N°42 - La Newsletter VR2 - Vie professionnelle

« Les seuls tatouages réellement indélébiles sont ceux que l'amour grave dans nos coeurs. » – Romain Guillaumes, Le bûcher des illusions.

Tatouages et travail

Une jeune femme au bureau porte un tatouage sur le bras © Peter Atkins - Fotolia.com

Le difficile équilibre entre liberté et responsabilité.

Porter un tatouage est une liberté qui peut avoir un prix. Dans le monde du travail, il y a des considérations, légales et privées, à prendre en compte.

Le tatouage est à la mode. Plus ou moins selon le contexte. En France, une personne sur dix déclare être tatouée, une moyenne toute relative, car dans la population des 25 à 34 ans, cette proportion est doublée (deux sur dix).

La tendance est nettement marquée chez les vedettes du sport, de la musique, les mannequins et certaines vedettes du cinéma. Les ouvriers sont plus tatoués que la moyenne (19 %) et les cadres, moins (7 %).

On se fait tatouer un peu n'importe quoi et surtout un peu n'importe où. Pendant un temps cantonné aux bras et aux parties les plus visibles du corps, le tatouage se répand jusque dans des zones beaucoup moins « publiques », ce qui pose la question de sa véritable vocation.

Certains jeunes gens en particulier prétendent au romantisme du geste. « Mon frère s'est fait tatouer sur la cheville le nom d'une fille avec qui il sortait. ». On comprend vite le problème qui se pose en cas de rupture, phénomène endémique. D'après une revue, « les médecins estiment que plus de 30 % des détatouages sont pratiqués sur des adolescentes qui veulent effacer le nom d'un ex-petit copain ».

Pour d'autres encore, le tatouage est un art. Il faut dire que certains modèles sont remarquables de complexité et d'expression, réclamant des compétences avérées de la part du tatoueur. Pour aller un peu plus loin, cet art serait un moyen de revendication d'indépendance et d'expression d'individualité, voire de marginalité. Avec les avantages et inconvénients y afférents.

Ce n'est pas nouveau. Déjà, dans l'antiquité, cette pratique était relativement courante. En témoignent des momies retrouvées en Egypte, en Lybie ou en Amérique du sud. Leur usage semble alors résolument religieux.

Les tatouages sont-ils sans danger ?

L'essentiel

  • Le tatouage est une mode assez répandue, en particulier chez les plus jeunes.
  • Il subsiste des risques sanitaires en cas de tatouage.
  • Si, dans la vie privée, la perception du tatouage tend vers la tolérance, le contexte du travail reste un milieu plus strict quant à sa signification possible en matière d'intégration professionnelle.
  • Robert Tomsick, docteur américain maître de conférences de dermatologie, explique : « Vous vous transpercez la peau et y introduisez des matières colorées. Bien que l'aiguille n'aille pas en profondeur, chaque fois que vous le faites, vous risquez de contracter une infection bactérienne ou virale. Je pense [que se faire tatouer] est généralement risqué. Une fois le pigment à l'intérieur, même s'il n'y a pas d'infection, il y a toujours le risque d'allergies de contact, de dermatites et de réactions allergiques qui peuvent provoquer des rougeurs, des gonflements, des croûtes et des démangeaisons ».

    L'argument peut paraître insuffisant surtout si vous avez affaire à un professionnel sérieux et compétent. Pourtant, les résultats, surestimés selon certains, d'une étude américaine (Haley R.W., Fischer R.P., publiée dans Medicine, 2001) avancent que le tatouage serait à l'origine de 41 % des infections par le virus de l'hépatite C (VHC) aux Etats-Unis, précédant en fréquence l'usage de drogues injectables. Le tatouage arrive ainsi en première ligne parmi les risques d'infections à VHC, ce qui n'était pas le cas dans un certain nombre d'études antérieures dans lesquelles la notion de tatouage n'avait pas été recherchée (...) comme ici. Prudence, donc.

    Tatouage et vie professionnelle

    Une femme s'est fait tatouer alors qu'elle avait 16 ans. À présent, elle en a 21 et elle est employée de bureau. « Je suis gênée par la façon dont mes collègues regardent mon tatouage » admet-elle. Qu'en pensez-vous ? A-t-elle tort ou raison ?

    En principe, le Code du travail interdit toute discrimination liée à l'apparence physique d'un candidat à l'emploi ou d'un salarié déjà en poste (art. L.1132.1). Le tatouage entre dans cette catégorie. Dans les faits, les choses ne sont pas aussi simples, ne serait-ce que parce qu'il y a tatouage et tatouage.

    « Quand on cherche du travail ou une évolution de carrière, il faut faire attention à son image ».

    Certaines entreprises exigent « une présentation soignée », un argument qui peut paraître discriminatoire ou vexant si un tatouage semble faire obstacle à cette conclusion. La loi, quant à elle, reste assez floue à ce propos et la jurisprudence, maigre.

    Sur le site de Cadremploi, Clémentine Monperrus rappelle que les demandes de détatouages aux Etats-Unis ont augmenté de 32 %. Pour quelle raison ? Pour faciliter l'accès à l'emploi.

    Car, si la loi protège contre la discrimination, l'employeur peut très bien, quant à lui, revendiquer ses propres attentes en termes de tenue et apparence, cette dernière ne devant pas porter atteinte à l'entreprise ou à la sécurité. Cette attente doit se montrer « proportionnée », en fonction du poste et du secteur d'activité du salarié (art. L. 1121-1 du Code du travail).

