N°40 - La Newsletter VR2 - Vie professionnelle

« L'emploi qu'un homme finit par obtenir est rarement celui pour lequel il se croyait préparé et dans lequel il pensait pouvoir être utile. » – Marguerite Yourcenar, Archives du nord.

Emploi : mode d'emploi

Une jeune femme en recherche d'emploi © Fly_dragonfly - Fotolia.com

Postuler pour un emploi : un "emploi" à plein temps.

La recherche d'emploi est un exercice éprouvant. A tel point que certains candidats sont prêts à tout pour décrocher un contrat. Même à tricher. Il y a cependant des capacités fondamentales à ne pas négliger.

Un cabinet britannique spécialisé dans la sécurité de l'emploi, Control Risks Group, a examiné pendant un an les candidatures de plus de 10 000 personnes postulant dans les prestigieux secteurs financier et informatique.

Le Financial Times de Londres rapporte les résultats. « Une personne sur quatre ment lorsqu'elle fait une demande d'emploi. [On] a constaté des fraudes à tous les niveaux hiérarchiques. Environ 34 % des demandes comportaient des contradictions dans les antécédents professionnels et 32 % contenaient des informations exagérées ou fausses sur les diplômes; 19 % des personnes avaient caché leur mauvaise situation financière ou leur faillite et 11 % avaient omis des détails sur leur identité. »

Mieux vaut défaut que des faux

Ceux qui ont (ou auraient...) exercé à l'étranger sont encore plus prompts à travestir la vérité, persuadés d'échapper à des vérifications embarrassantes, en particulier sur des questions liées à un éventuel endettement. « [Les hommes ont] nettement plus tendance à mentir que les femmes » A quand la parité... ? Un responsable de la Confédération du recrutement et de l'emploi, incorpore une notion assez paradoxale : « Si les recruteurs se basent sur ce qui est écrit sur un papier, ils ne font pas correctement leur travail. »

Des affaires relativement récentes, en France, confirment ces données. C'est d'autant plus choquant lorsque le poste visé est un poste à responsabilités. Une enquête a ainsi mis à jour les manipulations d'un comptable qui visait le poste de... directeur général. Pour dépasser la concurrence, il s'est improvisé ingénieur informatique. Ou encore cet aéroport qui employait un directeur pour s'apercevoir que ce dernier ne possédait aucun des diplômes requis pour cette fonction.

« Une personne sur quatre ment lorsqu'elle fait une demande d'emploi. »

Si ces pratiques ont cours aux plus hauts niveaux, il est plus que probable qu'elles existent aussi dans les couches subalternes. Les enjeux y sont de moindre envergure et de tels « exemples » atténuent peut-être le sentiment de responsabilité... quand ils ne stimulent pas les ambitions !

A ce propos, une autre étude menée par un cabinet de recrutement australien (Australian Background) sur un millier de demandeurs d'emploi signale que les candidats cherchent à se présenter sous leur meilleur jour. Echo à cette étude, le Sydney Morning Herald rapporte que 21 % avaient délibérément menti sur leur CV. Soit dit en passant, c'est presque exactement le même taux qu'avouent des candidats français dans un sondage en 2012. Sans parler des plus de 6 % qui ne sont « pas tout à fait sûrs » du contraire...

« 60 % de ceux qui avaient des antécédents judiciaires avaient omis de les mentionner, même lorsqu'on leur avait posé la question. À les en croire, déclare Gary Brack, spécialiste du recrutement, certains postulants dirigeaient le monde entier ! Mais, quand on se penche un peu sur leur dernier emploi, on se rend souvent compte qu'ils ne chapeautaient qu'un coin de leur bureau ! »

Ceci nous amène à considérer quelques aspects réellement utiles pour se faire embaucher. Outre l'honnêteté, la loyauté et une certaine compétence, selon le poste, il y a ces « petits plus » qui en réalité peuvent considérablement démultiplier le pouvoir de persuasion. Citons, la présentation.

Comment faire bonne impression ?

« Les gens bien habillés font bonne impression », note le Toronto Star. Pour paraphraser les termes d'une maxime devenue courante, « vous n'aurez pas deux fois l'occasion de produire une première (bonne) impression ». Cette première impression est probablement celle qui va rester. Et pour longtemps.

« Les spécialistes disent qu'une apparence propre et soignée donne à un employeur ou à un client éventuels le sentiment qu'ils peuvent espérer un travail de qualité. » D'où cette conclusion souvent décriée par les uns mais qui fait référence pour les professionnels : «Pour le monde du travail, le message est clair : si vous êtes négligent pour ce qui est de votre présentation, vous êtes négligent, point.»

