Documentaire

Cahier d'écolier © lucastor - Fotolia.com

Un apprentissage long et aux résultats variables.

« L'orthographe est le cricket des Français. Le cricket et l'orthographe ont en commun d'être incompréhensibles aux étrangers, sans parler des indigènes. ».
- Alain Schifres, Les Hexagons

L'enseignement et l'orthographe

Si le niveau de l'orthographe a nettement tendance à baisser, il est encore difficile d'en connaître toutes les raisons. Le système éducatif est régulièrement mis en cause à ce propos.

Dans une précédente lettre, nous avons évoqué les difficultés que nous rencontrons parfois avec l'orthographe (voir notre article : L'orthographe en péril ?). Le problème est-il si grave ? Est-il possible de comprendre pourquoi le phénomène semble s'étendre ? Certains avancent que la pratique intensive du SMS par téléphone mobile est un facteur aggravant (Voir notre article : le téléphone portable, ami ou ennemi ?). Est-ce bien certain ?

Pourquoi l'orthographe est-elle de moins en moins respectée ?

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En 1986, dans un supplément au journal La Presse de Montréal, un rédacteur attirait déjà l'attention sur certaines difficultés. Il citait des exemples. « En 1961, un groupe type d'enfants [âgés d'une douzaine d'années] avaient fait en moyenne une faute et demie dans une dictée assez simple de 11 phrases. En 1984, un groupe de 104 élèves [âgés de 20 ans] admis à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal ont fait en moyenne trois fautes et demie dans la même dictée. (...) Un groupe d'enfants de septième année (l'équivalent de la sixième en France) issus d'un milieu moyen ont fait 13 fois plus de fautes que les enfants de septième année de 1961. »

Quant à identifier les causes probables du problème, écrire en langage SMS n'est pas forcément un problème pour qui maîtrise la langue correctement et reste capable d'user des deux modes selon le contexte. L'auteur met plutôt en cause le système d'enseignement qui, selon lui, a relégué l'orthographe à une position subalterne par rapport à d'autres compétences telles que l'expression. Notons au passage que rien ne vient pour autant confirmer de réelles avancées sur ce dernier chapitre. L'article pointe également la forme donnée au programme, forme aux contours qu'il estime difficiles à appréhender.

L'orthographe aurait été reléguée à une position subalterne par rapport à d'autres compétences.

Pour l'exemple, il cite une introduction au programme de 334 pages des primaires : « Les connaissances explicites sont celles que le sujet peut formuler ou expliquer au moyen du langage. Par exemple, une règle syntaxique devient explicite quand elle est énoncée par le sujet. C'est par des activités portant sur des faits de langues et par une incitation à la verbalisation ou par un contact avec des connaissances verbalisées que les connaissances implicites peuvent devenir explicites ». Il conclut en disant : « Les pédagogues chargés de concevoir l'enseignement du français devraient peut-être eux-mêmes apprendre à parler français ». la formule peut paraître un peu lapidaire. Elle attire l'attention toutefois sur la question de la clarté, notion tout à fait compatible avec une bonne orthographe.

Faut-il donc rendre le système scolaire responsable des lacunes observées aujourd'hui ?

Il y a déjà longtemps, en 1976, écrivant dans Le Monde de l'éducation, M. Haby, ministre français de l'Éducation, a estimé que la situation de l'orthographe en France réclamait de prendre des mesures efficaces. Pour lui, c'est d'abord le développement des moyens télévisuels qui est à prendre en compte. Ces derniers dissuaderaient de plus en plus les jeunes gens de s'adonner à la lecture. En lisant moins, voire plus du tout, ils perdent le goùt à cette activité pourtant irremplaçable (voir notre article : les bienfaits de la lecture et les articles connexes). Nos jeunes gens lisent moins, donc lisent plus mal et, par voie de conséquence, écrivent plus mal.

A force de réformes plus ou moins nettes, l'orthographe serait devenue une notion de moindre importance. Voici les conclusions du ministre : « Tous les spécialistes s'accordent à reconnaître la nécessité de maintenir les dictées de contrôle, à condition de les limiter à cette fin et de les doubler par d'autres exercices en rapport direct avec l'étude de la langue et de la littérature : reconstitution de texte, copie motivée, dictée grammaticale, autodictée d'un texte appris par c½ur. L'orthographe, en effet, doit être liée très étroitement à la lecture et à la diction. (...) On ne fera pas seulement appel à la mémoire, mais à l'intelligence, à la curiosité, au goût du jeu. L'usage du dictionnaire, bien loin d'être banni, sera vivement recommandé. ».

Ces dispositions semblent fort intéressantes mais aujourd'hui, au XXIe siècle, les résultats sont encore loin des attentes émises à cette époque. Que s'est-il donc passé ? Sans doute quantité de choses, y compris en milieu scolaire où ces directives ont souvent été remises en question. A cela s'ajoute les tentatives de réformes de l'orthographe même. Car dans les milieux autorisés, nombreux sont ceux qui prônent la simplification. Est-ce la bonne solution ?

 

F. Huguenin - VR2

 

Lire l'article : faut-il « abandonner » l'orthographe ?


 

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