Dossier

Un médecin brise une cigarette © Minerva Studio - Fotolia.com

Il y a des exemples qui ont plus de poids que d'autres.

« Ce serait beaucoup mieux si, à chaque cigarette le fumeur avait un morceau de doigt qui tombe. Au moins, il prendrait véritablement conscience des méfaits du tabac ».
- Jean-Pierre Rives, revue 7 à Paris, 1990.

Le tabac : force de farce

La question du tabac dans notre pays est sujette à vives controverses. Les camps s'affrontent avec des forces puissantes mais contradictoires. L'importance de l'exemple est avérée.

Dire que le tabac contribue largement aux problèmes de santé en France et dans le monde est une évidence désormais incontestable. Par exemple, le lien entre cancer du poumon et tabac est irréfutable. Certains avancent même que cette maladie serait pratiquement éradiquée si on pouvait supprimer le tabac. Santé et tabac ne font décidément pas bon ménage. Pourtant, des « liaisons dangereuses » existent bel et bien.

Importance de l'exemple à propos du tabac

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Ainsi, une quantité importantes d'infirmières sont adeptes de la cigarette. Ce constat, par le docteur Craig Stotts de l'École d'infirmières d'Austin (université du Texas). Selon ce médecin, si certaines de ces professionnelles ont toutefois renoncé au tabac, la proportion est plus faible que par rapport aux autres professions médicales. En France, les infirmières fument autant que la moyenne de la population générale. Plusieurs raisons peuvent expliquer en partie ce phénomène. Leur travail est une forte source de stress, elles seraient, pour la plupart, victimes de frustration au travail, entre autres choses par absence de possibilités d'initiative.

Ce stress serait surtout un frein à l'abstinence ou à la modération tabagique. Ceci expliquerait pourquoi leur consommation augmente une fois titulaires. Des rapports venant d'autres pays signalent que seulement 3,2 % ont commencé à fumer une fois en activité et une très nette majorité (68 %) a augmenté sa consommation une fois titularisée. Précisons qu'une majorité de ces praticiennes admettent fumer surtout par plaisir. Manifestement, l'exercice professionnel en milieu médical n'est pas suffisamment dissuasif en matière de tabagisme.

« [Est-ce] éthique de laisser les médecins qui fument en public continuer à exercer ? »

Pour preuve supplémentaire, en France, la proportion de médecins fumeurs est particulièrement élevée, en regard des pays aux résultats encourageants, quant à eux, en matière de lutte contre le tabac. Parmi la population des étudiants en médecine, la proportion de fumeurs est la même que parmi les jeunes gens de même âge sur l'ensemble du pays — il y a des variantes selon les universités, ce qui attire l'attention sur l'influence du milieu. Il est probable que cette situation soit due à une mauvaise perception des responsabilités liées à la fonction. Selon un rapport émanant de l'académie nationale de médecine, « On peut (...) se demander s'il est éthique de laisser les médecins qui fument en public continuer à exercer, l'avis du conseil de l'ordre sur ce point doit être sollicité ».

La même académie insiste sur le rôle d'exemplarité de certaines professions ou autorités, publiques ou privées. Fumer en public, que celui-ci soit familial, scolaire ou professionnel, risque de banaliser ce comportement et donc d'inciter, en particulier par « omission de dissuasion », à le pratiquer. Il est probable qu'en France on ne soit pas assez réalistes quant à l'étendue du problème, même si des améliorations ont eu lieu au cours des décennies précédentes.

Les résistances sont parfois vigoureuses, comme celles au nom de la sacro-sainte liberté. Ou encore, plus ou moins blasées, quand elles ne sont pas exaspérées. Pour l'académie de médecine, le rapport entre de nombreux décès en France (et ailleurs) et le tabac est insuffisamment établi. Si on mentionne, à des fins diverses, le nombre de morts sur les routes ou du fait de maladies telles que le sida, l'information est beaucoup plus « pudique » quant aux victimes du tabac. Des personnalités célèbres ou connues ont pourtant disparu à cause de cette pratique, comme 60 000 autres français qui en meurent chaque année, sans que l'on s'étende outre mesure sur la cause du décès. On préfère parler de longue maladie, expression appropriée, certes, mais peu explicite quant à sa probable origine.

