Janvier 2012

Documentaire

Une équipe interrogative © Igor - Fotolia.com

Diffissile parfoi de diciper le doutte quant à l'ortografe...

« L'orthographe est de respect ; c'est une sorte de politesse ».
- Alain, Propos sur l'éducation

L'orthographe en péril ?

Plusieurs études et enquêtes soulignent des difficultés avec l'orthographe. Des défauts dans ce domaine peuvent avoir de fâcheuses conséquences professionnelles et personnelles. Il est cependant possible de s'améliorer grâce à de nombreux outils.

On nous avait pratiquement promis l'option « zéro faute d'orthographe » lors de l'apparition des ordinateurs. Équipés de leurs traitements de texte intégrant un correcteur d'orthographe, voire de grammaire, ces adorables machines devenaient de précieuses alliées.

Le bruit courait alors que la moindre des secrétaires, même la plus démunie en matière de connaissance de la langue, se jouerait avec brio des pièges de l'écriture. Une publicité vantant ces avantages technologiques assurait que n'importe quel employé ou particulier pourrait s'improviser rédacteur. La machine intelligente allait enfin hisser l'homme au-dessus de ses imperfections scolaires ou de ses carences en formation. L'ère de la perfection scripturale s'ouvrait dans le ronronnement des ventilateurs des unités centrales.

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L'orthographe en péril ?

Mais voilà, loin de ce résultat, ce sont fréquemment plaintes et lamentations à propos de l'orthographe. Pour les uns, le niveau a dramatiquement chuté. Pour les autres, cette orthographe complexe nous encombre la vie et mériterait bien d'être (très) simplifiée. De l'avis général, il semblerait que le niveau d'orthographe des français soit en souffrance. Et la souffrance ne lui fait pas du bien.

Certains avancent que, si le niveau paraît moindre, c'est dû au plus grand nombre de personnes qui écrivent, toutes catégories confondues, révélant ainsi des disparités. Autrefois, cette activité restait limitée aux seuls professionnels habilités et formés dans ce sens. L'ordinateur en particulier a transformé le paysage opérationnel au point qu'à peu près n'importe qui peut écrire. Et écrire n'importe quoi. Courriels, blogs, sites et autres forums ouvrent à chacun le loisir de s'exprimer par ces biais et peu importe la qualification de base. Sur Facebook, la tolérance est de mise.

Peut-être. Mais dans un livre bientôt à paraître (Orthographe : à qui la faute ?, de Danièle Manesse et Danièle Cogis) on peut lire, entre autres choses : « l'écart entre les résultats des élèves de 1987 et ceux de 2005 est en moyenne de deux niveaux scolaires. Les élèves de cinquième de 2005 font le même nombre de fautes que les élèves de CM2 il y a vingt ans. Les élèves de troisième de 2005, le même nombre d'erreurs que les élèves de cinquième de 1987 ». Du coup, le débat est recentré sur le contexte scolaire où il est bien question de niveau et pas seulement d'habitudes de communication.

D'après le même livre, en 1987, 3 000 élèves ont été testés sur une dictée de 83 mots. 50% des élèves ont fait moins de 6 fautes. En 2005, 22% seulement sont capables d'une telle « performance ». Il y aurait également un écart plus prononcé maintenant entre les plus faibles et les plus forts. C'est l'orthographe grammaticale qui souffre le plus de ces carences (sources : cafepedagogique.net).

Traiter l'orthographe comme quantité négligeable est une erreur qui peut coûter cher.

Traiter l'orthographe comme quantité négligeable est une erreur qui peut coûter cher. C'est un constat que font aussi d'autres pays développés et ils en évaluent les conséquences.

