Dossier

Des collègues au restaurant © Image Source IS2 - Fotolia.com

Pour que les bons moments restent de bons moments.

«  Un jour, on te dit que reprendre un verre d'alcool ce serait comme aller se baigner sans savoir nager. Quand on sait qu'on va se noyer, on réfléchit ».
- Jacques Dutronc

L'alcool, ce faux ami

Des idées parfois saugrenues circulent à propos de l'alcool et des moyens d'en limiter les effets. Ce sont généralement de fausses conclusions. L'alcool fait partie du milieu du travail où il se présente sous des formes parfois attrayantes.

Il est facile de trouver des prétextes pour justifier un usage immodéré d'alcool. La plupart de ces affirmations s'appuient sur de prétendues expériences. Elles sont cependant dangereuses car elles occultent les véritables effets et leurs conséquences. Voyons quelques-unes des plus courantes.

Des idées reçues qu'il ne faut pas recevoir

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« Si vous avez un peu trop bu d'alcool, buvez de l'eau, faites du sport ou prenez un café ». Il est possible que ces démarches apportent quelques menus bienfaits. Mais aucun ne sera suffisant pour s'opposer au pouvoir enivrant de l'alcool. Seul le facteur temps joue véritablement en votre faveur et il est impossible de l'accélérer. Il faut environ 1h pour éliminer 0,15 g d'alcool. Et avaler une cuillère d'huile avant l'absorption d'alcool ? Au mieux cela différera un peu l'action de la boisson mais ne l'annulera aucunement. Si vous devez prendre le volant, ou utiliser du matériel potentiellement dangereux, n'essayez aucune de ces suggestions. La seule efficace est de ne pas conduire ou ne pas travailler ! Ce ne sera pas toujours compatible avec les obligations professionnelles.

« Pourtant, quand j'ai bu un peu d'alcool et que je prends le volant (ou une machine), je me sens parfaitement à l'aise ». Il est tout à fait possible que vous vous sentiez à l'aise... Mais cela ne signifie pas que vous maîtrisiez votre véhicule, engin ou appareil ! Dans la semi-torpeur induite par l'éthanol, un conducteur ou un travailleur se sentira détendu mais ses réflexes sont cruellement amoindris, son champ de vision est réduit, son temps de réaction sévèrement amputé. Beaucoup de victimes d'accidents du travail à cause de l'alcool se sentaient très bien... avant l'accident.

Les idées reçues à propos de l'alcool sont souvent des illusions nuisibles.

« On est au travail, je n'ai bu qu'une bière, ce n'est pas comme si j'avais bu un whisky ». Si, probablement. On pourrait se méprendre en jouant sur les taux relatifs d'alcool par volume de boisson. Les alcools moins forts sont souvent goûtés en plus grande quantité. Par exemple, une bière avec 5 % d'éthanol se consomme généralement sous la forme d'un volume minimum de 25 cl. Or, cela aura le même effet qu'un petit verre de 3 cl de whisky mais avec 40 % d'éthanol. Ou encore, qu'un « verre de table » de vin à 12 %. En résumé, les quantités classiques de boissons alcooliques, telles que servies dans un débit de boisson, contiennent à peu près la même dose d'alcool pur. En privé ou sur le lieu de travail, ces quantités sont peut-être encore plus importantes car « libres ».

« D'accord, je vais donc ajouter un liquide neutre dans mon verre, ça diluera les effets de l'alcool ». Et bien non. Au final, une seule et même quantité d'alcool pur aura été absorbée. Et c'est ce qui produit les effets.

« Mais je travaille sur des chantiers. Un petit verre ça donne du courage et ça réchauffe ». Grossière et dangereuse erreur. Le petit côté réconfortant et rassérénant de l'alcool est induit par ses effets euphorisants. Non seulement cela ne va pas durer longtemps, ce qui augmente les risques de récidive, mais en plus, c'est une fausse impression. L'alcool ne donne pas d'énergie motrice au corps. Quant à la chaleur, là aussi c'est une illusion. Par un jeu de terminaisons nerveuses, la sensation de chaleur indique au contraire que le corps se refroidit !

