Septembre 2011

Dossier

Une femme épuisée au travail © e-pyton - Fotolia.com

Le harcèlement au travail conduit à l'annéantissement.

«  Dominer ses entraves, se libérer ou alors la vie est trop torturante et vivre n'est plus supportable. »
-  Henry Bauchau

Le harcèlement moral au travail

Le harcèlement moral en milieu professionnel est un autre phénomène dangereux. Il est insidieux, difficile à démasquer et surtout, à prouver. Première approche d'un fléau moderne et toujours plus d'actualité.

« Je n'en pouvais plus. Cela faisait plus de trente ans que je travaillais dans cette entreprise. J'étais parvenu au grade d'agent de maîtrise. Puis le nouveau patron est arrivé, jeune, dynamique, plein d'idées. Il s'est imaginé que j'étais une gêne, alors il a commencé à s'en prendre à moi. Après des mois d'insultes, de mensonges et d'humiliations, j'étais anéanti. Quand on m'a proposé de partir en préretraite, j'ai accepté. »

Cet homme a subi un harcèlement moral en entreprise. On appelle cela parfois la psychoterreur ou le « mobbing », selon une expression devenue courante. Il y aurait cependant des nuances entre ces termes.

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En France, le harcèlement moral au travail a été défini comme un ensemble d'actes répétés « qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel » (loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002).

Une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié et à sa dignité.

Pour Heinz Leymann (docteur en psychologie et psychosociologue suédois, aujourd'hui disparu), le mobbing est un conflit qui dégénère, alors que pour Marie France Hirigoyen (psychiatre et psychothérapeute), le harcèlement moral est la résultante d'un conflit larvé qui ne peut justement s'ouvrir avec ses possibilités de résolution. C'est essentiellement cette dernière acception que nous adopterons dans cet article. Il existe cependant une infinité de formes que peut prendre le harcèlement moral, quel que soit le nom qu'on lui donne.

Le magazine allemand Focus définit le mobbing comme « des attaques fréquentes, répétées et systématiques ». Or, le terme mobbing est dérivé de l'anglais qui signifie fondamentalement foule, aux intentions malveillantes et agressives. Ainsi, si ce harcèlement peut être l'œuvre d'un seul individu, souvent, la victime de harcèlement est la cible de plusieurs personnes coalisées dans leur funeste dessein.

Constatation effrayante, dans de nombreux cas de harcèlement, le patron ou les cadres sont consentants, voire complices des harceleurs. Des études révèlent l'implication active du patron/ du chef de service dans 50 % des cas. Et dans ceux de harcèlement par une seule personne, c'est souvent ce même qui est le bourreau. D'après le Frankfurter Allgemeine Zeitung, la vie au travail devient alors « une guerre des nerfs longue et éprouvante ».

Le harcèlement moral, combien et comment ?

Une femme morigénée par son chef © brankatekic - Fotolia.com

Toutes les occasions sont bonnes pour brimer.

Les chiffres relatifs au harcèlement sont assez rares encore, entre autres, du fait d'une certaine difficulté à catégoriser des actions relevant ou non de harcèlement. Selon une enquête en 2004, en Allemagne, 1,2 million de travailleurs en sont victimes. Aux Pays-Bas, 1 personne sur 4 devra y faire face à un moment ou à un autre. L'Organisation internationale du travail signale quant à elle que ce phénomène prend de l'ampleur en Australie, en Autriche, au Danemark, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Suède. Et en France.

C'est l'administration qui se distingue en premier quant aux secteurs les plus touchés, avec 14  % des cas. Ensuite, l'hôtellerie-restauration, les commerces et les services (13 % chacun). En Europe, la Finlande, le Royaume-Uni, la Hollande, la Suède, et la Belgique sont les champions du harcèlement. La France se situerait dans une moyenne relativement basse : 5 % des personnes interrogées déclarent avoir été l'objet de harcèlement moral en milieu professionnel. Là encore, de par la difficulté à recenser les cas parmi ceux réellement déclarés, ces chiffres doivent être considérés avec une certaine précaution. Une précaution pas vraiment optimiste.

Selon le docteur Manuelle von Strachwitz (praticien hospitalier, CH Rouffach), on peut estimer la répartition « hiérarchique » du harcèlement comme ceci :

  • Le mobbing horizontal : 44 % des cas. La victime est agressée par ses collègues directs, au même niveau hiérarchique.
  • Le mobbing descendant : 37 % des cas. Un supérieur vis-à-vis d'un subordonné.
  • Le mobbing combiné : 10 % des cas associant les deux précédents.
  • Le mobbing ascendant : 9 % des cas. Plusieurs subordonnés vis-à-vis de leur responsable hiérarchique.
  • Le harcèlement ou le mobbing n'est pas une plaisanterie entre collègues, ni une version dégénérée de prétendues farces qui tourneraient pourtant aux sarcasmes et aux critiques. Il s'agit vraiment d'instaurer un climat de terreur psychologique dont l'objectif est simple : isoler, exclure la victime.

    Une porte sans poignée. Un ordinateur sans clavier. Un téléphone sans écouteur.

    Les armes sont variées et dangereuses : calomnies, violences verbales, comportements agressifs, parfaite indifférence. Ou encore des conditions de travail pesantes, dégradantes ou humiliantes. Certains sont systématiquement affectés aux tâches les plus déplaisantes. Leurs efforts sont parasités par des collègues, on les prive d'informations utiles ou de matériel nécessaire. On crève les pneus de leur voiture ou on pirate leurs données.

    Lorsque l'on parle de harcèlement, des mots reviennent souvent implicitement. Ce sont les termes nuire et détruire. Citons un cas grave et authentique.

    « [Nous sommes dans] une entreprise [française qui] fait régulièrement des campagnes de communication; elle semble résolument moderne. Une employée (...) bénéficie d'un bureau individuel, équipé d'un ordinateur et d'un téléphone. La porte est fermée, mais la poignée intérieure a disparu ; pour pouvoir sortir, aller aux toilettes, pour parler avec des collègues, elle doit frapper à la porte, attendre que celle-ci lui soit ouverte de l'extérieur.

    Dans son bureau, cette employée dispose d'un ordinateur qui manque de clavier, le téléphone n'a pas d'écouteur. Ces dispositions très particulières ont été décidées par le supérieur hiérarchique, réputé au niveau du siège central pour son efficacité, il est soutenu par ses subordonnés directs. » - Dr Manuelle von Strachwitz, Le Mobbing ou le harcèlement moral sur le lieu de travail. A peine croyable.

    En France, de récentes et nombreuses affaires de suicides dans de grandes entreprises ont relancé la question des conditions morales au travail.

    On a vu des cas dramatiques de personnes confrontées au harcèlement de collègues qui craignaient pour leur poste ou leur avancement. Si, de plus, la victime n'est pas définitivement embauchée dans l'entreprise, elle s'efforcera de supporter au maximum. Un maximum qui dépasse ses réelles résistances. Lorsqu'elle est à bout, il est trop tard. Des soins sont nécessaires, souvent, et entraînent une incapacité de travail parfois très longue. Ce peut être encore pire.

    Dans un prochain article, nous reviendrons sur des cas de harcèlement. Ils nous montreront s'il y a un profil type de harcelé. Nous commencerons à aborder les retombées professionnelles et personnelles du harcèlement.

     

    F. Huguenin - VR2


     

     

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