Septembre - octobre 2011

Vie professionnelle

Les bonnes manières embellissent nos relations avec autrui.

« Si l'homme transforme avec peine ses manières de vivre, il change difficilement encore ses façons de penser. »
- Gustave Le Bon

Les bonnes manières (2)

Des attitudes peu amènes semblent profiter à ceux qui préfèrent s'imposer. Cependant, un courant existe quant à inverser la tendance. Il est encore trop tôt pour en mesurer les effets. Voyons d'abord ce qui contribue aux mauvaises manières.

Dans le précédent article sur les bonnes manières, nous avons vu que les bonnes manières sont plus souvent velléité que véritable habitude.

Pourquoi les mauvaises manières et l'impolitesse ?

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Devenir plus communicatif

Il faut bien admettre que l'environnement en général, commercial en particulier, incite nettement à une certaine forme d'individualisme. On entend bien souvent parler des droits, de la liberté et d'épanouissement personnel. Ces notions, certes légitimes, sont plus prisées que celles de devoir, de responsabilité et de discrétion.

De plus, les messages transmis par nombre de médias occultent volontairement les effets pouvant être induits par ces comportements. En gros, faites tout ce que vous voulez, il y aura bien moyen de ne pas en supporter les conséquences. A partir de là, la satisfaction personnelle devient un but en soi. Et tant pis pour les autres. A ce jeu-là, certains confondent réalisation et addiction, affirmation de soi et arrogance, combativité et agressivité.

Résultat du climat ou/ et de l'éducation (ou son défaut), ces travers se retrouvent déjà parmi les plus jeunes, sous formes de pénibles incivilités. Selon le journal L'Express (janvier 2001), « Jack Lang, alors ministre de l'Education nationale, [a voulu mettre] en place un Comité national de lutte contre la violence à l'école, pour tenter de restaurer une certaine civilité dans les établissements scolaires. 40% des 250 000 agressions commises chaque trimestre dans les collèges et lycées relèvent de la violence verbale. Soit, en un an, 300 000 insultes caractérisées. Les cours d'instruction civique instaurés dans les années 80 restent très théoriques : on y parle de tolérance et de civisme. »

« Certains confondent réalisation et addiction, affirmation de soi et arrogance, combativité et agressivité ».

C'est déjà bien, mais si on ne dit pas explicitement à des jeunes gens ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire vis-à-vis des autres, il est peu probable qu'ils déduisent par eux-mêmes les bons comportements à adopter.

De la liberté d'expression individuelle résulte peut-être la moindre importance accordée à l'appréciation et à la sensibilité d'autrui. Il fut un temps où la façon dont les autres nous considèrent jouait un rôle limitant. Le « qu'en-dira-t-on », même s'il a ses travers, pouvait freiner certains excès.

Aujourd'hui, la notion de scandale est toute relative. Quand elle n'est pas délibérément recherchée. Il s'agit de ne pas paraître rétrograde, comble de l'humiliation. Au contraire, tout ce qui peut être classé dans la catégorie moderne, nouveau, inédit et sophistiqué a de fortes chances de réussir. Ça fait « chic », ça fait « in », ça plaît. Les mots construits à partir de la racine « tradition » sont désuets, surannés, abandonnés. Ils doivent être éradiqués, sans doute parce que « ça fait vieux ». Voilà qui est susceptible de porter de sérieux coups aux bonnes moeurs et aux bonnes manières.

Fondamentalement, les aspirations à la nouveauté ne sont pas mauvaises en soi. Evoluer, découvrir, innover, sont des moyens de développement très pertinents. Dans certains cas, s'obstiner dans des tendances dépassées est contre-productif, toutes acceptions confondues. Ce qui nous intéresse ici est d'évaluer l'impact de nos choix sur les autres et sur la qualité de la relation avec eux. Dans ce registre, la politesse et le respect gardent toute leur force.

A propos de modernité, l'adjectif « sophistiqué » qualifie « ce qui n'est pas dans son état naturel, pur ou originel. » Il dérive de la même racine grecque que le terme rendu par l'expression « ingénieusement imaginé. » Lorsque l'imagination s'oppose au naturel, les résultats peuvent être surprenants. Voire « monstrueux ».

Bonnes manières et respect de l'autorité

Le respect de l'autorité : saine base des bonnes manières.

Le respect des bonnes manières est lié au respect de l'autorité et donc des lois. A ce propos, beaucoup se déclarent « croyants ». Mais sont-ils « pratiquants » ? Un éditorial écrit ceci: « Des citoyens qui s'offusqueraient qu'on les assimile publiquement à des délinquants enfreignent néanmoins en public toutes sortes de lois : le code de la route, la réglementation sur les stupéfiants, l'interdiction de jeter des détritus, par exemple. » La récente polémique en France sur les radars routiers signale à quel point la plupart sont de vrais usagers de l'infraction.

On retrouve ici le fameux et désolant principe du « pas vu, pas pris ». En d'autres termes, tant qu'ils ne risquent rien, ou très peu, des gens prennent des libertés abusives. Il faut bien admettre que, malheureusement, des sanctions appliquées lors de contraventions, de délits et même de crimes, semblent parfois dérisoires. De tristes affaires révèlent le faible pouvoir dissuasif de la justice ou de l'autorité.

Puisqu'il n'y a pas ou peu de conséquences, pourquoi s'encombrer la vie ? Il devient commun de se laisser aller à quelques entorses. Concernant les bonnes manières, on ne peut même pas parler de sanctions. On peut bien dire que le défaut de respect n'expose pas beaucoup le contrevenant.

« Des citoyens qui s'offusqueraient qu'on les assimile à des délinquants enfreignent néanmoins toutes sortes de lois. »

Et puis les meilleures intentions résistent difficilement aux contraintes de la vie moderne. Nous sommes peut-être très attentifs à notre comportement, à nos relations avec les autres et c'est tant mieux. Que vienne un impératif, comme être en retard pour son travail, et ces intentions risquent bien de s'amenuiser, de disparaître.

Préoccupés par nos affaires, soucieux de régler nos problèmes, nous prenons le volant. Gare, alors, à celui qui traînera un peu devant nous. Notre conduite habituellement irréprochable (ou presque...) devient précipitée, aléatoire, et parfois un peu vive... ou hargneuse. Idem dans les transports en commun où la proximité nous pèse parfois lourdement. Admettons qu'il nous arrive dans de tels cas d'être moins exemplaires en termes de politesse et courtoisie. C'est ce que vivent des millions de personnes au quotidien.

L'équilibre se fragilise, nos réactions l'emportent sur la réflexion. Répondre aux incivilités sur le même ton devient recevable. C'est l'escalade. L'incivilité peut engendrer la grossièreté, conduire à la dispute, dégénérer en lutte, verbale puis physique. De vrais drames ont commencé ainsi.

Nous faisons tous les frais, à un moment ou à un autre, des mauvaises manières et du manque de respect. L'incitation peut être forte à y céder nous-mêmes. Nous verrons bientôt comment nous efforcer de ne pas entrer dans ce cercle vicieux. Nous évoquerons aussi le retour que tentent d'amorcer les bonnes manières dans l'éducation des jeunes gens. Et celle des adultes...


 

F. Huguenin - VR2


 

 

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