Septembre - octobre 2011

Dossier

Une femme harcelée, épuisée © Piotr Marcinski - Fotolia.com

Une préoccupation perpétuelle pour la victime de harcèlement.

« L'anonymat de certaines victimes atténue toujours la culpabilité. »
- Madeleine Ouellette-Michalska, Le dôme

Le harcèlement moral au travail

Le harcèlement au travail existe bel et bien. C'est un problème maintenant reconnu, même s'il reste difficile à circonscrire et à prouver. Tout le monde peut être la cible de harceleurs. Des conditions défavorables dans l'entreprise peuvent contribuer à son développement.

Une jeune femme allemande, Monika, termine ses études et trouve un emploi dans un cabinet juridique. Tout s'annonçait bien. Malheureusement, relativement peu de temps après, Monika a été victime de harcèlement moral. La situation est vite devenue intenable.

Un médecin, expérimenté, père de famille. Ayant obtenu un poste intéressant, il pensait lui aussi couler des heures enrichissantes dans l'exercice de ses fonctions. Des harceleurs en ont décidé autrement. Sa vie s'est transformée en cauchemar.

Il était difficile, voire impossible, de prévoir ce qui les attendait. D'autres cas, tous plus disparates les uns que les autres, vont dans le sens de cette conclusion. Le harcèlement peut toucher n'importe qui et n'importe quand. Il n'y a pas de profil type de harcelé.

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Si n'importe qui peut devenir la cible de harceleurs, ce n'est pas pour autant sans aucune raison, même si celle-ci est arbitraire. Il suffit de se faire remarquer, d'une manière ou d'une autre, souvent, involontairement. Ce sera, par exemple, le seul homme dans un groupe de femmes. Ou la seule femme dans un groupe d'hommes. Ce sera pour son entrain, interprété comme de l'ambition, surtout si « les places sont chères ». Ou alors, au contraire, une personne très discrète que l'on accusera de résistance à l'intégration dans l'équipe. Ou encore pour des motifs aussi futiles que l'âge, le niveau d'étude, la formation spécifique, quand ce ne sont pas tout simplement pour des caractéristiques très personnelles et privées. Bref, ce peut être lui, elle, vous ou moi. Et l'infernal engrenage se met insidieusement en place, avec une cruelle lenteur parfois.

Il n'y a pas de profil type de harcelé. Ce peut être lui, elle, vous ou moi.

A partir de là, les collègues « deviennent désagréables et impudents envers leur victime, et trouvent ainsi un exutoire à leur propre stress », signale la revue médicale allemande MTA. Lorsqu'il commence à s'en rendre compte, le harcelé aura peut-être tendance à réagir, à demander des explications, à vouloir mettre les choses à plat, suspectant une gêne, un conflit non déclaré ou un simple malentendu. Rares sont ceux qui ont pu obtenir des résultats probants de la sorte.

La victime sera bientôt isolée, objet de tentatives de déstabilisation de plus en plus agressives. Il devient difficile de se sortir seul d'un tel piège. Le phénomène n'est sans doute pas complètement nouveau. L'entreprise ne se démarque pas, depuis longtemps, pour être un milieu paradisiaque. Il semble, cependant, que les choses se dégradent de plus en plus.

Un médecin conclut à « une perte de l'esprit de solidarité et à une puissante érosion du sentiment de honte ». En conséquence, la retenue, la compassion et les scrupules s'amenuisent et ouvrent la voie à des excès toujours plus délétères. La douleur du harcelé sera réduite à de la sensiblerie, défaut rédhibitoire au sein d'une entreprise moderne et compétitive où la vile agressivité est parfois élevée au rang noble, quant à lui, de la combativité.

Le harcèlement et la loi

Une femme juge © Geo Martinez - Fotolia.com

La loi punit les cas avérés de harcèlement.

Le harcèlement, y compris sur le lieu de travail, n'est pas une simple détérioration des relations entre collègues. Ce n'est pas une anodine altération du climat susceptible d'être réglée seulement à l'amiable. C'est un délit. Un délit puni de peines pouvant conduire à l'emprisonnement et/ou à de fortes amendes. Cette dénomination existe formellement en France depuis la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002. La loi s'applique à tous les secteurs, public, privé et à toutes les catégories hiérarchiques.

Les propos de Tiennot Grumbach, spécialiste du droit social et du travail, introduisent une nuance parfois difficile à parcevoir : « Il existe une confusion entre le harcèlement moral, qui est l'½uvre d'un individu, (...) souvent pratiqué à l'insu de l'employeur, de façon secrète, dans une relation personnelle vraiment destructrice (...) et le harcèlement professionnel qui existe dans certaines entreprises. (...) Le premier est une faute répréhensible au civil et/ou au pénal. Le second relève d'une mauvaise gestion de l'entreprise. Les deux peuvent produire la même souffrance chez les salariés (...) mais ils imposent des réponses différentes. (...) »

De ces subtilités naît parfois la difficulté à faire la distinction entre le harcèlement moral et des dispositions de l'entreprise, pas toujours pertinentes, mais entrant dans le cadre de structurations réputées nécessaires. « [Certaines de ces dispositions] s'inscrivent alors dans un processus managerial de décision. »

Le cas qui nous occupe, celui du harcèlement moral au travail, n'est pas lié à une organisation des services. Il y a bien focalisation nuisible et illégitime sur une personne en vue de la pousser à bout.

Ce qui contribue au harcèlement dans l'entreprise

Parfois, des situations relativement simples peuvent dégénérer. A une époque où le travail devient une denrée précieuse et parfois volatile, il arrive que des personnes soient amenées à changer d'emploi, peut-être assez fréquemment. A chaque fois, c'est une adaptation nécessaire à un autre milieu, un nouveau site, de nouveaux codes. « La greffe » ne prend pas à tous les coups. Et lorsque l'homogénéité d'une équipe se trouve compromise, même sans évènement grave, des tensions s'installent, voire des malentendus ou des ranc½urs. Ce sont des terrains propices au harcèlement.

Il y a des terrains favorables au harcèlement.

Il arrive aussi que la ligne manageriale soit insuffisamment définie. En d'autres termes, si l'équipe de direction ne sait pas correctement établir ses objectifs et communiquer suffisamment à ce propos, le flou artistique qui nimbe les activités de l'entreprise ne tardera pas à s'épaissir en un dangereux brouillard. Il peut en résulter des confusions d'attribution des tâches, des responsabilités redondantes, ainsi que des conflits entre services. Quand on ne sait pas qui fait quoi, quand et avec qui, il ne se passe en général rien de bon, nulle part et pour personne.

Ce désarroi se commue rapidement en un creuset pour révolution interne. La tension s'installe, les vexations s'accumulent, des disputes éclatent. C'est la guerre. Aucune guerre n'a jamais favorisé la paix et l'entente, ni la loyauté. C'est aussi de ce terreau que se nourrit le harcèlement.

Le tableau paraît bien sombre, et il l'est. Dans certains cas, il reste encore possible de faire de son mieux pour éviter ou limiter le harcèlement. C'est ce que nous aborderons dans le prochain article.

 

F. Huguenin - VR2


 

 

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