Ainsi, selon Charles Duncombe, entrepreneur du Web britannique, il apparaît qu'un site internet contenant des fautes d'orthographe perd considérablement de sa crédibilité. A tel point, que, s'il s'agit d'un site de ventes en ligne, ces dernières peuvent chuter de moitié par défaut de confiance. Charles Duncomb explique que « quand on vend ou communique sur Internet, c'est fait à 99% par écrit. Parfois, [des] entreprises high-tech dépendent de [ce] savoir-faire d'antan ».

L'orthographe en milieu professionnel

A propos du milieu professionnel, son avis peut intéresser les recruteurs français : « [Je suis] choqué par la qualité médiocre de l'anglais écrit [des candidats à l'embauche reçus en entretien]. Certaines personnes utilisent même le langage SMS dans leurs lettres de motivation ». Il semble que certains postulants puissent parfois présenter un niveau correct sur leurs courriers. Mais s'ils sont confrontés, par exemple par le biais d'un test en situation, à une épreuve improvisée, leur niveau s'effondre. Manifestement, ils ne doivent leur première bonne impression qu'à leur logiciel correcteur orthographique. Pourquoi pas, puisqu'ils pourront utiliser ces outils dans l'exercice de leurs fonctions. Certes, mais une vraie compétence en orthographe est synonyme d'un niveau intellectuel appréciable. Savoir user d'un logiciel de ce type est à la portée même des moins évolués.

Toujours en Angleterre, James Fothergill, responsable de la formation pour la Confédération de l'industrie britannique (CBI), déclare que « trop d'employeurs sont obligés d'investir dans des cours de remise à niveau à destination du personnel [car] 42% des employeurs ne sont pas satisfaits des compétences de base en expression et compréhension écrites de leurs salariés ». Pour lui, l'amélioration de l'orthographe en milieu scolaire et universitaire est une réelle priorité. Et comme il vient de le dire, le niveau d'orthographe est lié de très près au niveau de compréhension écrite, compétence indispensable en exercice.

Six fautes dans un court texte émanant de l'Élysée.

La France, avec son orthographe réputée parmi les plus difficiles du monde, fait également les frais de tels défauts. On lit, dans Le Figaro : « L'expression écrite des Français laisse à désirer » et «les entreprises s'emparent du sujet». Créée en 2010, la société Woonoz propose la « certification Voltaire », un examen censé attester de notre bon niveau en orthographe afin de le faire valoir, par un label, sur des documents professionnels. Pascal Hostachy, cofondateur de l'association pense que « le sujet est clairement tabou dans les entreprises » et que « [l'envoi de mails] à l'extérieur avec des fautes terribles leur pose un gros problème ». D'après cet observateur, il y a deux niveaux caractéristiques en matière d'orthographe. Celui des plus de 40 ans serait nettement supérieur à celui des moins de 25 ans.

On retrouve le problème des fautes d'orthographe à tous les degrés. Récemment, à l'occasion de la disparition de Danielle Mitterrand, le service presse de l'Élysée a rédigé un communiqué d'une douzaine de lignes. On y relève pourtant six fautes, orthographe et grammaire confondues. Il y a même un défaut de construction de phrase qui a finalement été publiquement énoncé, de par la lecture du texte, par le Président de la République. Si on peut admettre occasionnellement une « coquille » (une faute relevant de substitution accidentelle de lettres), une telle concentration d'erreurs de niveau pré-scolaire est difficilement acceptable à cet échelon de notoriété.

Et nous ? Quelle valeur accordons-nous à une orthographe correcte ? Pensons bien que de la qualité de nos écrits dépend l'appréciation de notre sérieux, de notre crédibilité et de notre compétence.

Nous avons probablement tous encore des efforts à faire dans un domaine où l'amélioration est toujours possible. Que nos outils soient informatiques ou libraires, du correcteur d'orthographe au dictionnaire en passant par le conjugueur, la différence tient souvent à cette simplicité : utilisons-les ! Pourquoi pas, aussi, réviser ou apprendre les règles élémentaires de l'orthographe... ?

 

F. Huguenin - VR2


 

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