Dossier

Un personnage d'opéra chinois © Cozyta - Fotolia.com

Au-delà de la langue, toute une culture.

« Qui apprend une nouvelle langue acquiert une nouvelle âme. »
- Juan Ramon Jimenez, Primeras Prosas.

Apprendre une langue étrangère

Apprendre une langue étrangère réclame des efforts et du temps. Avec un peu de patience et de persévérance, on peut obtenir d'excellents résultats. La pratique régulière reste le moyen le plus efficace pour progresser.

Comment appelle-t-on une personne qui parle couramment trois langues ? Une personne trilingue. Comment appelle-t-on une personne qui parle deux langues ? Une bilingue. Et comment appelle-t-on une personne qui ne parle qu'une seule langue ? Un français... Cette plaisanterie, si elle fait sourire, rappelle que les français ont la peu glorieuse réputation d'être assez réfractaires à l'apprentissage des langues étrangères.

Apprendre une langue étrangère : l'exemple des enfants

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Il est en effet relativement courant de rencontrer des personnes, autres que françaises, capables de s'exprimer en plusieurs langues, dont, parfois, le français. Serions-nous moins doués ? Peut-être seulement moins motivés ou encore, moins ouverts aux autres cultures... Quoi qu'il en soit, français ou non, il est toujours possible d'apprendre une autre langue moyennant quelques efforts.

Une quantité de gens apprennent une langue étrangère, que se soit pour leur plaisir personnel, pour des raisons familiales, ou encore pour des raisons professionnelles. VR2 fait ici le point sur quelques conditions simples mais nécessaires pour apprendre une langue étrangère.

On entend souvent dire que les enfants apprennent très facilement une ou plusieurs langues alors que les adultes ont beaucoup plus de difficultés à assimiler les mêmes. Cela ne veut pas forcément dire que les enfants ont plus de mémoire que les adultes, seulement qu'ils s'en servent différemment (voir à ce propos notre article sur Les facultés d'apprentissage). Cela dit, il pourra être intéressant d'observer la façon dont ces jeunes gens absorbent les matières linguistiques afin de nous en inspirer.

Le livre Apprendre une langue étrangère (angl.) écrit : « Si vous voulez vraiment progresser, vous devez mettre de côté votre orgueil et oublier votre dignité ». Voilà qui peut surprendre. Un homme qui apprend avec succès plusieurs langues explique : « L'humilité est essentielle. Quand on démarre dans la langue, on doit accepter de parler comme un enfant et, sous certains rapports, d'être traité comme tel. Ne vous prenez donc pas trop au sérieux. Si vous ne faites jamais de fautes, c'est que vous ne vous exprimez pas assez dans la nouvelle langue ».

« Quand on démarre dans la langue, on doit accepter de parler comme un enfant ».

Voilà une des différence entre adultes et enfants. Ces derniers, surtout s'ils sont très jeunes, ne s'embarrassent pas des considérations relationnelles que sont les notres. Ils s'autorisent à des prises de « risques » qui ne les disqualifient pas en cas d'échec. Ils se moquent de quoi ils ont l'air et ils s'amusent beaucoup. Ceci leur permet un apprentissage rapide simplement en entendant parler la langue — cas des enfants vivant dans un foyer multilingue.

A ce propos, des parents craignent que la confrontation à plusieurs langues en même temps compromette l'apprentissage. Cependant, d'après une équipe de chercheurs de Toronto (Canada) dirigée par la neurologue Laura-Ann Petitto, c'est l'inverse qui est vrai. « Le tissu neural avec lequel on naît [...] est prêt et en place pour apprendre une langue, dit-elle, et il peut assimiler plusieurs langues. [Néanmoins] s'ils veulent que leurs jeunes enfants bénéficient de tous les avantages du bilinguisme, les parents doivent être les premiers à leur enseigner une deuxième langue » (Pour plus de détails, voir aussi nos articles Le plaisir d'apprendre et Le cerveau).

Pour un adulte, plus dramatiquement conscient des effets de ses maladresses, ce même apprentissage demandera patience, persévérance, souplesse et humilité. Ajoutons à cela la véritable gageure de dégager suffisamment de temps pour se consacrer à cette tâche. Elle sera rarement jugée prioritaire, à moins d'impératifs professionnels, mais tout le monde n'est pas agent secret...

