N°48 - La Newsletter VR2 - Vie professionnelle

« Appartenir à l'élite, cela ne dépend pas de la fonction, mais du caractère, de la valeur spirituelle de l'homme. » – Raoul Dautry

Bizutage et (dés)intégration

Une cérémonie au champagne

Des cérémonies dignes et respectueuses marquent durablement et positivement les esprits.

Le bizutage existe encore malgré l'interdiction en France. Très discuté, des dérives graves compromettent sa réputation.

Récemment, une jeune étudiante vétérinaire française dans une université belge a été l'objet d'un bizutage « aménagé ».

Refusant de boire de l'alcool, ses camarades l'ont alors incitée à boire exagérément de l'eau au point de provoquer un œdème cérébral* la conduisant au coma.

Mais qu'est-ce donc que le bizutage et à quoi sert-il ? Plusieurs versions s'affrontent, car il y a des défenseurs de ce rite. En Belgique, mais aussi ailleurs, le bizutage semble profiter d'une réputation plutôt avantageuse, en particulier dans le milieu vétérinaire qui le pratique comme une véritable institution. Mais cette fois, l'histoire belge a tourné au sordide.

Le bizutage : facteur d'intégration ?

L'essentiel

  • Le bizutage est une espèce de tradition plus ou moins suivie selon les milieux. Certains le cautionnent, d'autres s'y opposent.
  • La loi française interdit le bizutage et autres pseudo-cérémonies apparentées.
  • Il consiste, en principe, à favoriser l'accès des nouvelles recrues. Dans les faits, mauvais traitements, humiliations, viols, accidents parfois graves ont déjà été recensés relativement fréquemment.
  • Pour ceux qui en soutiennent l'exercice, le bizutage serait une sorte de baptême, un rite de passage favorisant l'intégration, un privilège réservé à d'heureux élus accédant à une école ou une caste favorisée, jalousée et admirée.

    Le rituel est alors présidé par les plus anciens, bienveillants tuteurs honorant les postulants de leur attention et les gratifiant d'un apprentissage « accéléré » des codes internes de l'autorité et de la hiérarchie en vigueur dans ce « Très Saint ». Le bizutage jouerait ainsi un rôle social fédérateur.

    Selon certains, le bizutage répondrait au besoin d'appartenance. La cohésion de groupe, la solidarité sont des valeurs recherchées. Le bizutage contribuerait alors à leur valorisation. Si des dérives sont reconnues, un encadrement plus formel pourrait, selon les mêmes, justifier la préservation de ce rituel.

    De jeunes recrues elles-mêmes estiment avoir vécu « avec succès » ces cérémonies d'intégration, estimant les autorités officielles incompétentes et alarmistes, nuisant au « lien entre étudiant et professionnel (...), processus intergénérationnel qui amène à un travail en équipe pluridisciplinaire et pluri-professionnel pour aider autrui » — lu sur un site étudiant en médecine.

    Pour ses défenseurs, le bizutage serait un facilitateur de l'intégration et de la cohésion d'équipe.

    Le bizutage serait alors un gage de convivialité propice au professionnalisme, particulièrement en milieu éprouvant, comme les étudiants en médecine confrontés à la douleur et à la mort. Le « bizut » est incité de la sorte à se rapprocher de ses camarades de promotion, confrèrerie où il trouvera compréhension, protection et réconfort, ce dont « l'extérieur » n'est pas capable. Ce serait devenir frère d'armes. Le rite d'initiation rappellerait aussi à l'impétrant l'importance de la modestie face à l'expérience des plus âgés. Sa soumission témoignerait de sa lucidité à ce propos et justifierait la bienveillance de ses aînés. Présenté comme ça, c'est presque tentant...

    Le bizutage et la « désintégration »

    La définition de la Haute Cour de Justice de la République, lors d'un procès en mai 2000, est déjà beaucoup moins romanesque. Le bizutage serait alors « une série de manifestations où les élèves anciens, usant et abusant de leur supériorité née de la connaissance du milieu, du prestige de l'expérience et d'une volonté affirmée de supériorité, vont imposer aux nouveaux arrivants, déjà en état de faiblesse, des épreuves de toute nature auxquelles, dans les faits, ils ne pourront se soustraire sous l'emprise de la pression du groupe, du conditionnement et de ce que l'on peut appeler des sanctions en cas de refus, comme l'interdiction d'accès à divers avantages de l'école, l'associations des anciens élèves, etc. »

    Un rite initiatique est censé élever l'individu, le renforcer, l'armer pour l'avenir. Le bizutage ne semble pas remplir ces conditions. Son déroulement n'est pas codifié ni véritablement structuré, à l'inverse d'une éthique ou d'actes symboliques. Lors des séances de bizutages, ce sont souvent les plus pervers et non les plus vertueux qui mènent la danse. Le bizutage serait aussi une vaine tentative d'imitation de cercles prestigieux et valeureux — comme certains corps d'élite qui organisent en effet des cérémonies d'accueil honorables et dignes — et devient prétexte au défoulement de frustrations diverses. En lieu et place d'honneur, de valeur et d'éloge, il est question de domination, d'humiliation, de dégradation, voire de perversion.