Les détracteurs se retrancheront derrière la classique réplique « l'habit ne fait pas le moine. » Certes, mais pour qui cherche un moine dans la foule, image adaptée à la position d'un recruteur, une soutane est un indice non négligeable. Et un moine sans soutane serait-il crédible ? VR2 a déjà abordé certains de ces aspects dans La tenue vestimentaire en milieu professionnel. Des conseillers en image insistent également sur le fait qu'« une position bien droite et une présence énergique produisent une forte première impression. Le ton de la voix et la vitesse d'élocution ont aussi leur importance. »

Un recruteur explique que son travail commence avant même qu'il n'ait reçu les candidats. Depuis son bureau, il peut en effet observer les postulants à leur arrivée sur l'aire de stationnement. Il explique que si l'un d'eux se gare illégitimement (ce qui sera vérifié ensuite) sur un emplacement réservé aux personnes handicapées, il se positionne très mal sur la grille de départ. « Un matin, plusieurs candidats attendaient qu'on les fasse entrer dans l'établissement. L'un d'eux, en tenue de sport, mains enfoncées dans les poches, baillait intempestivement 'aux corneilles' en se dandinant. Pour moi, ces indices sont plutôt négatifs, à moins d'avoir veillé un bébé malade toute la nuit, ce qui semblait peu probable, même avec la réserve de vérification ».

Enfin, parmi les compétences réputées fondamentales et révélatrices d'un niveau minimum d'employabilité, la lecture et l'écriture.

Quelles sont les capacités minimum recherchées ?

En 1997 déjà, le Vancouver Sun écrivait que « 56 à 64 % des Canadiens au chômage ont un niveau d'alphabétisation faible ». On a ainsi estimé que 36 % des Canadiens avaient du mal à lire un texte ou un formulaire et tout simplement à compter. Des industries dites traditionnelles sont les plus victimes de ce phénomène : « l'agriculture, l'industrie minière, la production de biens d'équipement et le bâtiment, [où] l'alphabétisation semble à son plus bas niveau ».

Dans ces secteurs, ceux qui ne savent pas correctement lire et écrire risquent plus que les autres d'être licenciés ou remplacés. Le président d'une association pour l'alphabétisation, explique que « ne pas bien savoir lire et écrire (...) signifie être privé d'un grand nombre de possibilités, tant dans le domaine privé que dans le domaine professionnel ».

La lecture et l'écriture sont en effet indispensables pour qui veut interpréter correctement des instructions écrites, gage de sécurité souvent, ou rédiger un compte-rendu. De plus, ces capacités-là signalent un niveau de disponibilités mentales utiles, contrairement à ce que semblent affirmer certains, selon lesquels ces compétences ne sont pas indispensables pour exercer à un poste ne requérant pas prioritairement de telles habiletés. C'est peut-être aller un peu vite.

Ceux qui ne savent pas correctement lire et écrire risquent plus que les autres d'être licenciés ou remplacés.

Depuis longtemps, les mathématiques sont «Le» critère absolu en matière d'intelligence alors que seuls des emplois très spécialisés ont effectivement recours à cette science à haut niveau pour leur exercice courant. Les mathématiques sont une noble matière et signalent des dispositions intéressantes. Un minimum de connaissances, surtout en arithmétique et géométrie, sont utiles, voire indispensables, dans bien des domaines. On commence cependant à s'apercevoir que l'usage correct de la lecture et de l'écriture ne sont ni plus ni moins que des aptitudes de communication. Les meilleurs dans leur discipline, y compris les « matheux », et à compétence techniques équivalentes, se distinguent du lot par leur propension à la communication.

La négligence de la lecture, de l'écriture et de l'orthographe tenterait plutôt d'occulter une incapacité à maintenir un niveau suffisant, défaillance qui sera alors masquée par un nivellement vers le bas. Des salariés pourtant de « haut niveau » font parfois démonstration de carences difficilement compréhensibles sous ce rapport. L'exercice professionnel et relationnel s'en ressentira nécessairement.

A retenir

  • La fraude et le mensonge sont courants sur les CVs.
  • Une bonne apparence est appréciée par un employeur.
  • La lecture et l'écriture sont des critères de référence.
  • Citons le cas de ce jeune et sympathique ingénieur, probablement compétent dans les axes techniques de sa spécialité, très fier de l'élaboration d'un système complexe, mais incapable d'expliquer en termes compréhensibles au profane son utilité. Manifestement, ses aptitudes lexicales laissent à désirer. Or, elles sont en étroite corrélation avec des habitudes de lecture et d'écriture, habitudes que l'on s'attendrait à rencontrer chez un personnage de ce niveau.

    VR2 ne connaît toujours pas la recette magique qui permettrait à quiconque d'exercer immédiatement l'emploi de ses rêves. Mais nous connaissons, pour les côtoyer, les gens en exercice, ainsi que les qualités et compétences que l'on attend d'eux. Moyennant un peu d'application et de sérieux, ainsi qu'une bonne dose de courage, la recherche et le maintien dans l'emploi restent des objectifs accessibles. Sur ces points, nous ne trichons pas et ce site est un vrai. C'est déjà ça.

     

    F. Huguenin - VR2

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