N°45 - La Newsletter VR2 - Documentaire

« Aujourd'hui, c'est la voiture qui symbolise la virilité. La conduite automobile 'virile' fait des milliers de morts chaque année. » – Michel Tournier, dans Libération, 25 décembre 1999.

Automobile et (mauvais) caractère

Un automobiliste en colère © Ints - Fotolia.com

L'agressivité au volant est un fléau de la route.

L'automobile reste un engin dangereux et pas seulement par erreur de conduite. La mentalité des conducteurs est un facteur déterminant.

On entend souvent dire que les femmes sont meilleures conductrices que les hommes. Du moins, elles auraient moins d'accidents, précisent ces derniers.

The Motorist, organe de l'Automobile club d'Afrique du Sud, rapporte que les hommes sont impliqués dans plus de 83 % des accidents de la route survenus en un an dans ce pays.

En 2012, à Paris, 3 accidents sur 4, c'est-à-dire près de 75 %, ont été provoqués par des hommes. La tendance se vérifie dans d'autres pays encore.

A tel point que les assureurs aménagent parfois leurs tarifs en faveurs des femmes. Mais quels sont les raisons de cette différence ? « Cette confiance dans les talents de conductrices des femmes, explique The Motorist, parce que l'on pense que les femmes sont moins agressives derrière un volant, moins enclines à prendre des risques et moins susceptibles d'enfreindre le code de la route ». Elles seraient plus conscientes du danger, moins portées sur la vitesse, plus prudentes et géreraient mieux la fatigue.

Bien conduire : une question de bonne conduite

L'essentiel

  • La conduite automobile correcte réclame d'autres choses que les seules compétences routières.
  • La mentalité du conducteur est déterminante quant à gérer les risques de mauvaise conduite.
  • L'agressivité au volant est un fléau qui cause des dommages graves.
  • Mieux vaut prendre sur soi et céder que de s'exposer à des complications parfois dramatiques.
  • Il ressort de ces comparaisons que la sécurité au volant est moins une affaire de compétences que de mentalité. Les hommes sont peut-être (pas tous...) de bons pilotes mais de piètres conducteurs, cette dernière expression emportant l'idée d'attitude envers les autres et la réglementation. Bien conduire est une question d'état d'esprit. Une question de bonne conduite.

    Quelles sont quelques-unes des qualités favorisant la sécurité au volant ? La police japonaise insiste sur la considération envers autrui, la réflexion, la faculté d'appréhender une situation dans sa globalité, un jugement sûr, une dose de douceur, une maîtrise de soi avérée et le souci de la sécurité des autres. Autant de choses qui ne s'apprennent pas seulement dans une auto-école mais dans la vie de tous les jours.

    Pour ces spécialistes japonais, le conducteur idéal possède une grande stabilité psychologique, son processus mental débouche sur un jugement perspicace qui prend le pas sur la réaction physique, il maîtrise ses émotions. On entend déjà des lecteurs (des lectrices) dirent que le conducteur idéal... est une femme !

    Le rapport entre le caractère et la sécurité dépasse les seuls dangers routiers. De plus en plus fréquemment il est fait mention de violence entre automobilistes, souvent pour des vétilles. Coup de klaxon mal interprété, lutte pour une place de stationnement, queue de poisson, regard ou geste jugé insultant. Parler de simples incivilités serait un euphémisme. Il y a des blessés, il y a des morts. Des faits divers dramatiques le confirment aussi en France.

    « Ne prenez pas les automobilistes agressifs à la légère ».

    Ce n'est d'ailleurs plus seulement l'automobile qui est concernée. Cette approche caractérologique des conducteurs ne semble être qu'un prolongement d'attitudes couramment répandues dans la vie de tous les jours. Il y a altercation à la caisse ou dans une file d'attente. Mais l'automobile concentre ces travers. Celui qui conduit éprouve un sentiment de puissance et d'indépendance souvent proportionnel au capacités du véhicule, lui-même choisi en fonction des besoins psycho-compensatoires du conducteur. Un régal pour les psychanalystes, un cauchemar pour les usagers.

    Les causes des incivilités ou des actes grossiers, voire violents, au volant sont multiples. Augmentation du trafic, stress généralisé, usage d'alcool ou de stupéfiants, égocentrisme exacerbé. The Times rapporte les propos de spécialistes : « les individus coupables d'un acte de violence ou d'intimidation se croient presque toujours les victimes de l'incivilité des autres ». Maurice Druon, écrivain et homme politique français, écrit : « Il en est des défauts comme des phares des automobiles : seuls ceux des autres nous aveuglent ».

    Dans la mesure où maintenant le danger routier incorpore les réactions de l'automobiliste, la prudence incite à prendre aussi des précautions d'ordre comportemental.

    Au Canada, le commissaire de police Ken Cocke commente: « Les automobilistes ont oublié toutes les règles et sont toujours pressés. On s'imagine qu'on doit être plus agressif; chacun force le passage et personne n'attend dans sa file ».

