Documentaire

Une fillette dort avec son chien © iNNOCENt - Fotolia.com

Un bon sommeil réparateur.

« Je mange quand j'ai faim. Je dors quand j'ai sommeil. Le sot se rit de moi. Le sage me reconnaît ».
- Tsan Le paresseux. Le Goût du zen

Dormez-vous suffisamment ?

Le manque de sommeil est un problème réel et sérieux. Dormir suffisamment est une habitude utile en termes d'efficacité et de santé.

« On commence à considérer le sommeil comme une perte de temps, rapporte le journal espagnol ABC. Même les jeunes enfants dorment moins que ne le réclame un développement physique et psychologique satisfaisant ». A Barcelone, le Laboratoire du sommeil de l'hôpital Dexeus établit (en 2004) que les enfants en manque de sommeil sont plus anxieux et irritables. Leurs résultats scolaires s'en ressentent directement, par défaut d'attention et difficultés d'apprentissage, ce qui génère le découragement. Même la croissance de ces enfants peut être retardée.

Le manque de sommeil est dangereux

A lire aussi

- Suicide et travail

- La narcolepsie

- L'accident vasculaire cérébral (AVC)

- Prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS)

- Les troubles musculo-squelettiques (TMS)

- Gérer l'agressivité et la violence

Le laboratoire souligne que ce défaut de sommeil chez ces jeunes est essentiellement dû à des choix de vie. La télévision, l'ordinateur, le téléphone portable et les jeux vidéos sont consommés sans modération avant le coucher et empêchent la venue d'un sommeil sain et suffisant. « Les enfants savent tous que fumer est mauvais pour la santé, mais personne ne leur parle de l'importance de dormir suffisamment, déclare la psychologue Victoria de la Fuente. Si nous ne faisons rien, ils risquent de devenir des adultes insomniaques ». Ces enfants d'hier, ce sont peut-être les adultes d'aujourd'hui.

D'après des enquêtes à ce propos, nous dormirions entre une et deux heures de moins qu'il y a une centaine d'années. Or, nous n'avons pas évolué au point de nous offrir sans dommages le luxe de nous passer de sommeil, même pour gagner du temps. Car ce défaut de sommeil entraîne des complications sur la qualité de vie et la santé.

Le sommeil insuffisant est impliqué dans les accidents de voiture (20% à 30% des accidents de la route seraient dus à la somnolence au volant), la perte d'emploi ou les problèmes familiaux. Ce manque nuit à la santé au point de compromettre l'espérance de vie des individus. Il a des effets immunosuppresseurs, c'est-à-dire qu'il rend plus vulnérable à des infections multiples. Il favorise l'obésité, génère des maladies comme les affections cardiaques ou le diabète. On ne soupçonne pas toujours l'origine probable de ces complications. En France, près de dix millions de personnes seraient concernées.

« 56% des français reconnaissent avoir un mauvais sommeil et constatent un impact sur leur vie professionnelle; 45% disent avoir moins d'énergie et de dynamisme et 29% des difficultés à se concentrer et reconnaissent faire davantage d'erreurs. Pas moins de 68 millions de boites de somnifères sont consommées par an, alors qu'ils sont en général prescrits pour une durée de 4 à 6 semaines maximum  » — Ministère de la santé et de la solidarité, discours de Xavier Bertrand, 2007.

« 56% des français reconnaissent avoir un mauvais sommeil et constatent un impact sur leur vie professionnelle ».

Pendant longtemps, on s'est contenté de ranger les problèmes de sommeil dans la seule catégorie « insomnie ». Une commission américaine a finalement dressé une liste de 17 troubles du sommeil différents. En France, pour le ministère de la santé, « il faut bien distinguer entre les troubles du sommeil, qui touchent un Français sur 3, et les maladies liées au sommeil, telles que les insomnies, le syndrome d'apnée du sommeil (SAS) ou encore le syndrome des jambes sans repos ». Dans certains cas, l'insomnie est la résultante d'une multitude d'autres problèmes physiques ou psychologiques.

Il ne faut pas beaucoup de temps pour que le manque de sommeil crée des ennuis. Un chauffeur pourtant expérimenté a ainsi été victime d'un accident au cours duquel des centaines de litres d'acide sulfurique ont été répandus sur l'autoroute après que son véhicule soit passé par-dessus un remblai. L'explication ? « Je me suis endormi, déclare le conducteur ». Pas de victimes cette fois. Mais la prochaine ?

