N°40 - La Newsletter VR2 - Vie professionnelle

« Dans un monde où l'information est une arme (...) la rumeur agit comme un virus, le pire de tous car il détruit les défenses immunitaires de sa victime. » – Jacques Attali, Europe(s)

Les rumeurs

Deux femmes bavardent © Scott Griessel - Fotolia.com

« Surtout, ne le répète à personne... »

Les rumeurs naissent souvent de peu mais elles prennent vite de l'ampleur et peuvent causer des dégâts. Notre façon de les appréhender dépend de leur gravité. Parfois, il faudra employer de plus grands moyens.

Ce pays détient des armes de destruction massive. Cette personne organise chez elle des parties dites « fines » et plutôt osées. Telle femme artiste est en réalité un homme. Votre collègue de travail ne porte jamais de sous-vêtements. Vous ne travaillez jamais à 13 heures parce que vous êtes superstitieux.

Si vous avez été un tant soit peu tenté d'accorder un quelconque crédit aux premières affirmations, le doute s'installe au fur et à mesure qu'elles se rapprochent de votre cercle de vie. La dernière pourra vous paraître absurde, en connaissance de cause. Dans certains cas cependant, sous une apparence de fiabilité, des informations non vérifiées, souvent fausses, voire nuisibles, peuvent circuler rapidement. Ce sont des rumeurs.

D'où viennent les rumeurs ?

Certaines rumeurs portent seulement sur des nouvelles, des projets, des évènements, des situations vagues. Dans d'autres cas, elles visent des personnes. Elles peuvent même devenir réellement malveillantes.

Ces rumeurs peuvent causer bien du tort. Elles sont parfois vulgaires, éventuellement méchantes, rarement fondées, souvent croustillantes, occasionnellement drôles, généralement néfastes. Dans le milieu professionnel aussi, elles peuvent causer des ravages. Toute une entreprise peut faire les douloureux frais de ce que l'on nomme alors des ragots. Mais pourquoi de telles dérives ?

Il est possible que des rumeurs éclosent tout simplement parce qu'elles parlent de ce que l'on a envie d'entendre. Ajoutons à cela quelques idées reçues et un soupçon de préjugés, et les ingrédients de la parfaite rumeur sont réunis.

« En général, la rumeur se résume à un bavardage qui sert à fédérer les salariés entre eux »

Mauricio Goldstein, auteurs du livre Petits jeux de pouvoir en entreprise, comment les identifier et y mettre un terme (Editions Village Mondial), explique : « Les salariés utilisent le rouleau compresseur de la rumeur pour en retirer un avantage. Au lieu d'affronter directement une personne avec laquelle vous avez un différend, vous en parlez à un tiers et vous vous plaignez auprès de lui ou vous vous répandez en propos négatifs sur votre adversaire. »

Cette façon de biaiser lorsqu'il s'agit de s'épargner le poids de responsabilités, surtout relationnelles, n'est pas nouvelle. Sans entrer dans des considérations psychologiques, disons pour simplifier que, par réflexe ou par éducation, il est souvent beaucoup plus pratique de trouver un coupable qu'une solution. Et à moindres frais. Pour peu que quelqu'un ait le profil type du bouc émissaire, la tentation est forte de céder à cette facilité. Les résultats sont toujours pénibles (en particulier pour la victime), parfois désastreux.

Les rumeurs démarrent très vite et sont très difficiles à arrêter. Que faire ? Tout dépend du degré de gravité de la rumeur. « En général, la rumeur se résume à un bavardage qui sert à fédérer les salariés entre eux, relativise Aurore Van de Winkel, spécialiste des rumeurs, Docteur en Information et Communication, auteur de Gérer les rumeurs, ragots et autres bruits (éditions Edi.pro). Autour de la machine à café, on échange avec ses amis ou ceux dont on souhaite se rapprocher en dévalorisant l'autre. »

Différents degrés sur l'échelle des rumeurs

Dans bon nombre de cas, la rumeur est bénigne. Réagir démesurément ne ferait qu'aggraver les choses. Dans une volonté farouche de démentir absolument une rumeur, on risque de lui faire une publicité tapageuse inutile. Ne serait-il pas plus avantageux et économique de ne pas réagir du tout ? Posons-nous quelques questions. La rumeur nous fait-elle vraiment du tort ? Combien de personnes sont-elles au courant, et de quoi ? Qui nous en a parlé ? S'agit-il d'une personne digne de confiance ou bien de quelqu'un connu pour sa légèreté ? « Démentir est souvent la pire riposte, explique Aurore Van de Winkel, car personne ne s'attend à vous voir avouer une faute. Si on veut dire quelque chose, mieux vaut plaisanter de la rumeur pour démontrer sa futilité. »

« Démentir est souvent la pire riposte. »