    Le livre Permis de tuer (angl.) déclare: « Le volant d'une (...) voiture est propice au déchaînement des plus hideuses émotions humaines: haine, impatience, manque de considération, égoïsme, pour n'en citer que quelques-unes. (...) Tout se passe comme si, une fois installé au volant, le conducteur se croyait invincible, et se sentait autorisé à donner libre cours à une colère ou à des sentiments de frustration refoulés, sans crainte des conséquences ».

    Aussi, « ne prenez pas les automobilistes agressifs à la légère », conseille un ancien pilote de course dans la revue Fleet Maintenance & Safety Report. Que faire ?

    Comment réagir à l'agressivité au volant ?

    Résistez à la tentation de faire valoir votre bon droit, même si vous êtes un conducteur exemplaire, c'est-à-dire comme nous tous... Vous serez nécessairement témoin d'incivilités, d'entorses au code de la route. Vous ne pourrez pas refaire l'éducation routière des contrevenants. En revanche, vous n'être pas obligé de les suivre dans leur jeu. Faudra-t-il céder le passage alors qu'il vous revient de passer ? vous arrêter sans obligation de le faire ? vous écarter et libérer l'accès pour un « petit malin » ? Si cela favorise la sécurité et la paix, la réponse est oui. L'orgueil en prendra un coup mais mieux vaut cela que votre tête ou celle de vos passagers, de vos enfants...

    Anticipez, restez courtois, même si cela ne semble inspirer aucune reconnaissance, voire, du mépris. Le meilleur conducteur, et, disons-le, le plus intelligent, est celui qui n'entre pas dans un ridicule duel de pouvoir. Il évite ainsi de déclencher des réactions oiseuses, violentes, dangereuses. Conseil d'un spécialiste : « Sur la route, ne répondez jamais aux manifestations d'agressivité ». Mais il faudrait n'avoir jamais tenu un volant pour dire que c'est facile...

    On veut vous dépasser ? Facilitez la manœuvre, si possible. On vous « colle » de trop près, avec appels de phares en prime ? Efforcez-vous de permettre dès que possible le dépassement, sans vous placer vous-mêmes en infraction. Vous avez fait une erreur ? Manifestez votre regret. Faites tout ce que vous pouvez pour éviter un conflit. Ne provoquez pas, ne répondez pas aux provocations. Ne vous arrêtez pas pour vous « expliquer » avec un autre automobiliste.

    « Si l'on ne peut pas éviter la sottise (...) des autres, au moins peut-on régler sa propre conduite ».

    « Mais alors, il s'agit perpétuellement de ramper devant des malotrus et des voyous qui roulent n'importe comment ?! » Pourquoi pas, si cela vous évite l'accident ou l'agression ? Une mauvaise réaction peut vous coûter la vie, disent les spécialistes. Voici leurs recommandations, lues dans l'édition sud-africaine de Reader's Digest: « Restez calme, bannissez tout esprit de compétition. Concentrez-vous sur la route, et évitez tout contact visuel avec l'individu en question ».

    L'agresseur potentiel ne cherche qu'à provoquer. Ne lui faites pas le plaisir de lui donner ce qu'il veut. Dans le même esprit, « Ne rendez pas aux autres la monnaie de leur pièce, dit la revue Focus. N'ayez pas dans votre voiture d'objet susceptible d'être utilisé comme arme ». Assurez-vous d'être suffisamment en forme pour conduire. Pas seulement pour éviter des erreurs de conduite mais encore pour limiter le stress qui entraîne de mauvaises réactions aux conséquences dramatiques.

    Si vos passagers vous incitent dans un sens ou dans l'autre, privilégiez l'apaisement. Il n'y a aucune honte à se maîtriser pour assurer la sécurité de tous. On ne perd pas la face en étant plus fort que l'insulte ou l'agression. Ne confondez pas orgueil et honneur. « De la façon dont vous réagirez vis-à-vis du prochain conducteur agressif dépendra peut-être votre sécurité, si ce n'est votre vie », conclut le Reader's Digest. Le journal français Le Monde ajoute  « Un état d'esprit répandu et entretenu nous fait prendre (...) le volant pour un symbole de puissance (...). Si l'on ne peut pas éviter la sottise (...) des autres, au moins peut-on régler sa propre conduite ».

    Un homme qui conduit depuis une trentaine d'années estime que « la conduite est une question de personnalité. La façon de conduire de quelqu'un reflète sa façon de se conduire envers autrui dans la vie courante ».

    Que révèle notre façon de conduire ? Retrouvez-vous dans vos relations avec vos collègues ou collaborateurs des travers perceptibles au volant ? Dans ce cas, notre « conduite » avec eux est-elle sans risque ?

    Quelle que soit la réponse, restez conscient des dangers insidieux du volant. Prendre et garder des habitudes de bonne conduite nous aidera, en tout contexte, même critique, à ne pas perdre les pédales.

     

    F. Huguenin - VR2

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