Au volant, les dangers du manque de sommeil sont particulièrement prégnants. Songez, par exemple, aux conclusions d'une expérience française. Un conducteur a effectué le trajet Paris-Lyon au volant de sa voiture. Pour le besoin, il était équipé de capteurs encéphaliques et d'autres appareils de contrôle. La consigne était de rouler en respectant scrupuleusement la réglementation en vigueur. Cela signifie que notre conducteur était correctement reposé, n'a fait aucun excès de vitesse, s'est octroyé les temps de repos réglementaires et n'a rien consommé de contrariant. Résultat : sur un trajet d'environ quatre heures, les systèmes de mesure ont enregistré 8 minutes de sommeil...

Evidemment, ce ne furent pas huit minutes d'affilée mais la somme de micro-sommeils. En répartissant le tout, cela représente 1 seconde de sommeil pour 30 secondes de conduite. Si même les choses étaient telles (et nous savons que la répartition est plus aléatoire que ça), il peut se passer beaucoup de choses en 1 seconde sur autoroute. Par exemple, parcourir environ 36 mètres... C'est pratiquement la longueur de trois autobus ! Et nous parlons bien d'un conducteur en pleine possession de ses moyens. Il n'est que trop facile d'imaginer ce que cela aurait été si cet automobiliste avait manqué de sommeil dès avant le départ...

Des dangers professionnels dus au manque de sommeil

Une jeune femme très fatiguée au travail © berc - Fotolia.com

Dur, dur, de s'y mettre, parfois....

Autre contexte, autres dangers : le lieu de travail. Une expérience australienne a rassemblé une équipe de volontaires. Ils sont resté de 17 à 19 heures sans dormir (c'est le temps écoulé, par exemple, entre 6h00 du matin et 23h00 le soir/1h00 du matin suivant). Ann Williamson, chercheur pour cette expérience, indique que « les résultats [des participants] à certaines épreuves étaient équivalents à ceux obtenus avec 0,05 % d'alcoolémie, voire pire ». Ce taux peut sembler relativement faible mais rappelons qu'il est obtenu sans alcool du tout.

Ce sont, en tout cas, des circonstances aggravantes en termes de risques au travail, circonstances qui s'ajoutent aux effets habituels de la fatigue excessive, comme une moindre énergie et des réflexes moteurs et mentaux amoindris. A propos de catastrophes liés aux excès dans ce sens, voir ceux relatés dans notre article sur le surmenage.

Mais pourquoi manque-t-on de sommeil ? En introduction, il est fait mention de ces jeunes gens qui se privent « volontairement » de sommeil pour s'adonner à d'autres occupations, souvent « électroniques ». Une psychologue s'inquiétait de ces habitudes susceptibles de migrer vers l'âge adulte.

De véritables catastrophes ont pour origine un manque de sommeil.

La revue USA Today parle du phénomène du « vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, (...) séisme culturel qui bouleverse nos vies [ainsi que] d'une nouvelle vague de commerces et de services en continu [qui] rencontre un grand succès en défiant la montre ». Il ressort des observations que dans beaucoup de pays, des gens passent une bonne partie de la nuit devant la télévision ou un écran d'ordinateur connecté à internet. A cela s'ajoutent les troubles affectifs, comme l'anxiété, conséquence fréquente d'un rythme de vie générant inquiétude et stress. Sans parler des maladies physiques qui nuisent au sommeil.

Dans tous les cas de figure, l'heure est grave mais relativement peu en sont conscients. Pire, la fatigue chronique est parfois devenue un « signe de prestige », témoignage d'une intense mobilisation professionnelle. Parmi les victimes qui s'ignorent, on entend des formules du style « Je me fais vieux, c'est tout », « J'ai du mal à faire front, alors je coupe le moteur de temps en temps » ou encore, « Je suis tout le temps fatigué parce que je n'ai pas assez de vacances. ». Dans une majorité de cas, c'est tout simplement un manque de sommeil. Le ministre de la santé cité au début a même ouvert une réflexion sur les compensations possibles grâce à la sieste.

Pour retrouver de bonnes habitudes de sommeil, il convient éventuellement de consulter un médecin. On peut aussi se documenter sur les cycles du sommeil et identifier les symptômes de carence. Enfin, prendre des mesures précises pour régler le problème. L'affaire est sérieuse, il y va de votre santé, voire de votre vie. Ce n'est pas le moment de s'endormir.

 

F. Huguenin - VR2


 

Index de la Newsletter

Archives newsletters

Vers le site de VR2

Toutes les formations VR2