    « [Nous] devions sucer des tampons hygiéniques imbibés d'alcool, enlever nos soutiens gorges... »

    Une jeune femme ayant réussi a échapper en partie et par la ruse à des complications raconte sur un forum étudiant  : « [Nous] devions sucer des tampons hygiéniques imbibés d'alcool, enlever nos soutiens gorges... J'ai été obligée, comme toutes les autres (...) à pousser des cris de plaisir dans [un] micro. Nous avons été très choqué par les scènes de fellations et de sodomie mimées, parfois sans vêtements sur les parties intimes. Nous étions (...) réveillés en pleine nuit dans les bungalows afin de boire, sous caméra. J'ai [vu] des accouplements fictifs, des "bizuths orgasmes", et des personnes forcées à boire en pleine nuit... ».

    Bien entendu, tous les établissements ne tombent pas dans de tels excès lors de possibles cérémonies d'accueil. Il s'agit seulement de souligner le fait que des dérives sont possibles et qu'il convient de rester prudent. Lorsque des écarts ont lieu, ils sont souvent à connotation alcoolique et sexuelle. Et ces orientations sont potentiellement dangereuses. Il y a suffisamment de cas en France pour que des incitations à la modération soient justifiées.

    En réalité, le bizutage entraîne des « traumatismes psychologiques graves » pour 92% des parents d'élèves et 78% y voient « une épreuve humiliante », selon une enquête publiée en septembre dernier par le Comité National Contre le Bizutage (CNCB).

    L'enquête révèle encore qu' « en 2010, en France, 4 jeunes sont morts des suites d'un bizutage. En 2006, 10 cas de bizutage ont donné lieu à une condamnation pénale. En 2004, les bizutages ont augmenté de 10%, une hausse suivie en 2005 d'une augmentation de 11%. Au moins un cas de 'happy slapping' - ou vidéolynchage, pratique consistant à filmer l'agression physique volontaire d'une personne à l'aide d'un téléphone portable - serait signalé chaque semaine. [L'entreprise n'est pas épargnée] : 1,9 % des salariés déclarent subir, dans leur emploi actuel, des atteintes dégradantes de la part d'une ou plusieurs personnes ».

    Des universités, parfois prestigieuses, des écoles d'ingénieurs, de commerce, des hôpitaux, des écoles militaires ont encore recours à ces traditions. Certaines entreprises de renom également, à des degrés divers en termes de vulgarité. Ce bizutage se produit souvent à une époque charnière, au moment où se déterminent des orientations professionnelles importantes.

    Aux yeux de la Loi, le bizutage est « le fait pour une personne, d'amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations, ou de réunions liées aux milieux scolaires et socio-éducatif » — article 14 de la loi du 17 juin 1998. La mention « contre son gré ou non » est importante dans le cas de la jeune française citée en introduction. Ainsi, le cercle étudiant incriminé prétendra, par la bouche de son président, que « personne ne l'a forcée à boire », un argument qui ne tient pas au regard de la Loi française.

    Le bizutage est interdit en France et puni de six mois de prison et 7 500 euros d'amende, les peines pouvant être doublées lorsque la victime est considérée comme physiquement ou mentalement fragile.

    Que l'on soit pour ou contre, il est difficile de justifier des actes mettant mal à l'aise n'importe quel candidat, même si « ce n'est pas méchant ». Ce n'est pas parce que l'on est nouveau quelque part qu'il faut nécessairement être traité avec une condescendance ambigüe.

    VR2 connaît bien la question : la plupart des stagiaires qui entrent en formation sont nouveaux pour ce chapitre. Mais point de risque de bizutage ou de toute autre forme interlope d'intégration. Dès les premiers instants, ce sont vos valeurs qui sont révélées et vos ressources valorisées. C'est dans la veine du respect et de la dignité qui reviennent à tous ceux et celles qui se mobilisent pour évoluer. C'est l'esprit de la formation. C'est l'esprit VR2.

    F. Huguenin - VR2

     

    * L'œdème cérébral est un accroissement de volume de l'eau contenue dans le cerveau qui entraîne une augmentation du cerveau lui-même, générant une pression plus élevée que la normale à l'intérieur du crâne.

     

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