N°55 - La Newsletter VR2 - Document

« Pour s'en sortir, il faut disposer très tôt de ressources en soi et pouvoir bénéficier des mains tendues ou tuteurs de résilience. »
– Boris Cyrulnik, Le Monde de l'éducation n° 292, mai 2001

Êtes-vous résilient ?

Dans ce document :

Introduction

Une description plutôt qu'une définition permet de se faire une idée de ce qu'est la résilience.

Quelles sont les origines de la résilience ?

Comme souvent, l'inné le dispute à l'acquis. Le rôle de l'environnement familial est indéniablement un facteur clef.

Qu'en est-il de l'éducation ?

Qu'elle soit familiale ou nationale, l'éducation doit viser le renforcement de l'estime de soi, gage de probables capacités de résilience.

Comment faire face aux épreuves ?

Il n'existe pas de recette miracle pour être immunisé face aux difficultés. Les commentaires de personnes ayant affronté diverses épreuves donnent cependant des pistes encourageantes.

La résilience, par analogie avec sa définition en mécanique, est la capacité à se rétablir et se reconstruire après une épreuve, un traumatisme. La part de l'inné et de l'acquis est difficile à établir. Il semble toutefois que l'environnement et l'éducation jouent un rôle important en la matière.

Une femme pensive dans les transports © Eléonore H

Contraintes et épreuves tendent à développer notre capacité de résilience. Ou à l'éroder...

Qu'est-ce que la résilience ? Pour certains d'entre nous, le terme peut paraître relativement nouveau, car peu entendu avant que son usage ne fut popularisé par la psychologie. En réalité, l'expression est fondamentalement bien plus courante qu'il ne le semble.

Le mot résilience, ainsi que ses dérivés (résilier, résiliation, résilient), vient du latin resilire qui signifie « sauter en arrière, rebondir, rejaillir, se retirer ». L'expression a pris le sens de « renoncer, se dédire » dans le cadre juridique en particulier. La résiliation est un terme familier que nous utilisons couramment pour parler de contrats ou d'engagements auxquels non renonçons.

La notion de résilience est utilisée depuis longtemps en physique mécanique pour désigner la capacité d'un matériau à reprendre sa forme initiale après avoir subi un choc causant une déformation. Par analogie, on comprend son application au sens psychologique qui désigne la capacité à se remettre, à retrouver l'équilibre après un évènement traumatisant. De cet ensemble de descriptions, il ressort au moins deux aspects liés à la résilience, deux aspects plus ou moins soutenus par les spécialistes. Sans parler de polémique, il existe en effet des courants parfois contraires quant à définir complètement ce qu'est la résilience.

Retenons, pour faire une sorte de « moyenne » des acceptions, que la résilience serait autant la capacité à résister à des pressions ou des traumatismes pour revenir à un état d'équilibre, que la propension à se (re)construire sur les bases de l'épreuve endurée, voire trouver un nouveau souffle.

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Quelles sont les origines de la résilience ?

Il est difficile de dire, au moment de sa naissance, si une personne sera plus ou moins résiliente. Il y a, certes, des facteurs génétiques mais bien malin qui saura anticiper sur le développemement de telle ou telle capacité, compétence ou trait de caractère.

La question est un peu la même, en caricaturant, quant à savoir si un enfant sera ensuite intelligent ou non, s'il deviendra délinquant ou pas. En réalité, l'environnement et l'éducation restent trés probablement les facteurs déterminants. Les parents jouent un rôle fondamental en la matière. Nos aptitudes à la résilience n'échappent pas à ces influences.

Dans les grandes lignes, un enfant qui grandit dans un milieu sécurisé — ce qui ne veut pas exactement dire protégé, ou surprotégé — a des chances de développer des capacités de résilience, au même titre que toutes les autres qualités qui feront de lui un être équilibré, autonome et responsable. Une constante semble toutefois récurrente : l'estime de soi. Elle-même résulte de conditions de développement affectif, physique et psychologique adéquates.

Lorsque sont réunis des éléments de contexte favorables à titre personnel, familial, éducatif et social, il est probable que se constitue une personnalité apte à la résilience en cas d'évènement pénible ou grave.

La résilience : rebondir ou subir des chocs sans être détruit.

Evidemment, lorsque l'on parle de résilience, c'est souvent parce qu'il y a eu traumatisme ; or, des traumatismes peuvent survenir précisément pendant l'enfance. Pourtant, en de telles circonstances, des enfants, parfois jeunes, font apparemment démonstration de capacités de résilience étonnantes, sous réserve de parler de véritable « guérison », et bien souvent avec une aide extérieure. L'avenir dira s'il s'agit réellement de capacités à se restructurer ou bien de stratégies de protection.

Nous sommes tous potentiellement concernés par la question de la résilience. Car, avant de parler de traumatisme, il y a des épreuves de l'existence qui affectent nos ressources les plus personnelles. Notre époque se distingue par la discutable caractéristique d'être particulièrement menaçante. Des avancées technologiques, des moyens de communication, de la propension à la propagation d'idéologies parfois surprenantes, découle un environnement en perpétuel mouvement, où se côtoient information, désinformation et évènements potentiellement dramatiques.

