N°41 - La Newsletter VR2 - Dossier

« Qui porte des chaussures ignore la souffrance de qui marche pieds nus. » – Proverbe chinois.

Les troubles musculo-squelettiques

Une jeune femme au bureau se tient les reins de douleur © apops - Fotolia.com

La douleur due aux TMS peut gâcher les meilleures situations.

Les troubles musculo-squelettiques sont très répandus parmi la population active. Il y a des métiers à risques mais les conditions de travail sont un facteur clef.

Un homme, pourtant jeune, éprouve des difficultés à seulement porter une fourchette à sa bouche ou encore à se coiffer. Il ressent des douleurs dans la main et le poignet. Il n'est victime d'aucun accident ni d'aucune maladie évidente.

C'est un médecin qui l'amènera aux bonnes conclusions : ce jeune homme souffre de troubles musculo-squelettiques (TMS) encore appelés lésions attribuables au travail répétitif (LATR). En France, on utilise plutôt la première expression.

Les troubles musculo-squelettiques, qu'est-ce que c'est ?

D'après le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), les lésions attribuables au travail répétitif (donc, la version canadiennes des TMS) englobent toute une série de problèmes et de déficiences médicaux touchant les tendons, la gaine des tendons, les muscles, les nerfs et les articulations.

Ces défauts génèrent des douleurs plus ou moins chroniques, en général sur les régions sensibles que sont le cou, l'épaule, l'avant-bras, la main, le poignet, le coude et les articulations des membres inférieurs.

Pour certains, les TMS sont un mal professionnel moderne. Mais ce n'est pas si sûr. Déjà, au XVIIIe siècle, les médecins identifiaient de telles lésions, sans pour autant leur attribuer notre appellation de TMS. L'italien Bernardino Ramazzini appelait, par exemple, les lésions au poignet « ténosynovite du poignet », une ténosynovite étant une inflammation de la gaine du tendon. Ce trouble était réputé être la maladie « des scribes et des notaires ». Il semble que cette caste fut en effet sujette à ces complications de par ses obligations d'écriture.

Les TMS : des troubles articulaires dus à des contraintes souvent professionnelles.

Si vous travaillez en bureau, vous compatissez peut-être. Si vos outils de travail sont maintenant des engins et des marteaux pneumatiques, voilà qui peut vous faire sourire. Et pourtant, même nos claviers d'ordinateur ne nous mettent pas à l'abri de tels troubles.

Les TMS peuvent être difficiles à identifier et à classer. Voilà pourquoi il existe d'autres appellations, d'origine plus ou moins contrôlée, qui décrivent les problèmes dus à « la répétition d'un geste, mais aussi à l'exercice de la force, d'un mouvement rapide, d'un surcroît d'activité, d'une charge statique, d'un effort trop intense, d'une position inconfortable ou du maintien du corps dans une posture non naturelle qui exerce une contrainte ou une constriction quelconque. »

On parle donc aussi de « traumatisme chronique, blessure due à des gestes répétitifs, traumatisme d'accumulation, problème musculo-squelettique d'origine professionnelle et névralgie cervico-brachiale ».

On pourrait estimer que l'industrialisation, l'automatisation et l'ensemble des progrès technologiques ont diminué, voire éradiqué, le phénomène. Dans un premier temps, ce fut bien le cas. Ainsi, au XIXe siècle, les seuls cas de TMS mentionnés dans la presse spécialisée de l'époque sont ceux de pianistes et de violonistes touchés par des tendinites dans les bras, ainsi que de joueurs de tennis victimes d'inflammation des tendons du coude. Pas de quoi émouvoir les classes de travailleurs manuels.

Mais au XXe siècle, la tendance s'inverse. Certes, on utilise des machines censées soulager l'humain de tâches pénibles. Mais les rythmes imposés par les mêmes et les conditions d'exercice ne vont pas forcément dans le sens de la facilitation. Ainsi, au Brésil et aux États-Unis, pour ne parler que de ces pays, les TMS représentent aujourd'hui plus de 50 % de l'ensemble des maladies professionnelles.

En France, les troubles musculo-squelettiques (TMS) (...) sont déjà la première cause de maladies professionnelles (...) [et] vont continuer à progresser, selon un rapport sur les maladies chroniques dans la sphère du travail (Institut d'études européen Work Foundation). Ces constats et tendances sont confirmés par le Ministère du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle.

