N°41 - La Newsletter VR2 - Dossier

« Finir par tout accepter pour juste pouvoir travailler. C'est ça que je trouve fou. Travailler. Dans n'importe quelles conditions. Elle est là la misère. » – Jeanne Benameur, Les insurrections singulières.

Prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS)

Une jeune femme devant une grosse machine © Joerg Lantelme - Fotolia.com

Aménager le poste de travail peut considérablement diminuer les risques.

Prévenir les TMS englobe des considérations ergonomiques, psychologiques et organisationnelles. Des dispositifs officiels accompagnent ces démarches.

Mais à quoi ressemblent les TMS ? Ces affections se manifestent par des douleurs et gênes dans les mouvements pouvant entraîner un handicap sérieux dans la vie professionnelle et la vie privée.

Le malade éprouve ces douleurs dans la partie du corps affectée (l'épaule et/ou le bras, par exemple), des sensations d'engourdissement, des fourmillements. Ces symptômes peuvent dégénérer en souffrances persistantes.

Parfois, des gonflements rendent impossible des actes simples, comme attacher sa montre à son poignet. Par défaut de soins, la maladie peut provoquer jusqu'à des difformités et l'invalidité.

Comment prévenir les TMS ?

Voilà bien une question qui se révèle plus délicate qu'elle n'en a l'air. Il faudrait, selon certaines sources, voir plus loin que les seules considérations ergonomiques en matières de TMS. Ainsi, le docteur Wanderley Codo, consultant en santé mentale et travail à l'université de Brasilia, précise : « L'un des facteurs déterminants dans l'apparition de cette maladie est la façon dont le travail est organisé (les tâches, les relations direction-employés, l'ambiance, le niveau de participation et le rythme de travail) ».

D'après lui, la façon d'organiser le travail rejaillit directement sur le sentiment de participation et maîtrise de l'employé, souvent très relatif, ce qui entraîne des TMS par voie de stress. Ce rapport entre organisation et exécution serait si évident que ceci expliquerait, selon certains spécialistes, que des employés aient pu accomplir des mouvements répétitifs sans pour autant souffrir de TMS.

Voilà des pistes intéressantes. Mais rappelons les propos du Pr Roquelaure, mentionné dans un précédent article, et selon lequel « Il y a eu une prise de conscience et beaucoup d'initiatives ces dernières années. Mais, ajoute-t-il, la crise est passée par là, et une bonne partie des actions de prévention sont passées à la trappe ». Mais quelles sont ces actions de prévention ?

Dans la pratique, si vous estimez être occupé à un poste propice aux TMS et surtout si vous en éprouvez les symptômes, signalez la chose au service médical de l'entreprise. Dans certains cas, ce sera la médecine du travail auprès de laquelle un employé peut provoquer un rendez-vous indépendamment des visites réglementaires. Au pire, un médecin hors entreprise, voire un orthopédiste pourra vous conseiller. Plus on s'y prend tôt, mieux ça vaut.

L'idéal serait ensuite d'obtenir un aménagement ergonomique du poste de travail. Qu'est-ce que l'ergonomie ? Selon un dictionnaire, l'ergonomie est « l'ensemble des études et des recherches qui ont pour but l'organisation méthodique du travail ». L'ergonomie s'intéresse donc à la conception du poste et à la disposition des éléments qui l'entourent, en vue de rendre l'activité efficace tout en préservant l'individu.

Il s'agit d'adapter au mieux le rapport homme/travail, avec tout ce que cela implique, physiquement, biologiquement, mentalement et affectivement. Vaste programme. L'ergonome Ingeborg Sell explique que l'ergonomie « utilise des données, des informations et des connaissances empruntées à toutes les disciplines concernées [et] s'efforce de parvenir à une connaissance neuve et globale des rapports entre l'homme et son travail ».

Le rôle de l'entreprise pour l'ergonomie participative

C'est là que les choses se compliquent. En effet, beaucoup de travailleurs n'ont que peu ou pas de pouvoir quant à influencer d'une quelconque manière de tels conclusions, mises à part leurs plaintes éventuelles. Consciente de cela, une équipe de médecins brésiliens incite à l'ergonomie participative. De quoi s'agit-il ?

