Février 2012

Documentaire

Une jeune femme compose un numéro sur son mobile © Aaron Amat - Fotolia.com

Le téléphone portable, des aspects plus sombres et pourtant réels.

« Le téléphone portable est un signe extérieur de détresse. ».
- Pascal Sevran

Téléphone portable : le côté obscur de sa force

Des détractions existent contre le téléphone portable, surtout à connotation sanitaire. Il y a d'autres aspects à prendre en compte pour un usage équilibré des téléphones mobiles.

Il serait absurde de remettre en question les aspects pratiques du téléphone portable. On aime ou on n'aime pas, mais l'appareil est indéniablement un outil précieux et difficile à remplacer. Les professionnels le savent bien. Par exemple, et au risque de contrevenir aux dispositions du code de la route, le téléphone portable soumet à la terrible tentation d'exploiter même les déplacements en automobile. Et l'ensemble du réseau permet des relations en temps réel : que fait la concurrence ? Où en est ce chantier ? Ce rendez-vous est-il confirmé ? Autant de cas où une courte communication évite bien des trajets ou des dépenses.

Pour un peu, on croirait avoir trouvé la solution à bon nombre de nos besoins par ce seul biais. Ce téléphone serait-il absolument irréprochable ? N'a-t-il pas aussi ses travers ?

La communication est-elle vraiment meilleure ?

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Selon les résultats d'une enquête, des corps de métiers souffrent des facilités offertes par le téléphone. Ainsi, 80 % des publicitaires et 60 % des ouvriers du bâtiment se sentent quasiment obligés de répondre à leur employeur ou à leurs clients. Ceux-ci ne s'encombrent pas nécessairement des délicatesses de la courtoisie en matière de vie privée, ceux-là considèrent que la disponibilité perpétuelle des employés leur est acquise. Il s'installe finalement cette croyance selon laquelle lorsque le téléphone sonne, il y a obligation de répondre, quelles que soient les circonstances.

Il est fort probable, que vous ayez constaté par vous-mêmes à quel point l'injonction téléphonique est puissante. Vous conversez avec une personne quand soudain celle-ci plonge la main dans sa poche pour en extraire l'appareil dont la sonnerie ou le vrombissement a brutalement interrompu votre dialogue. Il peut paraître cohérent de réagir à un appel. Dans certains cas, c'est absolument nécessaire. Mais la priorité de l'appelant semble indiscutable. A tel point que certains ont pris pour habitude d'appeler leurs interlocuteurs uniquement sur portable, convaincus que leur attente sera systématiquement satisfaite. A moins d'une véritable impossibilité, finalement rare, au détriment parfois de la sécurité.

Honnêtement, n'avons-nous pas nous-mêmes une réaction semblable ? D'aucuns avanceront que c'est le propre du portable que de pouvoir être joint à tout moment. Il nous est difficile de placer l'appareil hors-service, préférant souvent, pour les cas particuliers, le mode vibreur, pour être certain de ne manquer aucun appel. Les mêmes diront alors logiquement que si c'est pour ne pas répondre ou appeler, autant se passer de portable. Mais en sommes-nous seulement capables ? Et est-ce nécessaire d'en arriver là ? Les appels que nous recevons sont-ils vraiment des appels importants ?

« Nos pensées sont courtes, parce que nous sommes très souvent interrompus. »

Force est de constater que nous avons créé ce qu'un chercheur a appelé une « culture de l'interruption ». Tiziano Terzani, journaliste italien écrit ainsi : « Aujourd'hui, nous sommes énormément sollicités, si bien que notre mental n'est jamais en paix. [...] Nos pensées sont courtes, parce que nous sommes très souvent interrompus. »

Il est difficile d'être véritablement « tranquille » lorsque l'on dispose d'un téléphone portable. Même s'il ne sonne pas. Il y a souvent cette espèce d'état compulsif qui incite à vérifier régulièrement s'il est bien en état de marche, si la sonnerie est audible, s'il n'y a pas un message que l'on aurait manqué, etc. Ce sont autant d'interruptions qui nuisent à une concentration continue. Si le téléphone sonne effectivement, il y aura conversation ou échange de messages, parfois pendant longtemps. Une personne qui émet un SMS attend souvent une réponse et son esprit reste en éveil dans cette direction.