    Par exemple, « il est accepté qu'un employeur puisse demander à son salarié de cacher un tattoo trop voyant ou à connotation trop forte. A condition, bien sûr que cette restriction à la liberté du salarié soit justifiée et proportionnée dans le cadre de ses fonctions », confirme Yves Nicol, avocat en droit social et auteur du blog avocattalk.fr.

    En cas de litige, l'employeur pourra être amené à justifier son exigence, qui sera peut-être retenue. Question d'équilibre. Yves Nicol ajoute : « il faudrait vraiment des circonstances très particulières pour qu'un licenciement notifié en raison d'un tatouage interdit dans l'entreprise, soit considéré comme fondé : tatouage imposant, très visible et impossible à cacher, au contenu choquant ou agressif, incompatible avec une fonction de contact direct avec une clientèle luxueuse, etc. ». Encore faut-il maintenant définir ce qui est choquant ou non.

    Des entreprises sont plus prudentes à ce propos. Air France, par exemple, outre une tenue soignée, signale que « le manuel des règles du port de l'uniforme n'autorise pas les tatouages ou piercings visibles pour le personnel naviguant ».

    D'où la suggestion de Charlotte Rosier, consultante en image, consistant à « éviter de tatouer les parties du corps trop exposées : mains, cou, visage (...) Quand on cherche du travail ou une évolution de carrière, il faut faire attention à son image. 60 % de la première impression vient de l'apparence. Il ne s'agit pas d'entrer à tout prix dans un moule, mais il ne faudrait surtout pas devenir prisonnier de sa propre image ».

    Dans la même veine, la revue American Demographics déclare : « Il est clair que, pour la plupart des Américains, marquer son corps de façon visible est risqué ; 85 % [des jeunes] sont d'accord avec cette déclaration : 'Les gens qui portent des tatouages voyants [...] devraient prendre conscience que cette forme d'expression de soi est susceptible de créer des obstacles à leur carrière ou à leurs relations avec les autres' ».

    Il semble que, si le tatouage est plutôt bien toléré dans un contexte privé, la question de sa pertinence se pose toujours dans le cadre professionnel. L'historique du tatouage y est peut-être pour quelque chose.

    Dans la revue Cerveau & Psycho, Bernard Andrieu explique :« En Occident, le tatouage apparaît d'abord en marge de la société, dès le XVIIIe siècle, chez les matelots, les soldats et les bagnards qui ont été les premiers en contact avec ceux qu'on appelait alors les 'primitifs' ».

    Des employeurs hésitent à embaucher des personnes tatouées, à cause des composantes sociales et relationnelles négatives que cela sous-entend.

    Sur le site de tattoo-tatouages.com on peut lire : « [le tatouage] reste aujourd'hui encore pour une frange plus âgée de la population un signe auto-destructeur de rébellion et de mise en marge de la société, reliant la pratique à la drogue, la délinquance et autres préjugés à la vie dure ».

    Cependant, selon le même site, cette appréhension tend vers la modération de par la seule (prétendue) vocation du tatouage : accéder à sa personnalité propre, et non plus seulement se marginaliser ou se signaler comme membre d'une bande, d'un groupe, d'une catégorie (« bikers, blousons noirs, marins, taulard et autres skinheads », sic). Le tatouage serait une simple mode comme une autre.

    Ce pourrait être simple. C'est sans compter les avis de spécialistes de la santé et de la société.

    Selon Theodore Dalrymple, spécialiste britannique de l'hygiène mentale, pour de nombreuses personnes, et peut-être pas seulement les plus âgées, les tatouages « sont souvent le signe visible qu'un individu [...] appartient à une subculture violente, brutale, antisociale et criminelle ».

    Dans son livre Signes d'identité, le sociologue David le Breton, professeur à l'Université de Strasbourg, explique que le tatouage (comme le piercing) aurait encore d'autres significations : celui qui se tatoue ou porte un piercing n'accepterait pas son corps tel qu'il est, ce qui révèle des troubles narcissiques à tendance auto-érotique. Il y a des tatoués qui vont être contents...

    Nicolas Guéguen, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l'Université de Bretagne-Sud, relate (Cerveau & Psycho, n° 46) les résultats d'une enquête de John Seiter et Sarah Hatch de l'Université d'État de l'Utah à Logan et qui « ont montré que le niveau de compétence, de sociabilité et d'extraversion de porteurs de tatouages était inférieur à celui attribué aux mêmes personnes ne portant pas de tatouage. (...) en se tatouant, il s'agit pour les personnes d'affirmer une volonté de transgresser les normes de l'apparence, d'exprimer un désir d'individualité [;] il est normal que les porteurs de tatouages soient perçus comme moins sociables ou plus introvertis ».

    Ceci renforce le constat d'une autre étude (Phillip Bekhor, Hôpital de Parkville, Australie), selon laquelle les employeurs hésitent à embaucher des personnes tatouées, à cause des composantes sociales et relationnelles négatives que cela sous-entend. Mis à part dans le bâtiment, le tatouage n'aurait pas bonne presse auprès des recruteurs, encore moins dans les milieux imposant un contact avec la clientèle (vente, tourisme, soins de beauté, etc.).

    S'il est délicat de trancher, il semble toutefois qu'en milieu professionnel on s'expose à quelques « risques » en arborant des tatouages. Notez au passage que ceci ne rebutera pourtant pas un formateur VR2. Ces formateurs, issus de l'entreprise, sont rompus à toutes les formes d'expression. Pas besoin de leur faire un dessin...

     

    F. Huguenin - VR2

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