Le précédent rapport explique : « Une grande part des individus en âge de travailler en France sont ou seront directement affectés par des TMS au cours des prochaines années, ce qui aura des répercussions sociales et économiques conséquentes pour les individus et leur famille. [Le travail est probablement] la cause et la solution ».

En France, 22 % des travailleurs se plaignent de douleurs dues aux conditions de travail. En 2008, près de 8,4 millions de journées de travail auraient été perdues pour les actifs du régime général, du fait des TMS, ce qui représente 787 millions d'euros de frais pour les actifs du régime général et environ 60 millions d'euros pour les actifs agricoles.

Quelles sont les causes des TMS ?

Les causes des TMS sont multiples. Il y a évidemment les facteurs biomécaniques. Le corps humain est très bien fait mais sa résistance, comme la meilleure des machines, n'est pas illimitée. Ainsi, les gestes répétitifs, la vitesse d'exécution, les positions statiques prolongées, les positions de travail « non-naturelles », comme penché, plié, étiré ou tourné, sont autant de situations à risques. Ajoutons à cela les chocs, pressions, les température excessives, dans un sens ou dans l'autre, etc.

Le risque peut passer inaperçu. C'est le cas, par exemple, d'une femme qui va utiliser un outil « standard » mais un peu trop gros pour une main féminine. Pour compenser, cette femme devra fournir des efforts supplémentaires ou dans une position contrainte. En peu de temps, elle se trouvera confrontée à des complications ergonomiques peut-être douloureuses. C'est la voie vers le TMS.

Souvent, le travailleur n'a pas le choix, surtout dans les catégories professionnelles relativement peu qualifiées. La femme que nous avons prise pour exemple tentera vraisemblablement de s'accommoder plutôt que de compromettre son poste. Sans doute lui faudra-t-il finalement demander adaptation, mais le mal sera fait.

« Il faudrait se recentrer sur les capacités de la personne ».

Le quotidien Folha de S. Paulo cite le cas d'une femme qui devait tester la solidité d'un nombre (trop) important d'appareils, avec un marteau en caoutchouc, en un temps (trop) réduit (Voir notre article Etes-vous victime du surmenage ?). Cette femme a bientôt ressenti des douleurs intolérables. Comble de tout, elle a finalement été licenciée pour incapacité due aux TMS.

Il faut encore prendre en compte les fameux facteurs psychosociaux, que l'on résume souvent sous la simple évocation de stress. Ce stress, outre son seul poids psychologique, contribue à aggraver les travers décrits ci-dessus. Ce stress est lié, entre autres, à l'environnement humain et matériel du travailleur.

En France, « Les médecins du travail et les cliniciens envisagent les limitations dues à la maladie alors qu'il faudrait se recentrer sur les capacités de la personne », explique le Pr Bruno Fautrel, rhumatologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Et son confrère, le Pr Roquelaure, ajoute « Il y a eu une prise de conscience et beaucoup d'initiatives ces dernières années. Mais la crise est passée par là, et une bonne partie des actions de prévention sont passées à la trappe ».

A retenir

  • Les TMS sont la première cause de maladies professionnelles en France.
  • Ils sont dus à des contraintes excessives, physiques ou psychologiques, en général en milieu professionnel.
  • Les actions de prévention sont encore imparfaites.
  • Certains métiers sont réputés pour leur propension à générer des TMS. Parfois, l'énoncé peut surprendre mais il faut réfléchir alors à des contraintes apparemment bénignes mais amplifiées par les facteurs temps et répétition. Citons : métallurgiste, employé de banque, claviste, téléphoniste, caissière de supermarché, serveur, peintre en bâtiment, assembleur de jouets, couturière, coiffeur, brodeuse et coupeur de canne à sucre. Ce dernier poste est plutôt rare sous nos latitudes mais nous nous rattrapons sur les autres.

    Peut-être avez-vous reconnu votre propre activité. Il y en a bien d'autres qui peuvent poser problème. Nous verrons dans un autre article comment reconnaître les symptômes des TMS et surtout comment les prévenir.

    Si vous avez lu cet article sur un écran, ressentez-vous une tension dans la nuque, les épaules ou les yeux ? Si c'est le cas, nous sommes à peu près assurés que vous lirez bientôt la suite de ce dossier...

     

    F. Huguenin - VR2

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