N°48 - La Newsletter VR2 - Vie professionnelle

« Le suicide, ce n'est pas vouloir mourir, c'est vouloir disparaître ». – Georges Perros, Papiers collés

Suicide et travail

Une femme seule sur un banc © dp@pic - Fotolia.com

Les épreuves peuvent s'accumuler, isoler et conduire au pire.

Le suicide est un problème grave et dangereusement répandu en France. Les conditions de travail posent des questions gênantes quant aux cas de suicides de salariés. Peu de solutions s'offrent encore en réponse.

En 2013, la France tient un triste record du suicide en Europe avec 14,7 cas pour 100 000 habitants — contre 10,2 en moyenne et environ 5 en Allemagne et en Italie. Ce rapport peut paraître relativement faible mais cela représente plus de 10 000 morts par an et plus de 200 000 tentatives « reconnues ».

Quand le travail devient un facteur de risque

L'essentiel

  • Le suicide est un phénomène qui existe en proportions variables dans toutes les couches de la société.
  • Le milieu du travail, en France, semble suspectement impliqué dans ce drame.
  • Mauvaise ambiance, attentes exagérées de la hiérarchie, isolement moral et physique sont des éléments concourants.
  • Des mesures commencent à apparaître. Prendre soin de soin et de son environnement est fondamental.
  • En rapport avec le milieu professionnel, 30 % des actifs ont déjà pensé — pour certains, souvent — à mettre fin à leurs jours ! Vous en faites peut-être partie, ou bien un proche... (sources : cabinet de prévention des risques professionnels Technologia). On estime que chaque jour, en France, une personne se supprime à cause de son travail.

    « L'entreprise moderne presse ses employés au-delà de leurs limites physiques et psychologiques, analyse Shimon Dolan, psychologue des organisations et professeur à l'université de Montréal. L'obligation de résultat est terriblement éprouvante, d'autant que vient s'y ajouter une grande incertitude : on ne sait pas si on aura encore son travail le lendemain ». Lors d'une enquête à ce propos, 43 % des sondés ont invoqué leur travail en termes de stress.

    L'Irish Times (Irlande) signale que de nombreux travailleurs sont touchés de prés par ces manifestations pénibles, souvent du fait des supérieurs hiérarchiques. « Le plus souvent, on vous agresse verbalement, on critique votre travail ou l'on fait circuler des rumeurs sur votre compte. À moins qu'on ne vous humilie ou qu'on ne vous fixe des objectifs inaccessibles. [Les effets sont] l'anxiété, l'irritabilité, la déprime, la paranoïa, le stress, la perte de confiance en soi ou de l'amour-propre et le repli sur soi, [des composantes qui peuvent mener à] la dépression, voire au suicide ».

    30 % des actifs français ont déjà pensé à mettre fin à leurs jours.

    Des entreprises sont devenues tristement célèbres pour des cas de suicide de leurs employés, et fréquemment, sur le lieu de travail. Mais même de moins connues ou plus inattendues connaissent des problèmes sous ce rapport : la Poste, CPAM, Pôle Emploi, la Police, la Gendarmerie, Renault, Peugeot, Sodexho. Et d'autres encore.

    Le motif le plus souvent avancé pour tenter d'expliquer ces tendances est la crise. La grande majorité de ces actifs français estiment cependant que les pouvoirs publics n'ont pas réellement conscience de la situation. Ils pensent aussi (63 %) que lorsque le drame a eu lieu, l'entreprise réagit de façon peu ou pas adaptée.

    Selon une enquête australienne un peu ancienne (1994) mais surprenante, lue dans le Sydney Morning Herald, c'est le lundi, jour de reprise, que se produisent la majorité des suicides chez les hommes (chez les femmes, le phénomène ne s'observe pas). Les autres jours de la semaine sont moins « dangereux ». Fait troublant, ce même lundi concentre aussi les cas de crises cardiaques. Mauvaise presse pour le travail.

    Diverses causes mais un facteur aggravant

    Le magazine français Psychologies, rapporte sur son site les propos d'une femme de 52 ans qui a tenté de se suicider : «  J'ai commencé à perdre pied sans m'en rendre réellement compte. Au travail, je me sentais isolée, débordée, j'avais perdu confiance en moi. J'avais peur de tout, je dormais très mal. Progressivement, je me suis renfermée sur moi-même. Un jour, je suis allée voir mon directeur pour lui dire que je n'y arrivais plus. Il ne m'a pas entendue et n'a cessé de me faire des reproches. Quand je suis sortie de son bureau, je n'avais qu'une idée en tête : faire cesser cette souffrance ». On retrouve dans ce vécu des aspects évoqués précédemment dans diverses enquêtes : marginalisation de la victime, et donc isolement, pression croissante, incompréhension de l'entreprise.