Or, nous n'avons pas des capacités d'attention illimitées. On peut représenter la chose en disant que nous avons un quota d'unités d'attention. Si une tâche ou une préoccupation mobilise quelques-unes de ces unités, elles ne sont plus disponibles pour autre chose. Prenons un exemple.

Vous conduisez votre voiture sur un parcours familier. Vous écoutez distraitement un fond musical ou bien vous discutez avec votre passager. Tout va bien. Advient un évènement imprévu, par exemple des travaux sur la route qui modifient un tant soit peu l'itinéraire, avec des panneaux inhabituels et des gens qui travaillent sur ce chantier. Immédiatement vous mobilisez vos ressources attentionnelles au point de devoir cesser la conversation ou éteindre l'auto-radio. Que se passe-t-il ? Votre esprit à besoin de « réquisitionner » toutes les unités d'attention disponibles de sorte qu'aucune ne reste libre pour autre chose.

Une force qui peut devenir une faiblesse

La véritable solution ?

Il en est de même dans la vie courante et professionnelle. Il est très fréquent d'être distrait par des parasites attentionnels. Le téléphone portable joue souvent ce rôle. Quand ce n'est pas carrément impoli.

Des recruteurs se plaignent de recevoir des candidats qui n'hésitent pas à répondre au téléphone pendant un entretien. Au-delà de la perturbation d'attention, une telle attitude est révélatrice de la notion de priorité (des réalités ?) de cette personne. Dans un tel cas, le postulant signale qu'il est incapable de résister à une sollicitation peu importante (dans ce contexte). Il est donc facile à distraire d'une tâche, avec les multiples conséquences possibles. Il révèle de plus à quel point il sacrifie naturellement au dieu moderne de la communication. Ici, la mauvaise gestion du téléphone a des répercussions importantes.

Citons encore les comportements inconséquents des usagers. Les habitués des transports en commun connaissent la désagréable situation d'être impliqués malgré eux dans des conversations privées. Il est bien difficile d'être complètement indifférent à la discussion. Plus que la nuisance sonore, c'est le sans-gêne intempestif qui ajoute au stress ambiant. Ou encore des communications interminables pas SMS avec le « bip » des touches pendant parfois des heures. Si l'appareil est capable d'émettre de la musique, alors il y a risque d'être familiarisé à contre-c½ur avec les tendances modernes, version nasillarde. Plus que la culture de l'interruption, c'est l'inculture de la promiscuité.

Des perturbations de l'humeur, de la personnalité, des facultés d'apprentissage.

Les jeunes gens - mais sont-ils les seuls ? - sont très directement touchés par le phénomène téléphone portable. Y compris la nuit. Une majorité de jeunes gens gardent leur téléphone allumé pendant la nuit. Il semble que la perpétuelle attente d'éventuels messages repousse le sommeil. Leur esprit est quasi perpétuellement en alerte, « au cas où ». Seul l'extinction absolue du mobile pourrait libérer leur attention implicite. Implicite mais fatiguante. Et la qualité du sommeil en pâtit nécessairement. Ces perturbations ont des effets sur l'humeur, la personnalité, l'hyperactivité, la dépression, la concentration et les facultés d'apprentissage.

Dans une autre majorité de cas, une bonne partie de la nuit est consacrée à l'échange de messages ou d'appels. Pour quelle raison ? Parce que la nuit est le seul moment « tranquille ». Mais si cette tranquillité est convertie en discussion, SMS et autres téléchargements, il n'y a plus de tranquillité qui tienne ! Plusieurs enquêtes sur le sommeil des jeunes révèlent le rôle nuisible des outils technologiques s'ils sont mal gérés. Le téléphone portable en fait partie.

Nous n'avons pas abordé les risques sanitaires potentiellement liés au portable. Le sujet est très controversé. Mais si ces dangers devaient être confirmés, cet indispensable objet aura finalement bien des inconvénients aussi. Mais peut-être lisez-vous cette lettre depuis votre mobile...

 

F. Huguenin - VR2


 

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