Dossier

Une jeune femme souriante © laviejasirena - Fotolia.com

Peut-être reconsidérer plus simplement les critères de beauté.

« La meilleure crème de beauté, c'est la bonne conscience. »
- Arletty

Esthétique : la beauté dans la tête ?

Le monde médical n'est pas épargné par l'erreur ou la corruption. Outre cela, nos attentes en matière d'esthétique sont liées à notre équilibre psychologique et la poursuite de l'éternelle jeunesse tend bien des pièges.

2012, en France, un véritable scandale éclate, touchant le milieu de la chirurgie plastique et plus précisément les implants mammaires. De l'ensemble de l'enquête, il ressort que ce ne sont que mensonges, supercheries et fraudes qui ont guidé les protagonistes incriminés.

Sans voir le mal partout, ceci rappelle bien trop cruellement qu'en matière de médecine comme ailleurs, le risque zéro n'existe pas, surtout lorsqu'il est généré par la cupidité.

De l'esthétique pas toujours très belle

Les conclusions sont effrayantes, le principal inculpé reconnaissant « avoir sciemment fabriqué des prothèses mammaires en gel PIP (...) pour son rapport qualité-prix » et « avoir volontairement dissimulé à l'organisme certificateur - TÜV - l'existence de ce gel PIP ». Lorsqu'il y va de la santé de milliers de personnes, on mesure l'ampleur du danger. En jonglant délibérément entre législation internationale floue et contrôles manipulés, l'équipe en a profité pour s'enrichir ignominieusement.

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Rappelons que PIP est un acronyme choisi par le fabriquant pour Poly implant prothèse. Les prothèses contiennent un pseudo-gel non agréé, coûtant bien moins cher qu'un gel conforme et pourtant vendu comme tel.

Les paroles du responsable sont sans équivoque lorsqu'il est question de problèmes en France : « La France, on s'en fout, vous ne représentez que 10 % du chiffre d'affaires et les chirurgiens ne comprennent rien », comparaison étant faite avec les 25 % de marché de la Colombie et du Venezuela. Quant à son avis à propos des victimes, il nous renseigne sur sa compassion et sa considération pour elles : « Elles ne déposent plainte que pour recevoir de l'argent. »

Certes, l'individu n'est pas lui-même médecin, mais en considérant la chaîne des fabriquants, contrôleurs, financiers et praticiens, il devient difficile de faire confiance à quelqu'un.

Il y a encore d'autres conclusions surprenantes à propos de la médecine et de la chirurgie plastique. Des doutes planaient sur les possibles effets délétères des interventions en chirurgie mammaire, en particulier le cancer du sein. Une enquête très sérieuse a ainsi été entamée par une équipe de spécialistes de l'université de Laval au Québec, dirigée par Jacques Brisson, et d'autres de l'Agence de santé publique de l'Ontario.

Plus belle la vie... ?

Cette étude a duré quinze ans. L'American Journal of Epidemiology (août 2006) publiera des résultats étonnants : l'implantation mammaire ne semble pas avoir d'effets aggravants en termes d'oncologie mais représente manifestement un danger en matière de suicide, le taux moyen se voyant majoré de 73% chez les femmes ayant subi une telle opération. Comment expliquer ce phénomène ? Il est probable que les personnes ayant recours à ce type de chirurgie soient plus fragiles psychologiquement et donc plus exposées à de tels drames.

Paradoxalement, ces mêmes femmes montrent un taux de mortalité par cancer du sein et maladies cardio-vasculaires plus faible que la moyenne, de l'ordre de 26%. Il ne faut pas en conclure que les prothèses ont un effet protecteur mais plutôt que ces personnes sont en meilleure santé. Elles appartiennent à une catégorie socio-économique plus élevée et une bonne santé générale est un critère de sélection pour prétendre à l'opération. Ces composantes forment un groupe particulièrement sain de corps. Reste malheureusement les aspects psychologiques évoqués, potentiellement dangereux.

Le taux moyen de suicides est majoré de 73% chez celles ayant subi certaines opérations esthétiques.

La même équipe s'est aussi intéressée aux causes de décès de 16 000 femmes ayant eu recours à la chirurgie esthétique autre que pour des implants. Là encore on trouve un taux de mortalité plus faible de 32% par rapport à la moyenne, mais un taux de suicides supérieur de 55%. Dans d'autres pays, y compris en Europe, des chercheurs sont parvenus aux mêmes conclusions. Il reste très vraisemblable que le plus préoccupant concerne l'équilibre psychique des patientes. Elles auraient en particulier peu confiance en elles et une très faible estime de soi.

