N°40 - La Newsletter VR2 - Documentaire

« Attendre est encore une occupation. C'est ne rien attendre qui est terrible. » – Cesare Pavese

Savez-vous attendre ?

Une jeune femme attend sur un banc dans un parc. © Picture-Factory - Fotolia.com

Attendre peut être un moment fort de l'existence.

Attendre peut sembler parfois difficile. En choisissant d'occuper ce temps ou en modifiant son point de vue, l'attente reste un temps de vie.

Attendre. Patienter. Qu'évoque pour vous ces simples mots ? Un moment agréable ? Ou, au contraire, la crispation, l'énervement, la frustration ? Ces dernières acceptions semblent les plus fréquentes. Il est vrai que, parfois, nous passons (perdons ?) beaucoup de temps alors que nous cherchons à en gagner.

La mésentente avec l'attente

« La souffrance d'une vie est faite à moitié d'attente », a écrit l'auteur Alexander Rose. Sa mention de souffrance laisse bien entendre qu'en général, attendre est péniblement vécu. D'autres auteurs viennent le confirmer. « Que de temps perdu à attendre en une vie ! », Ralph Waldo Emerson, poète américain du XIXe siècle. Un autre, Lance Morrow, va encore plus loin en parlant « [du] supplice [le] plus subtil, la conscience d'être spoliés de notre ressource la plus précieuse, le temps, de perdre irrévocablement une fraction de notre vie. ». Pas de doute, tous soutenaient probablement la version selon laquelle le temps perdu à attendre ne se rattrape jamais.

On préfère quand les choses vont vite : au guichet, surtout s'il est automatique, à la commande d'une pizza.

Moins poétique mais tout aussi réel, attendre a aussi un coût. On doit au célèbre américain Benjamin Franklin la maxime exprimée il y a plus de deux siècles : « Le temps, c'est de l'argent. » Dans le milieu du travail, c'est un adage admis sans attendre. Il est logique de conclure que si l'on augmente la production de matière ou de matériel dans un même laps de temps, il y aura de meilleurs bénéfices à la clef. Et pas seulement.

En d'autres occurrences, la satisfaction d'un client passe souvent par la réduction de son temps d'attente. Cette dernière étant supposée toujours pénible, la réduire, voire l'annuler, est un gage de sérieux et de qualité (sous réserve, cependant, quant à ce dernier aspect).

On préfère quand les choses vont vite : au téléphone, au guichet, surtout s'il est automatique, à la commande d'une pizza, à la réaction d'un ordinateur ou d'un appareil. Il n'y a bien que chez le dentiste que l'on se précipite moins. Normal, direz-vous, les clients sont précisément des patients.

En attendant (encore !), lorsqu'un « certain temps », expression devenue célèbre, s'écoule et qu'il ne se passe rien, on parle de temps mort. Comme quoi, nous avons des attentes bien fermes en matière d'attente.

Nous bénéficions cependant de circonstances atténuantes devant la cour du temps, les minutes l'attestent. Si vous suivez bien, vous notez le mélange des genres, digne d'un roman de Lewis Caroll, où un lapin passe sont temps à courir après le temps. Oui, VR2 peut faire des merveilles.

Il vous est probablement déjà arrivé de souhaiter des journées de trente-six heures pour pouvoir « tout faire ». Un rapide calcul nous informe que cela signifie tout simplement que nous aspirons tous à une vie plus longue. S'il nous est, fort heureusement, impossible de prévoir exactement le jour de notre disparition, nous n'en avons pas moins cette fâcheuse impression que le temps défile trop vite, au point de rechigner à en perdre la moindre parcelle, malheureusement non renouvelable. Voilà qui crée une certaine pression, une tension, comme un ressort de montre. Si l'on pouvait au moins s'accrocher aux aiguilles de l'horloge de notre vie pour en ralentir la course... Cette illusion n'appartient qu'au cinéma, dans une version qui ne nous rajeunit pas. Le temps toujours.

Dans certains cas, une dose d'impatience est compréhensible. Il peut s'agir d'une urgence médicale, d'un impératif de transport ou professionnel. Notez au passage que de telles situations restent légitimes tant que nous aurons raisonnablement fait notre possible pour anticiper sur notre emploi du temps. Il y a ainsi des gens toujours pressés. Est-ce par réelle obligation ou bien par défaut d'organisation ? Il est fort probable que cette dernière option soit la plus courante. Si nous en avions le temps, nous reparlerions de la procrastination.

Atteindre à l'attente

L'impatience peut avoir pour origine les composantes de notre personnalité. Ceux qui savent attendre, et cela s'apprend, sont en général plus conscients des contraintes agissant également sur les autres. Ils révèlent par-là une certaine maturité associée à une juste appréciation de leur personne. En d'autres termes, ils sont souvent moins orgueilleux et plus prompts à témoigner de la considération pour les autres. S'y ajoute peut-être une logique de prudence. Ils anticipent sur les possibles dangers de la précipitation, y compris en termes relationnels. Des faits divers étonnants font état de véritables drames nés de l'impatience et de la difficulté à se maîtriser. Apprendre à attendre est tout un art basé sur un examen de soi dans son environnement humain. Vaste programme...

Ce n'est pas tant le temps qui passe qui compte que la façon dont nous l'utilisons.

Dans certains cas, cette patience s'impose. C'est le cas de l'agriculteur qui ne peut qu'attendre patiemment le résultat de ses efforts sans aucune prise sur le cours des évènements menant à la récolte. Une telle école naturelle du temps invite à reconsidérer l'influence toute relative que nous avons sur le cours des évènements, malgré les illusions générées par la toute puissance technologique. Savoir attendre ne signifie pas traîner.

Mieux vaut peut-être s'habituer à gérer et utiliser ces phases d'attente. Ce n'est sans doute pas tant le temps qui passe qui compte que la façon dont nous l'utilisons. Voyons quelques suggestions.

Prenez toujours avec vous de quoi vous occuper l'esprit et/ou les mains. Ce peut être de la lecture ou du travail rendu possible grâce à ces fameuses technologies. Ce peut être écrire. Ou tricoter. Ou ce que vous voudrez.

Méditez. C'est très sérieux. A une époque où tout va très vite, des moments de réflexion, d'imagination, sont bénéfiques. Selon certaines sources, ils seraient même indispensables et trop souvent sacrifiés sur l'hôtel de l'utile et du concret. Dans de très grandes entreprises, il est prévu des espaces spécialement réservés à de tels moments. L'objectif n'est pas complètement désintéressé : les employés trouvent ainsi le temps de penser, de créer, d'innover. Mais nous nous éloignons peut-être de la saine intention initiale.

Gardez près de vous vos accessoires passe-temps. Cinq minutes par-ci, cinq minutes par-là, certains ont ainsi lu des ouvrages entiers en un temps record. C'est étonnant ce que l'on peut lire en quelques minutes.

Pourquoi pas chercher à lier conversation ? Dans le métro parisien, un conducteur de rame invite par microphone ses passagers à se saluer et à s'adresser quelques mots. Les effets sont spectaculaires. Les usagers quittent la rame le sourire aux lèvres et font régulièrement le détour pour remercier leur animateur improvisé.

Eventuellement, ne faites rien du tout, détendez-vous. Résistez à la pseudo-culpabilité de ne rien faire. Après tout, « vous le valez bien »... Et si vous manquez d'inspiration, visitez les autres articles du site qui parlent encore du temps et de son usage. Vous trouverez forcément quelque chose à votre goût. « Tout vient à point à qui peut attendre » (François Rabelais). Nous vous attendons...

 

F. Huguenin - VR2

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