    Pour Brigitte Font Le Bret, psychiatre, « [ces] drames sont l'expression de cet isolement des salariés ». L'employée confie à Margaux Rambert : « En quelques années, l'obligation de travail s'est transformée en obligation de résultat. Les salariés sont soumis à des contraintes de plus en plus fortes, surtout en terme d'objectifs, et sont enjoints de s'investir toujours davantage dans l'entreprise. Chaque carrière faisant l'objet d'un traitement individualisé, chacun se retrouve seul, sans beaucoup d'espace pour négocier, face à des exigences sans cesse renforcées ».

    « [Les suicides] sont l'expression de cet isolement des salariés »

    Après le suicide d'un cadre de Pôle Emploi, Charles-Antoine Llaury, délégué CFE-CGC en région Rhône-Alpes, explique dans L'Express : « Le plan stratégique Pôle Emploi 2015 nous impose des indicateurs et des objectifs, une forme de pression du résultat. Nous avons l'impression de travailler dans une organisation en perpétuel changement, avec des structures mouvantes, qui transforment un peu les hommes en débutants perpétuels ».

    Même dans la douleur, l'injustice règne. Si l'on s'en tient aux chiffres d'une étude américaine, les hommes se suicident plus que les femmes. Se pourrait-il qu'elles souffrent moins ? Probablement pas. C'est encore une affaire de chiffres : les femmes tentent deux à trois plus que les hommes de se suicider mais elles y réussissent moins que ces derniers. Il est probable que les femmes soient deux fois plus nombreuses que les hommes à souffrir de dépression mais dans un état d'abbattement moindre qui suggèrerait alors des tentatives de supression moins radicales, et donc avec moins de « succès ». Piêtre consolation.

    Les entreprises rechignent à admettre que l'environnement professionnel soit un facteur déclenchant. Il est alors souvent fait mention de problèmes personnels, familiaux, financiers, etc. Dans certains cas, c'est sans doute vrai, encore que cet énoncé de causes possibles est très facile à relier à la situation professionnelle.

    Selon le Mainichi Daily News, une forte majorité des hommes d'âge mûr qui se sont suicidés y ont été amenés par « des difficultés liées à des dettes, à des faillites, à la pauvreté ou au chômage ». Une population à risque est celle des hommes entre deux âges et récemment divorcés. L'isolement, qu'il soit familial, social ou professionnel, est un élément récurrent. La maladie, la retraite, sont encore des facteurs aggravants. Il devient difficile de définir quelle situation a dégénéré en l'autre. Une spécialiste, le professeur Jamison, compare cet enchaînement d'occurrences aux freins d'une automobile qui s'usent car trop souvent sollicités. Un jour, c'est le drame.

    Comment prévenir le suicide ?

    En France, en septembre 2013, un Observatoire national du risque suicidaire est mis en place, à l'initiative, entre autres de Technologia, déjà citée. Cet observatoire a pour objectif de mieux comprendre ce qui se passe au niveau national et de faire un éventuel lien avec le monde du travail. En effet, le travail est censé donner du sens et du lien à la vie, s'opposant par-là même aux tendances suicidaires. Les premières observations, plutôt paradoxales, devraient inciter à vérifier la qualité des conditions de travail en France où 15 % des entreprises ont été touchées par le suicide.

    Il n'y a probablement pas de solution miracle pour éradiquer le suicide lié ou non au travail. Cependant, des dominantes ressortent clairement dans les cas heureux de ceux et celles qui parviennent autant que possible à lutter contre le découragement, l'isolement, la dépression. Ces dominantes sont les conseils souvent donnés en matière de lutte contre le stress en général : l'exercice, la lecture, un passe-temps agréable (jardinage, collection, etc.), le contact avec des amis et du temps passé en famille.

    Selon la situation de chacun, il sera plus ou moins facile de se livrer à l'une ou l'autre de ces activités et compagnies. Par-dessus tout, le facteur isolement joue un rôle clef dans les cas graves. Préserver le lien familial et social est donc un objectif qui mérite toutes nos attentions.

    Fréquemment, des stagiaires de la formation professionnelle apprécient justement la rencontre avec d'autres acteurs. VR2 a donc la discrète prétention de contribuer au bien-être en proposant des formations riches et variées. Vérifiez vos droits à la formation, souvent ignorés, et contactez-nous. Nous pensons en effet que le travail ne doit pas être ou rester un poids mais au contraire, un révélateur de valeurs et de ressources, les ingrédients du développement et de l'épanouissement. Les ingrédients de la vie.

    F. Huguenin - VR2

     

     

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