N°46 - La Newsletter VR2 - Documentaire

« La télévision ouvre bien des portes, notamment celles des réfrigérateurs.  » – Jean-Loup Chiflet, Réflexions faites... et autres libres pensées.

L'influence de la télévision

Une fillette devant un écran © kmiragaya - Fotolia.com

Quantité de personnes non recommandables entrent aussi par le petit écran. Avec quels effets... ?

La télévision est une prouesse technologique quasi omniprésente. Ses effets controversés sur l'esprit et les comportements semblent bien réels. Un minimum de prudence s'impose.

Elle se trouve pratiquement dans tous les foyers, parfois en plusieurs exemplaires, et sous différentes formes. Certains pensent que c'est une fenêtre ouverte sur le monde. D'autres, que c'est la porte ouverte à toutes les intrusions. C'est la télévision.

Cette technologie est remarquable, surtout aujourd'hui, au XXIe siècle. Comme souvent, ce n'est pas tant la conception d'un outil qui pose parfois problème, mais bien son utilisation.

La télévision, un outil à double tranchant.

L'essentiel

  • La télévision est une invention technologique remarquable.
  • Elle peut être utilisée à des fins constructives, documentaires ou distrayantes.
  • Une majorité de programmes, cependant, misent plutôt sur les attraits de la violence et de l'érotisme, sous une appellation générique d'action.
  • Nier les effets potentiellement pervers du petit écran risque de nous y exposer encore plus.
  • Par exemple, la télévision nous permet de voyager là où nous n'irons peut-être jamais, de voir ce qui est hors de notre portée, de mettre un visage sur des noms. Ce peut être un excellent moyen d'enseignement, de découverte, d'information, de culture, de divertissement, etc. Et au moment de la rédaction de cet article, elle permet, depuis son fauteuil, de suivre le Tour de France en direct ! Les français passent ainsi environ 3 heures par jour devant le petit écran.

    On peut donc y voir des programmes forts intéressants. On peut aussi y trouver des images beaucoup plus discutables et aux effets surprenants, voire pervers.

    Une étude réalisée aux États-Unis révèle que pratiquement deux films sur trois contiennent des scènes de violence, à raison de six par heure en moyenne. Ainsi, parvenu à l'âge adulte, un téléspectateur aura été témoin de milliers d'agressions, d'actes violents, de vols, de viols, de meurtres. Mentionnons aussi les scènes à caractère sexuel, à tendance pornographique, même si les réalisateurs savent louvoyer entre les réglementations à ce propos. Deux tiers des programmes en parlent, plus d'un tiers le montrent. Et les limites de la censure sont repoussées toujours plus loin.

    « La télévision est faite pour ceux qui, n'ayant rien à dire, tiennent absolument à le faire savoir. » – Pierre Dac

    Nombre d'études amènent à penser qu'un lien existe entre criminalité, comportement à risque et télévision. Certains ont admis que leur conduite violente avait été fortement influencée par ce qu'ils avaient « vu à la télé ». Bien entendu, d'autres facteurs sont à prendre en compte : l'environnement, l'éducation, ainsi que d'autres médias et équipements.

    VR2 ne cherche pas à s'imposer en termes de morale, concept par ailleurs très flou aujourd'hui, mais s'intéresse aux effets probables ou avérés des programmes télévisuels sur le téléspectateur. A ce stade de l'article, des lecteurs réagissent probablement en prétendant qu'il est exagéré de parler d'influence, bonne ou mauvaise, quand on est bien éduqué, mature et en possession de ses facultés; que l'on peut gérer la chose en « décodant ses messages afin d'éviter leur influence. » Pour de nombreux spécialistes, cette version est elle-même une illusion...

    Une illusion qui peut faire écran

    Les publicitaires, pour ne parler que d'eux, ne gaspilleraient pas des sommes énormes pour afficher leurs produits sur le petit écran, s'ils n'étaient convaincus du pouvoir de l'audio-visuel, y compris sur ceux qui se prétendent immunisés contre cette influence.

    Pour exemple, en 2004, Coca-Cola a dépensé 2,2 milliards de dollars pour vanter ses produits dans le monde entier par la presse, la radio et la télévision. Avec quel résultat ? Les bénéfices de l'entreprise pour cette année-là ont avoisiné 22 milliards de dollars. Les publicitaires connaissent l'effet cumulatif de la publicité, son efficacité dans le temps. Et ces publicités ne durent que quelques secondes.

    A cela, il y a d'abord des explications neurobiologiques. En effet, l'écran réduit la capacité attentionnelle à sa plus simple expression, état de suggestibilité maximale. On appelle cela l'attention flottante, condition encéphalographique proche d'un des rythmes du sommeil. En d'autres termes, on ne pense pratiquement plus, tout en restant perméable au ressenti émotionnel. L'instant est propice à susciter des envies, des désirs, des pseudo-besoins qui ne se heurteront pas à la barrière de la critique.

    Autre aspect, certains avancent que, passé la quarantaine, chaque heure devant le petit écran augmente considérablement nos « chances » de développer une dégénérescence cognitive grave... Les détracteurs de la télévision lui oppose en cela « l'arme absolue » : la lecture.