Dans l'absolu, cela veut dire que l'employeur ou la personne responsable s'applique à prendre en compte les avis, opinions et bien-sûr, les souffrances des employés. Il implique alors les mêmes dans une démarche de concertation et de réflexion en vue d'aménager les postes de travail.

Mieux, il crée un comité dédié à cette cause, comité composé des salariés et de membres de la direction. L'objectif est de prévenir les TMS. Les décisions une fois prises, ce comité supervise les applications et assure leur suivi. Finalement, les risques de TMS dans cette entreprise tendent vers zéro. L'histoire ne précise pas sur quelle planète les choses se passent aussi bien.

La plaisanterie évoque la gageure organisationnelle que représente de telles louables initiatives. Certaines entreprises ont cependant décidé de jouer le jeu. Elles ont même « externalisé » la gestion opérationnelle de ce comité qui se rapproche alors des employés et pourvoit aux observations utiles. Ainsi, par exemple, après enquête approfondie, des chaînes de montage entières ont été revisitées : modification de la hauteur des plans de travail, fragmentation des charges à déplacer, optimisation des déplacements des employés, etc.

L'opération a un coût difficile à occulter mais les effets sont assez spectaculaires. Au final, c'est donc rentable, en particulier en limitant les traumatismes et accidents, donc l'absentéisme et les arrêts maladie. Plus encore, l'effet participatif semble agir avec un certain bonheur sur la motivation des employés.

Dans cette veine, le Ministère du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle met à disposition une brochure destinée à faciliter la mise en place de tels comités, avec l'aide d'intervenants extérieurs.

Le ministère invite à une succession de démarches :

Construire un cahier des charges adapté à l'entreprise

Choisir un ergonome conseil

Identifier les critères de choix d'un consultant

La brochure détaille ensuite les aspects à prendre en compte : « Pour agir sur les TMS, vous aurez besoin d'analyser l'interaction entre de nombreux facteurs : technique, organisationnel, médical, individuel, collectifs.

Analyser ces facteurs et leurs liens en situation réelle de travail demande des compétences spécifiques portées par les ergonomes conseils, notamment :

Connaissances sur le fonctionnement humain et les organisations

Analyse et observation in situ

Partage d'une compréhension des questions à résoudre dans les situations concernées

Transfert de compétences et co-construction des solutions avec l'entreprise » Brochure complète, site du ministère du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle.

Des organismes de prévention (l'Assurance Maladie - Risques Professionnels, MSA, ANACT, OPPBTP, etc.) apportent leur soutien et concours à ces actions.

A retenir

  • Prévenir les TMS réclame un investissement en termes d'organisation et de budget.
  • Les résultats sont encourageants et contribuent à la cohésion d'équipe et à l'efficacité du travail.
  • Des aides existent pour définir les aspects ergonomiques du travail.
  • En attendant de telles mesures, des pauses et des rotations de postes limitent les attitudes à risques. On en revient à des questions d'organisation. Et avant de parler de changement d'équipement, assurez-vous que vos outils et poste de travail sont correctement réglés, dans la mesure disponible. Hauteur de siège, position de l'écran pour les uns, outils bien entretenus et équipement de protection corrects pour les autres.

    On peut déjà prendre quelques précautions à titre privé. Et même chez soi. Prenez l'habitude de vous étirer et de vous échauffer avant d'entamer d'autres activités. En préparant les muscles à l'effort, leur efficacité est supérieure et rapidement mobilisable, ce qui réduit les risques de « faux-mouvement ».

    Une bien belle démarche que celle consistant à améliorer les conditions de travail, par un biais ou un autre, même s'il reste beaucoup de choses à faire. La formation entre légitimement dans ce cadre par son invitation à devenir et à rester acteur de sa vie professionnelle. Quel que soit votre travail, votre poste, le souhait de VR2 reste de « valoriser vos ressources et révéler vos valeurs ». Et ça, nous savons le faire.

     

    F. Huguenin - VR2

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