Voilà pourquoi certains acceptent d'affronter la rumeur... au niveau qu'elle mérite. En général, c'est avec humour. On vous « accuse » de ne jamais travailler à 13 heures parce que vous êtes superstitieux ? Répondez que « c'est impossible, car être superstitieux, ça porte malheur ! » Rentrer dans des explications selon lesquelles vous devez impérativement récupérer vos enfants ou toute autre raison ne ferait qu'alimenter une discussion oiseuse de laquelle vos accusateurs attendent moins des explications que des motifs de controverse. On vous assènerait alors la sentencieuse et rédhibitoire réplique qui vous convainc d'aveu : « Tu te justifies ! »

Ne perdons pas de vue que notre comportement quotidien est le meilleur rempart contre les rumeurs désobligeantes. Une rumeur à notre encontre risque de s'user rapidement si nos habitudes relationnelles et de travail sont connues comme exemplaires, sérieuses et régulières. Une maxime ancienne déclare : « la sagesse est apparue juste de par ses œuvres », montrant que nos qualités et capacités apparaissent dans nos actes et attitudes, au-delà de simples paroles. Notre propre réaction à la rumeur témoigne de notre maturité. « Même si certains bruits ne sont pas agréables, précise Aurore Van de Winkel, ils finiront par passer si ils ne sont pas fondés. Et ils sont surtout le signe que vous êtes important ou que vous dérangez. »

Par précaution, il est prudent de ne pas donner de champ aux amateurs de rumeurs. En restant discret, en particulier sur des questions d'ordre privé, on peut raisonnablement limiter les dérives. « Parfois il n'y a pas de fumée sans feu, dit Mlle De Winkel. Si on dit que vous êtes volage, c'est peut-être à cause d'une familiarité excessive avec certaines collaboratrices. C'est peut-être l'occasion d'ajuster son comportement et certains bruits cesseront naturellement. »

Quand faut-il faire cesser les rumeurs ?

« La rumeur devient grave à partir du moment où elle a des conséquences néfastes sur la vie professionnelle ou sur la santé du salarié. Si les bruits qui courent peuvent vous discréditer sur un plan professionnel, il faut mener son enquête et tenter d'identifier les maillons de la rumeur, parce que, au bureau, certaines rumeurs peuvent être lancées ou relayées sans réfléchir et sans vraie intention de nuire. »

Si on peut reconnaître certains « maillons », il peut être extrêmement difficile d'identifier la source d'une rumeur. Ce ne sont parfois que quelques bribes de conversation qui ont été saisies au hasard et répercutées, amplifiées, déformées. Une hypothèse se transforme vite en possibilité, grandit en probabilité, s'épanouit en certitude. Même une simple plaisanterie peut être perçue au premier degré et générer un départ de rumeur.

Prudence, donc, quant à consacrer du temps à cette tâche épuisante. L'ambiance dans l'entreprise s'en ressentira et le climat pourra ressembler à ceci : tout le monde sait qu'il y a une rumeur et que quelqu'un en est à l'origine. Chacun peut l'avoir propagée mais personne ne l'avouera. Tout le monde accusera quelqu'un, mais chacun s'en défendra, puisque personne ne voudra l'assumer. C'est beau, la communication.

Certaines rumeurs peuvent constituer un véritable harcèlement, dégénérer en calomnie ou en diffamation.

Il n'y a bien que lorsque la rumeur est véritablement sordide et nuisible qu'il faut faire quelque chose, sans perdre de vue que cette rumeur peut avoir pour moteur des raisons plus obscures, liées à une insécurité ambiante, par exemple.

Rencontrez les plus hauts responsables de l'entreprise et informez-les de ce qui se passe. Il peut s'agir aussi du médecin du travail. Certaines rumeurs peuvent constituer un véritable harcèlement, dégénérer en calomnie ou en diffamation. La Loi s'oppose à ces pratiques et prévoit la protection des salariés.

Dans la majorité des cas, un employeur sérieux n'a aucun véritable intérêt à des guerres internes. Si nécessaire, demandez une enquête, qui sera probablement assez dissuasive en elle-même pour stopper les malveillants. Restez prudent quant à formuler des accusations contre des personnes, à moins de preuves formelles.

En cas de confrontation avec un accusateur pervers, retardez le moment d'avoir à vous justifier. En présence d'un responsable averti, contentez-vous de mettre en demeure votre détracteur de prouver le bien fondé de ses assertions. Si ce n'est qu'une rumeur, il ne pourra pas honnêtement en faire démonstration. S'il est retors, poussez-le à reconnaître devant témoins que c'est un menteur.

Heureusement, de tels cas restent relativement rares. Appliquons-nous à limiter la prise aux rumeurs par des comportements raisonnables et appréciés. Efforçons-nous de ne pas relayer des rumeurs. Ne devenons pas ces maillons qui construisent une chaîne visant à entraver la réputation de quelqu'un d'autre. Un bruit qui court seul finira par s'épuiser. Autant de bons conseils comme on en trouve dans les formations VR2. Nos stagiaires semblent les apprécier. C'est ce que nous nous sommes laissés dire...

 

F. Huguenin - VR2

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