    Jouant sur le mélange de la recherche légitime de nouveauté et d'agrément, la télévision crée l'illusion d'une expérience qui n'a pas lieu mais qui suggère les émotions correspondantes. Tant qu'il s'agit de programmes « édifiants », pas d'inquiétude. Mais ce n'est pas la majorité des émissions ! Et on a beau le savoir, la tentation est forte. Il est vrai que, entre un documentaire Arte sur les champs d'épandage mérovingiens et un film mêlant action, sexe et violence, l'hésitation est réduite.

    « Il est indéniable qu'il existe un lien entre (...) la violence télévisée et (...) l'augmentation des comportements agressifs. »

    Le film est en effet facile à suivre, l'interprétation supporte la médiocrité, il suscite des émotions assez fortes, jugées fréquemment plaisantes, car souvent violentes et saupoudrées d'érotisme. Même en matière d'information, le criminel et le désastreux sont exhibés et prévalent sur le banal.

    La télévision joue sur l'attente légitime de la nouveauté mais les thèmes diffusés sont assez récurrents (action, violence, spectacle, érotisme). Du coup, les producteurs n'ont d'autres ressources que d'aller toujours plus loin dans ces représentations. Rappelons qu'ils cherchent avant tout à susciter des émotions, peu importe si le « sens » des films et émissions est redondant.

    De tout ce qui précède, il y a des détracteurs qui tentent d'alerter l'opinion, les politiques, les parents. Ont-ils tort ? Ont-ils raison ?

    Des conclusions sont contradictoires. Par exemple, un psychologue canadien écrit : « Les faits scientifiques ne montrent absolument pas que la violence à la télévision produit la violence chez les individus ou les y désensibilise. » Pourtant, la Commission pour les médias et la société, formée par l'Association américaine de psychologie, déclare quant à elle : « Il est indéniable qu'il existe un lien entre l'exposition accrue à la violence télévisée et l'acceptation grandissante des mentalités agressives ou l'augmentation des comportements agressifs. »

    Les versions pour une influence souvent négative de la télévision sont de plus en plus fréquentes, surtout lorsqu'il faut parler des enfants.

    Télévision : grandir ou mentir, faut-il choisir ?

    « Derrière le plus banal des divertissements, constate l'auteur de Histoire internationale de la télévision (angl.), le média agit comme un professeur sournois. » Le livre L'histoire de la télévision en images (angl.) déclare quant à lui : « La télévision est en train de modifier notre façon de penser. » Mais de quelle façon... ?

    Par le petit écran (ou le grand...), nous rencontrons, voire fréquentons, toutes sortes de gens. « Avec l'invention de la télévision, vous vous divertissez dans votre salon en compagnie de gens que vous ne recevriez pas chez vous. », écrit David Frost, écrivain, journaliste et... présentateur de télévision britannique.

    Si la polémique perdure, « Au vu des données réunies au fil d'études menées sur des décennies, la communauté scientifique et les organismes de santé publique ont conclu dans leur très grande majorité que le spectacle de la violence constitue un réel danger pour les enfants. », d'après la Fondation Henry Kaiser pour la famille. Cela les conduiraient à une désensibilisation à la souffrance d'autrui et à des défauts d'empathie, qualité indispensable pour des relations sociales saines.

    « Avec (...) la télévision, vous vous divertissez dans votre salon en compagnie de gens que vous ne recevriez pas chez vous. »

    L'Institut américain des médias et de la famille rapporte les propos de l'Académie américaine de pédiatrie selon laquelle il ne faudrait « pas que les enfants de deux ans et moins regardent la télévision. Étant dans une période de développement cérébral formidable, ces enfants ont besoin de jeux actifs et de contacts avec des personnes réelles; cela stimule leur croissance et leurs aptitudes physiques et sociales. »

    Même si la télévision n'est pas la seule en cause, il ressort d'un article publié dans la revue Pediatrics que « De plus en plus de faits montrent que l'exposition d'un jeune à des scènes télévisées à caractère sexuel façonne son comportement sexuel et son point de vue sur la sexualité . » Selon une étude, les adolescentes exposées à ce genre de contenus « risquent deux fois plus de tomber enceintes » que celles qui en consomment peu. Pour quelle raison ? La télévision ne donne qu'une version illusoire de la réalité et n'en présente que les attraits en omettant souvent les risques y afférents.

    Plus grave encore, dans les tribunaux d'Afrique du Sud, pratiquement tous les jours, plus de quatre-vingts enfants sont reconnus coupables « de viol ou d'atteinte à la pudeur sur d'autres enfants ». Un nombre important de ces accusés affirment que leur conduite « était inspirée d'actes vus à la télévision ». - The star, Afrique du sud.

    Arrêtons ici la liste encore longue des travers imputés à la télévision. Que l'on soit pour ou contre, difficile de nier ses effets sur les téléspectateurs. A chacun d'estimer son degré d'exposition et d'en assumer les conséquences, sans oublier que parmi ces conséquences, il y a des « dommages collatéraux » possibles. Et pour se faire une idée de ces dommages, il n'y a qu'à regarder la télé...

     

    F. Huguenin - VR2

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