« Un petit verre de temps en temps, c'est bon pour la santé ». Là, il faut être honnête et prudent. Il se trouve que de faibles quantités d'alcool peuvent avoir un effet relativement protecteur pour l'organisme en général, le système cardio-vasculaire en particulier. Cela dit, l'excès d'alcool est indéniablement néfaste. Pour illustrer, rappelons que la plupart des sportifs de haut niveau se voient suggérer la consommation d'un demi-verre de vin rouge par repas. En dehors de ces limites et de ce seul produit, c'est s'exposer à des complications.

Comment l'alcool s'invite au travail

Un homme tire sur ses bretelles

L'alcool a des effets sur le comportement.

Retenons encore que deux verres (en se référant aux données ci-dessus, relatives aux divers alcools et leurs quantités respectives) sont suffisants pour être en infraction vis-à-vis du code de la route. Cette consommation suffit en effet pour trouver 0,50g d'alcool par litre de sang. Finalement, il est très (trop) simple d'être sous l'emprise de l'alcool, voire d'en devenir dépendant. Des habitudes apparemment bénignes, y compris celles strictement alimentaires, portent pourtant à conséquences dommageables. Voilà pourquoi et comment le problème peut toucher rapidement le monde du travail.

Un article paru il y a quelques années dans le journal Le Monde disait : « L'alcool serait directement responsable de 10 à 20 % des accidents du travail ». Aujourd'hui, dans les années 2010, on estime que ce taux est de 15 à 20 %. D'après une enquête menée en 2003 par l'Inserm, près d'un salarié sur 4 consommerait régulièrement de l'alcool sur son lieu de travail, avec ses collègues ou ses clients.

En France, les « pots » pour évènement professionnel sont courants (retraite, promotion, etc.). Ainsi, d'après une enquête ANPAA menée dans des PME/PMI de Midi-Pyrénées, en 2004, 67 % des dirigeants et 56 % des salariés estiment normal et convivial de participer à ces occasions de « resserrer les liens » dans l'entreprise. Le problème se pose aussi pour les déjeuners d'affaires, cette fois, entre collègues ou avec des clients, des fournisseurs.

Ne perdons pas de vue non plus que l'alcool a souvent des effets désinhibants. Ceci peut conduire des personnes réputées raisonnables à des excès inattendus. S'il s'agit maintenant de quelqu'un déjà aux prises avec un caractère ou des attitudes discutables, on risque l'inconvenance. Des disputes, des rixes même, ont éclatées à cause du manque de maîtrise de certains. D'autres se sont laissé aller à des excès de familiarité. Dans des cas plus graves, des comportements de harcèlement, souvent sexuel, voire d'agression du même ordre, ont été recensés (Voir, sur ces sujets, nos séries d'articles sur le harcèlement moral et le harcèlement sexuel).

15 à 20 % des accidents du travail seraient directement liés à l'alcool.

La tradition française aux tendances gastronomiques réputées est peut-être un maillon faible dans la lutte contre l'excès d'alcool en général, au travail en particulier. Des petits malins suggèrent d'éliminer les risques d'incompatibilité en supprimant l'élément perturbateur : le travail ! C'est humoristique mais assez évocateur des difficultés à changer les mauvaises habitudes.

Il y a quelques temps, on avait plutôt tendance à consommer de l'alcool dans les métiers physiquement difficiles, ou en contexte sévère, intempéries par exemple. Les améliorations technologiques ont globalement allégé les charges des professions à fort taux de pénibilité. Mais elles ont aussi créé tout un univers moderne propice au stress. Fait peut-être surprenant, les professions mettant en contact fréquent avec le public font partie des plus intenses générateurs de malaise au travail (Voir à ce propos notre article sur la satisfaction au travail). L'alcool est parfois appréhendé comme un moyen de lutter contre ces nouvelles contraintes.

Pas de doute, l'alcool au travail est un sujet qui mérite précautions. Nous verrons bientôt ce qui peut être mis en œuvre dans l'entreprise pour aider ceux qui sont confrontés à ce problème, qu'ils soient victimes directes ou indirectes.

Lire aussi l'introduction : l'alcool au travail

 

F. Huguenin - VR2


 

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