Expression française

Image ancienne d'un homme humilié en public

Le déshonneur de l'amende honorable.

« Si vous vous êtes mal comporté repentez-vous, faites amende honorable et promettez de mieux vous comporter la fois prochaine. Ne ressassez pas vos erreurs. Se trainer dans la boue n'a jamais été le meilleur moyen de se nettoyer ».
- Aldous Huxley, Brave New World

Faire amende honorable

Faire amende honorable est une bonne disposition plus ou moins facile à soutenir. Cela dépend surtout de l'époque...

Excès de vitesse ? Stationnement gênant ? Peu importe l'infraction (pourvu qu'elle ne soit pas grave), le résultat consiste souvent, outre l'éventuelle perte de points de permis, en une amende parfois relativement importante.

C'est toujours désagréable, voire problématique. Et il n'y a pas que sur la route que nous risquons des amendes. Ces dernières consistent généralement à payer une somme d'argent aux autorités publiques, en compensation à une infraction au regard de la loi, y compris professionnelle. Ceci doit nous libérer de possibles contrariétés supplémentaires.

Mais avez-vous déjà eu à faire amende honorable ? Et en quoi ce genre d'amende est-il honorable ?

Des amendes... parfois amères...

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Tout vient fondamentalement du mot amende qui peut introduire à peu près la même chose mais à des degrés différents. En effet, amende vient du verbe amender qui signifie « corriger, améliorer » et/ou, selon certaines sources historiques, « punir, châtier ». Le premier sens nous est assez familier car ressemblant fort aux dispositifs légaux en place dans notre société. Le second terme paraît déjà plus « revenchard », ce qui se confirmera sous peu.

Au XIIIe siècle, l'amende désigne une peine, une punition, infligée pour réparer un tort, parfois grave, ou un préjudice. Plus tard, l'expression s'applique quasi exclusivement aux réparations par le biais pécuniaire. On parle alors d'amende pécuniaire ou amende profitable (pour qui ?). Ceci ne nous surprend pas aujourd'hui.

On voit apparaître l'expression d'amende honorable au XVIe siècle. Elle emporte alors une signification bien plus forte, signification ensuite édulcorée à partir du XVIIIe siècle. Pour nous, elle signifie présenter des excuses.

Dans la période signalée, non seulement les excuses devaient être publiques, mais elles s'assortissaient de contraintes de pénitence, publiques elles aussi, et généreusement agrémentées de rituels particulièrement pénibles.

« Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », et des plus âgés également. Un temps où la notion d'honneur touchait aux sphères du sacré. D'ailleurs, l'adjectif honorable veut ici dire « relatif à l'honneur ». Et de fait, l'amende en question portait surtout atteinte à l'honneur de la victime, par un châtiment infamant.

Il s'agissait de réclamer publiquement le pardon des personnes lésées, éventuellement d'avouer une faute ou un crime commis contre les mêmes. Parmi ces criminels, le coupable d'acte de trahison, le parricide, le faussaire, le séditieux et le sacrilège. Or, ce traitement « de faveur » était réservé à la caste supérieure de la société de l'époque, les aristocrates. Pour les gens de cette éducation, l'humiliation d'être traité publiquement comme un criminel obligé de demander pardon touchait à l'horreur la plus aboutie. Le dispositif restait beaucoup plus discret pour le manant, dont le sort final n'était pas forcément enviable pour autant.

Il est bien entendu que cet insupportable déshonneur pesant sur le coupable et sa famille figure parmi les effets directs les plus recherchés. Car si la sanction pouvait conduire aux conclusions les plus fatales, pour atteindre son premier objectif, elle s'enveloppait d'un certain « apparat ».

Reconnaître qu'on a tort, présenter des excuses, demander pardon, éventuellement, publiquement.

Victor Hugo fait une description assez complète de l'évènement dans son célébrissime Notre-Dame de Paris où une pourtant commune personne est promise aux « privilèges » des plus grands. Comble de délicatesse, la victime s'entend énoncer le programme à venir, selon les us et coutumes liés à l'amende honorable de l'époque : «Fille bohème, le jour qu'il plaira au roi notre sire, à l'heure de midi, vous serez menée dans un tombereau, en chemise, pieds nus, la corde au cou, devant le grand portail de Notre-Dame, et y ferez amende honorable avec une torche de cire du poids de deux livres à la main, et de là serez menée en place de Grève, où vous serez pendue et étranglée au gibet de la ville...». C'est beau la poésie.

On remarque en particulier la présentation dans une tenue par trop légère, tête et pieds nus, l'objet de torture et de mort déjà manifeste, tous les ingrédients de l'ignominie.

Dans certains cas, toujours dans ce dégradant appareil, et sous l'incitation d'un bourreau, le condamné pouvait avoir à marcher d'abord parmi la foule pour ensuite exprimer sa contrition forcée devant la populace pour l'occasion rassemblée. Pour une fois que l'on « mangeait du bourgeois », l'occasion était bien tentante d'abuser sans risques des expressions, gestes et insultes les plus offensants à l'adresse de la victime. Peste, que c'est bien fait !

Fort heureusement, l'expression a perdu maintenant de sa vigueur. On peut reconnaître ses torts sans forcément faire les frais d'une exposition publique et avec des conclusions moins dramatiques. C'est moins douloureux pour l'amour-propre. Mais n'en abusons pas. Nous pourrions être mis à l'amende. Et qui sait si l'honneur serait vraiment sauf... ?

 

F. Huguenin - VR2


 

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