Saviez-vous, par exemple, que les personnes dont les noms suivent, sont toutes décédées de maladie directement en rapport avec leur tabagie ? Alain Bashung, Serge Gainsbourg, Jacques Brel, Steve McQueen, George Harrison, Eric Carr (batteur du group Rock Kiss), Graham Chapman (Monthy Python), Errol Flynn, Carl Wilson (le plus jeune des Beach Boys), Ian Fleming (le père spirituel de James Bond), Humphrey Bogart, Clark Gable, Sammy Davis Jr., Jacqueline Kennedy Onassis (l'épouse du président J.F. Kennedy), Walt Disney. Et il y en a tant d'autres...

Cette notion d'exemplarité et d'incitation n'est pas anodine. Des dispositions ont avantageusement été prises dans ce sens. Même un personnage fictif, comme Lucky Luke, a cessé de fumer (du moins dans la bande dessinée) pour se contenter de mâcher un brin d'herbe, geste beaucoup plus écologique. Il a été considéré que ce seul personnage était susceptible d'induire des comportements auprès des jeunes gens.

Des efforts ont encore été récemment faits pour limiter les effets publicitaires des paquets de cigarettes. Leur prix est régulièrement augmenté. Pas assez, selon les associations anti-tabac, qui estiment qu'une hausse inférieure à 10 % et trop rarement réitérée reste inefficace.

Pourquoi le tabac séduit-il encore ?

Un homme cigare aux lèvres

L'image (plus ou moins) valorisante du tabac...

Malgré des lois et des campagnes, les fumeurs continuent de fumer et d'autres deviennent adeptes. Si ces premières mesures sont louables, elles se heurtent à des stratégies contradictoires.

Le journal Le Parisien attire notre attention sur un phénomène de publicité très incitative. Il s'agit du cinéma. Selon ce journal, « [Les jeunes] qui, à 15 ans, ont vu des films où les personnages fument ont 73% de chances d'essayer la cigarette, et même 50% d'entre eux de devenir fumeurs, par rapport à ceux qui ont vu moins de films ». L'association Droits des non-fumeurs s'insurge contre « l'image socialement valorisante du tabac au cinéma ». Le journal rapporte les résultats d'une étude, selon laquelle « un personnage fumant dans un moment émotionnellement fort peut marquer l'inconscient et induire une envie de fumer dans une circonstance semblable ».

« [Les jeunes] qui ont vu des films où les personnages fument ont 73 % de chances d'essayer la cigarette ».

Il est vrai qu'il peut sembler difficile de représenter le commissaire Maigret sans son éternelle pipe. Pour l'instant, donc, il ne semble pas possible d'envisager la suppression ou le floutage des films anciens.

L'industrie du tabac n'est pas complètement innocente vis-à-vis de cette technique : « nous pensons que la plupart des images fortes et positives autour de la cigarette et de la tabagie sont créées par le cinéma et la télévision » (Philip Morris, 1989, déjà cité en de plus douteuses circonstances dans notre article Tabac et travail). Dans certains films, les marques de cigarettes sont délibérément et astucieusement placées.

Une vingtaine d'études scientifiques menées à ce seul propos ont révélé l'impact important de cette technique sur les comportements d'achat des spectateurs. Une recherche française visant des étudiants a souligné le fort pouvoir facilitateur de la méthode pour disposer favorablement et affectivement les jeunes gens envers le tabac.

Si les fumeurs ont (encore) le droit de fumer, en respectant (plus ou moins) la réglementation en vigueur, les non-fumeurs ont celui de faire campagne contre le tabac. Il est temps d'aborder la question de ce qui peut être fait pour aider ceux qui le souhaitent à cesser de fumer.

 

F. Huguenin - VR2

Lire aussi : Tabac et travail


 

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