en tient à ces résultats, les personnes les plus désagréables, distantes et dominatrices ont de plus grandes chances d'être perçues comme compétentes, efficaces et sérieuses. Il est vrai que de tels repères sont tout à fait compatibles avec les principes de compétitivité modernes où les battants sont valorisés. Le verbe battre n'a jamais sous-entendu considération, discrétion et amabilité.

L'enquête signale, entre autres conclusions, que ces gens peu affables sont, en général, mieux payés que leurs collègues, jusqu'à 18 % de plus. Voilà qui ne présage rien de bon pour l'avenir des sentiments humanitaires au travail. Finalement, cela vaut-il la peine de tenir la porte pour laisser passer un collègue ? A moins que la plastique, l'esthétique ou le rang du personnage ne semblent justifier un effort. Mais à quel dessein... ?

En plus des seules questions de politesse et de courtoisie, l'ambiance au travail semble elle-même largement compromise par un ensemble de tendances discutables. Difficile de dire ce qui en est la cause réelle. De l'apathie ou de l'incurie des uns aux excès des autres, employeurs et employés confondus, bien malin qui pointera avec justesse les origines des difficultés professionnelles et, surtout, qui saura y remédier.

45 % [sont prêts] à faire « une crasse » à un collègue pour de l'avancement.

A ce propos, le London Magazine a demandé à 511 personnes de décrire ce qui se passait pour elles durant leurs heures de travail. Le Daily Telegraph de Londres rapporte les conclusions : environ 50 % avaient bu de l'alcool, 48 % avaient volé et près d'un tiers s'étaient droguées. 42 % s'étaient « imaginé tuer leur patron », 30 % « avaient regardé des images pornographiques sur l'Internet », « 62 % avaient reçu des avances de la part d'un collègue, et environ 20 % avaient eu des relations sexuelles au bureau » ; 36 % de ces employés avaient menti dans leur curriculum vitæ, 13 % ont déclaré être prêts à coucher avec leur patron pour obtenir une promotion, et 45 % à faire « une crasse » à un collègue pour de l'avancement.

D'après Philip Hodson, psychothérapeute, c'est surtout à la rancoeur vis-à-vis de la hiérarchie que nous devons ces orientations. Il explique : « Nous sommes prêts à tout pour arriver au sommet. Nous attachons beaucoup d'importance aux titres, au rang social et aux fonctions. »

Espérons que peu d'entre nous se reconnaissent dans cette description. Dans un prochain article, nous tenterons tout de même de comprendre pourquoi les bonnes manières se font parfois rares au travail. Car faut-il toujours être « gentil », au risque d'être abusé ? Ce serait la moindre des politesses que de proposer des explications, à défaut de solutions.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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