Retenons que parmi les plus gros obstacles subsistent cette gêne probable du débutant. Elle pourra se dissiper si nous prenons l'habitude de rire de nous-mêmes. En plus de cela, il est utile de poser des questions, même si elles ont « l'air bête », bien qu'elles ne le soient probablement pas. Souvent, la réponse à ces questions apporte un éclairage supplémentaire, historique ou étymologique, favorisant la compréhension et la mémorisation.

Une revue polonaise, Poradnik Domowy, donne les conseils suivants : « Quand on apprend une langue, il est inévitable de commettre des erreurs. Pour réussir, il faut avant tout accepter ce fait. Il faut également être prêt à se lancer. Il vous faut parfois suivre votre intuition ou essayer de deviner, et non vous retenir de parler. Nous avons rarement conscience que l'origine de nos difficultés peut être la peur ou la honte. Si vous parvenez à surmonter ces faiblesses, nul doute que vous progresserez plus vite ».

La culture de la langue : histoire de temps et temps d'histoire

Une poule

Apprendre grain par grain, plus efficace que « cocoricco ».

Une langue, c'est aussi une culture. « La langue véhicule des sonorités propres à une civilisation » - Ken Bugul. C'est ici que joue notre disponibilité à l'ouverture. Une jeune femme explique : « En me lançant dans une langue étrangère, je me suis rendu compte qu'il existe plus d'une façon de voir ou de faire. L'une n'est pas forcément meilleure que les autres. Elle est juste différente. ». D'où la suggestion de cette autre : « Efforcez-vous de nouer des amitiés avec des locuteurs de cette langue et prenez du plaisir à les côtoyer. Quand ils verront que vous vous intéressez à eux, à leur nourriture, à leur musique, etc., ils seront attirés spontanément vers vous ».

Ce qui fera la différence, c'est le temps passé à parler cette langue. Plus vous y consacrerez du temps, plus vous acquerrez de l'habileté et de la compréhension. « On acquiert des compétences linguistiques à la manière d'une poule qui se nourrit : grain par grain, remarque un homme. Les grains en eux-mêmes ne sont pas grand-chose, mais ils s'additionnent. [D'un point de vue pratique] où que j'aille, j'emportais des listes de vocabulaire et je les consultais dès que j'avais un instant.  ».

Il est vrai que l'apprentissage se consolide mieux avec des séances relativement courtes et régulières plutôt que de longs moments seulement occasionnels. C'est un peu comme la ration alimentaire journalière. On nous conseille de manger cinq fruits et légumes chaque jour. Pour ceux que ce dispositif embarrasse, ça ne servira à rien de manger trente-cinq fruits et légumes une seule fois par semaine !

« On acquiert des compétences (...) à la manière d'une poule qui se nourrit : grain par grain ».

Parler reste le maître mot de l'apprentissage d'une langue. On s'aperçoit ainsi que dans les milieux scolaires, les cours de langue ont beau être animés par des professeurs compétents, ce qui fait défaut, c'est le temps de parole. De par le nombre relativement important d'élèves présents pour quelques heures de cours, le temps de parole individuel est extrêmement réduit. Ainsi, sur une année complète, un élève n'aura pourtant eu l'occasion de s'exprimer que deux ou trois heures.

En parlant, on met en œuvre des modalités sensorielles supplémentaires. Outre la vue, probablement sollicitée pour lire un document, en parlant on produit des sons qui sont perçus par l'oreille. Le sens auditif est ainsi stimulé. En plus de cela, pour s'exprimer il faut articuler, faire bouger ses lèvres. C'est le sens kinesthésique (perception du mouvement) qui est alors activé. De la sorte, on a au moins trois modalités sensorielles qui s'activent de manière combinée. Ces facultés de perception étant le passage principal vers la mémoire, cette dernière s'en trouve d'autant renforcée. Donc, pour bien assimiler une langue, parlez, parlez et parlez encore, quitte à vous répéter. Et tant pis pour les erreurs, vous les corrigerez au fur et à mesure.

C'est un vaste programme que d'apprendre une autre langue. Mais tous ceux qui l'ont fait s'en félicitent et ne regrettent aucun de leurs efforts. Sans compter les avantages qu'ils ont pu en retirer, dans un domaine ou un autre. Si vous souhaitez apprendre une langue étrangère, vous vous êtes fixé un bel objectif. Il en sera de nouveau question dans un autre article. En attendant, ne donnez pas votre langue au chat, vous en aurez encore besoin.

 

F. Huguenin - VR2

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