N°45 - La Newsletter VR2 - Documentaire

« Le chauffeur est, de loin, la partie la plus dangereuse de l'automobile. » – Léo Campion.

« Neuro-tomobile... »

Une femme au volant baille © Bernd Leitner - Fotolia.com

Mieux vaut dormir suffisamment que prendre le risque de somnoler au volant.

Le manque de vigilance et la somnolence au volant causent de terribles dégâts. Quelques précautions et un usage raisonné de la technologie peuvent réduire les risques.

Avant 1972, on dénombrait plus de 16 000 morts sur les routes de France... En 2012, ce chiffre dramatique tombe à 3 645. La limitation de vitesse reste un paramètre majeur pour expliquer cette différence.

D'où les récentes suggestions de diminuer encore la vitesse réglementaire sur autoroute, sur route et en ville. Cela ne plaît pas à tout le monde mais l'efficacité de ces mesures semble avérée. Il y a cependant d'autres composantes à prendre en compte pour diminuer les risques d'accident. Certaines sont parfois surprenantes.

La vigilance au volant

L'essentiel

  • La vigilance au volant est fondamentale en termes de sécurité. La somnolence gagne pourtant de nombreux automobilistes.
  • Une bonne hygiène de vie, en particulier quant au sommeil, est vitale pour de bonnes conditions de conduite.
  • Le sommeil est irremplaçable.
  • On peut encore tenir compte des biorythmes et limiter l'usage de la technologie non indispensable.
  • Très souvent mentionné, le manque de vigilance au volant. Entre autres facteurs favorisant ce défaut, la routine. En effet, sur un trajet très bien connu, comme celui reliant domicile et lieu de travail, le conducteur tend à prêter de moins en moins d'attention à la route. Or, notre cerveau, par souci d'économie, va mettre successivement « en veilleuse » les zones cérébrales les moins sollicitées.

    Parmi elles, celles gérant la pensée consciente. On en vient à conduire sans y penser, tel un pilote automatique. Des zones cérébrales disponibles pour penser peuvent se voire affectées à d'autres fonctions que l'attention vers la route.

    On peut trouver cela d'abord bien pratique mais la perception d'imprévus et de dangers potentiels est retardée. Les réactions du conducteur sont différées, alors qu'il faudrait être au contraire très réactif.

    Oui, mais voilà, la concentration a un coût. Le cerveau, pour rester dans cet état d'extrême vigilance, consomme une énergie considérable. Rappelons au passage que cet organe pourtant relativement petit (poids moyen : 1,3 kg) réclame à lui tout seul près de 25 % du sang, de l'oxygène et du glucose véhiculés dans le corps. Et l'effort de concentration le fatigue assez vite. Ainsi, il est difficile de rester plus d'une quarantaine de minutes véritablement concentré, en l'occurrence, sur la route. En principe, au terme de ce délai, une phase de repos serait la bienvenue. C'est sinon la somnolence au volant.

    « L'accident typique : une personne qui roule seule et relativement vite, la nuit ou à l'heure de la sieste ».

    Bâillements, raideur de la nuque, picotements et fermeture des yeux, ce sont les symptômes courants de la somnolence au volant. On en sous-estime souvent la dangerosité. Pourtant, elle serait à l'origine de 25 % des morts sur la route, et des près de 90 000 accidents où les conducteurs parlent de « moment d'absence ».

    Une étude citée dans le Medical Journal of Australia (MJA) explique que « l'accident typique dû à l'assoupissement implique une personne qui roule seule et relativement vite, la nuit ou à l'heure de la sieste. Comme ceux qui sont liés à d'autres causes, les accidents de voiture dus à l'assoupissement touchent plus particulièrement les hommes de moins de 30 ans. »

    Le sommeil, élément clef de la sécurité

    Il est par ailleurs probable que les personnes exposées à ces dangers soient en manque de sommeil. Ce peut être dû à une hygiène de vie discutable ou encore à des troubles tels que les apnées obstructives du sommeil (AOS) et qui toucheraient environ 25 % des hommes entre deux âges. Le drame est que l'on ne peut pas se rendre compte que l'on s'endort au volant. Mieux vaut donc réagir avant.