Martine Perez, dans Le Figaro, rapporte les propos de médecins ayant participé à l'étude. Ainsi, le Dr Brisson conclut : « Une bonne pratique médicale devrait inciter les chirurgiens à porter attention aux raisons pour lesquelles leurs patientes veulent recourir à la chirurgie esthétique. Si leurs motivations reflètent des problèmes que ne peut résoudre la chirurgie plastique, les médecins devraient référer ces patientes à des personnes qui peuvent les aider sur le plan psychologique. »

A l'hôpital Pompidou, à Paris, le chirurgien plasticien Vladimir Mitz fait part de ses observations : « J'ai interrogé une centaine de patientes ayant eu des implants mammaires et une majorité m'a déclaré que l'intervention leur avait donné une certaine assurance, dans leur travail et leur vie personnelle. Ceci dit, des travaux ont déjà montré que les personnes ayant recours à la chirurgie esthétique avaient plus souvent une fragilité psychique ou un hypernarcissisme.»

Le docteur Gérard Flageul, chirurgien plasticien dans le même établissement ajoute pour sa part : « Cette étude est intéressante, même si elle pose la question du biais de recrutement. Nous savons que, réalisée dans des conditions optimales, l'intervention pour implants mammaires peut rendre des services importants. Mais, avant toute intervention, il faut bien prendre le temps de connaître la patiente, de comprendre ses motivations, de l'examiner, de lui parler...».

Le chant des sirènes

Une jeune femme en pull rayé © igor_kell - Fotolia.com

Certaines personnes deviennent prisonnières de leur idéal.

Peu importe, diront certaines et certains, je n'ai recours qu'à la médecine esthétique et seulement pour des injections de Botox®, appellation commerciale pour la toxine botulique A. Cette toxine empêche la propagation de l'acétylcholine, substance naturellement fabriquée et utile en terme de neuro-transmission, qui bloque la contraction du muscle. Le muscle est littéralement paralysé, il ne se déforme plus.

Sur les muscles du visages, ceci empêche la formation de rides et inhibe également les expressions faciales naturelles. Voilà qui explique les visages figés et atones de certaines personnes ayant un peu abusé de la substance, vedettes du spectacle en tête. Cela dit, c'est probablement ce qui attend même les petits consommateurs... Car il semble bien qu'il n'y ait pas de fin à cette poursuite incessante de l'éternelle jeunesse.

Il faut dire que l'incitation est forte. Le remède est quasi miraculeux, facile, sans douleur, sans la lourdeur chirurgicale, relativement bon marché. La publicité et le commerce font le reste. D'autres molécules sont utilisées encore pour remodeler le visage. Mais les effets de ces produits, s'ils peuvent durer plusieurs mois, ne sont pas éternels. Peut-être pas sans effets nocifs non plus. D'autres séances viendront, pour lutter contre un vieillissement toujours perçu comme plus dévastateur.

C'est compréhensible : nous préférerions rester jeunes, beaux et sportifs très longtemps. La fatalité nous confronte cependant à une réalité apparemment moins attrayante. D'autant que, comme mentionné dans le précédent article, il y a une forte incitation à démontrer sa résistance aux ravages du temps, incitation qui vient parfois des médecins eux-mêmes. La véritable dépendance des uns est synonyme de vitalité bancaire pour les autres. L'engrenage est en place : le patient est à l'affût, en demande même, des moindres avancées et procédés médicaux susceptibles d'éloigner encore le spectre fatal. Ainsi, la médecine esthétique conduit souvent à la chirurgie esthétique.

C'est peut-être par-là que se faufilent les troubles psychologiques. Il est pénible, en effet, d'être perpétuellement entraîné dans une démarche de lutte contre l'âge tandis que celui-ci se rappelle au souvenir de sa victime lors des consultations, par le constat de ses inexorables avancées. On attribue à Giacomo Casanova, probable connaisseur en matière de beauté et de séduction, cette réflexion : « Si tu résistes au destin, il te traîne; si tu lui cèdes, il te tire ». Destin, fatalité, ou simplement la vie : qui sait s'il ne vaut pas mieux céder parfois pour mieux vivre et aller encore plus loin...

 

F. Huguenin - VR2


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