    Les chercheurs recommandent au moins huit heures de sommeil par nuit, bien plus que ce que prétendent certains. Ces conducteurs ont également tendance à rouler plus vite que les autres, facteur aggravant. Pire, l'alcool est fréquemment cité dans les cas dramatiques.

    Il faut aussi tenir compte de nos rythmes biologiques naturels. Ainsi, selon le professeur Jim Horne, directeur du Centre de recherches sur le sommeil à l'université de Loughborough, en Angleterre, « Nous sommes conçus pour avoir deux phases de sommeil : une la nuit et une l'après-midi, entre 14 et 16 heures. » Cette deuxième phase induit une baisse de régime systématique et, contrairement à des idées reçues, indépendante du repas. Evidemment, si vous avez repris trois fois du cassoulet, ça n'arrange rien... Voila pourquoi nous avons parfois un « coup de barre » en début d'après-midi, quelles que soient nos activités. Peut-être de quoi déculpabiliser au travail...

    Si on se trouve donc à conduire pendant cette période, le risque de somnolence est élevé. Que faire ? Là encore, le plus efficace est une pause ou une sieste, ce à quoi nous consentons rarement. Le Sunday Times de Londres déclare : « La prochaine fois que vous baillerez, que vous aurez les paupières lourdes ou que vous aurez une baisse de concentration en conduisant, souvenez-vous qu'il s'agit d'un signal d'alarme qu'il peut être fatal d'ignorer ».

    « La meilleure chose à faire, c'est encore d'arrêter son véhicule, de couper le moteur et de se reposer un peu ».

    Il est par ailleurs inutile de mettre la musique à fond ou de rouler fenêtre ouverte. Il n'y a en réalité qu'une seule chose valable à faire : dormir

    Autre suggestion, à gérer avec précaution toutefois, le chewing-gum. Selon un journal japonais, Asahi Evening News, la somnolence pourrait être contenue en mâchant du chewing-gum. Ce serait plus efficace que de boire du café. Des tests révèlent que mâcher du chewing-gum ramène le rythme des ondes électriques cérébrales de conducteurs somnolents à 50 % de la normale. Dix minutes plus tard ce rythme ne retombe qu'à 25 % au-dessus de celui de l'assoupissement. Pour comparaison, le café ne ramène ces ondes cérébrales qu'à 40 % de la normale. Les mêmes chercheurs reconnaissent toutefois que « la meilleure chose à faire pour éviter de s'endormir au volant, c'est encore d'arrêter son véhicule, de couper le moteur et de se reposer un peu. »

    Paradoxalement, la technologie censée améliorer notre existence, y compris au volant, pêche sous d'autres aspects.

    En France, en 2013, le professeur André Dufour a piloté une étude dont le site lci.tf1.fr rapporte les conclusions en particulier à propos de l'usage d'un régulateur de vitesse. Entre autres choses, « la capacité de réaction, notamment en situation d'urgence, est également sensiblement amoindrie ». Le temps de réaction est allongé d'une seconde en moyenne (soit 40 mètres, à 130 km/h).

    Egalement, avec un régulateur de vitesse, « la fréquence des épisodes de somnolence augmente de 25% à partir d'une heure de conduite ». D'où le conseil de n'utiliser cet accessoire que sur autoroute, et encore, sur des distances limitées à quelques dizaines de kilomètres. Il faut aussi augmenter le nombre de pauses, souvent négligées, pour garder un niveau de vigilance correct. Les routes et trafic français semblent relativement peu adaptés à cette invention américaine, plus compatible avec les très longues routes au trafic modéré.

    Dormir ou conduire, il faut donc choisir. L'automobile est d'un usage tellement répandu que nous avons tendance à perdre de vue que l'humain qui la conduit n'est pas, lui, une machine. Même si la phrase dépasse le seul aspect fonctionnel, Nicolas Hulot, dans la revue Ma planète (Juin/Juillet 1998) écrit : « La société accepte des automobiles des risques qu'elle ne tolère avec aucune arme ».

    Avant de prendre le volant, mieux vaut être en bonne condition, en particulier sur le plan du sommeil. En faisant de beaux rêves avant le départ, on évitera sans doute que le trajet se transforme en cauchemar.

     

    F. Huguenin - VR2

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