Ainsi, nous ne savons pas si nous ne serons pas nous-mêmes victimes d'agression, de braquage, d'enlèvement, d'un acte terroriste, ou encore d'un « dommage collatéral » lors d'une émeute, d'une guerre ou d'un règlement de compte. A cela s'ajoute les « épreuves de la vie », comme les séparations, divorces, deuils, etc. ainsi que les catastrophes naturelles. Selon notre réaction à de telles expériences, nous pourrions être qualifiés, à tort ou à raison (pour ne pas dire à tort et à travers...) de plus ou moins résilient.

La résilience ne se mesure pas avec des appareils de précision. Certaines personnes semblent surmonter victorieusement des obstacles mais à quel prix ? Le coût psychique peut-être énorme, et potentiellement dommageable, alors que les apparences sont sauves. Encore, ils pourront paraître résilients face à des contraintes réputées pénibles, et beaucoup moins dans des situations qui nous paraîtront, à nous, relativement légères.

Surmonter des difficultés n'est pas toujours synonyme de force ; interviennent aussi des questions de sensibilité, voire de sincérité. Difficile de circonscrire pas des définitions ce qu'est la résilience au sens psychologique. Un peu facile serait d'en faire une simple capacité que seuls développent les « battants »...

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Qu'en est-il de l'éducation ?

Un ourson en peluche soigne ses blessures...

Il y a des apprentissages qui surviennent trop tôt...

Lorsque l'on parle d'éducation, l'expression renvoie d'abord et en principe, aux parents. Par extension, et par « convention », elle se rapporte aussi au milieu scolaire. Ne parle-t-on pas d'éducation nationale ?

Pas de doute que le rôle des parents est fondamental. Un encadrement équilibré, guidé par l'amour de l'enfant, constitue le socle du développement de sa personnalité.

Dans un tel cadre, il peut tester différentes circonstances, en supporter parfois les conséquences, mais guidé et rassuré par la « présence » des parents. C'est de cette manière que l'enfant s'expose sans risques démesurés à la résistance, à la déconvenue, à l'échec. Il en expérimente les effets psychiques, comme le découragement, avec la possibilité de recevoir explication et suggestion de solutions. Il peut ainsi construire ses défenses, vérifier l'importance de la persévérance, de la patience ; il intègre la notion d'impossibilité sans remettre en cause sa personnalité.

Il apprend à faire face, à se faire confiance, à connaître ses limites. On gagnera beaucoup plus à habituer une jeune personne à affronter raisonnablement les difficultés, quitte à fournir de l'aide, plutôt qu'à lui éviter systématiquement les moindres désagréments. Ce sont les fondamentaux de l'estime de soi, de la résilience.

En principe, le système scolaire soutient ces valeurs. Dans les faits, il semble que cela soit beaucoup plus compliqué, ne serait-ce que pour des questions de disponibilité des enseignants dans des classes souvent surchargées. La proximité d'autres élèves aux aspirations parfois trés éloignés des concepts de développement personnel sain contribue à un certain décalage. Les enseignants sont bien plus sollicités pour des démarches curatives que pour des approches réellement éducatives. En d'autres termes, ils sont souvent obligés d'être gendarmes plutôt qu'éducateur.

Apprendre à faire face, à se faire confiance, à connaître ses limites.

Les nouvelles technologies, par ailleurs utiles, trés en vogue chez les jeunes gens, incitent encore au culte de la facilité, de l'immédiat et de la surinformation. Autant de notions diamétralement opposées aux véritables besoins de structuration psychique, tels que patience, persévérance et effort. On comprend alors à quel point les parents restent la base du développement de l'enfant. Encore faut-il que ces parents soient suffisamment et personnellement présents auprès de lui.

A l'inverse, notre environnement moderne, surtout commercial, voudrait nous faire croire que si nous disposons des derniers gadgets et autres « applications » nous sommes à l'abri des tracas que rencontrent ceux qui ne suivent pas le mouvement. Selon eux, on peut à peu près tout contrôler, tout savoir et tout prévoir. On pourrait même s'exposer à certaines « tentations » dangereuses sans en subir les conséquences, selon que nous serons bien accompagnés, bien conseillés ou bien équipés. L'argent est souvent présenté, parfois de façon trés convaincante, comme la protection absolue et confère un sentiment d'invulnérabilité. Cette attrayante illusion peut miner le développement psychique et dépouiller la personnalité de ses défenses et de ses qualités constructives fondamentales. Elles n'ont, quant à elles, pas de prix.

On peut développer des qualités de résilience dans un contexte complètement « hors-normes ». C'est plus difficile, cela dépend aussi de la proximité d'éléments « tuteurs », plus ou moins formellement. C'est évidemment plus risqué, avec des effets secondaires variables. Il existe des exemples surprenants de personnes ayant trés tôt affronté des conditions extrêmes et ayant pourtant résisté, puis reconstruit leur vie. Difficile, cependant, d'évaluer le rapport entre résilience, résistance, résignation et déni. Il est probable également que ces personnes aient ensuite, heureusement, reçu l'aide de personnes qualifiées et attentives, en vue de leur récupération.

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Comment faire face aux épreuves ?

Au début de cet article, il est question de la résilience comme de la capacité à se remettre, à rebondir, à retrouver l'équilibre après un évènement traumatisant. Quelques exemples peuvent nous éclairer quant à savoir comment se remettre face aux épreuves. Ce ne sont que des exemples à titre indicatif. Aucune de ces mentions ne peut s'ériger en règle ni en solution idéale.

Récemment, en France, des inondations assez exceptionnelles ont encore causé d'énormes dégâts ainsi que des pertes en vies humaines. Ce sont des évènements dont il peut être difficile de se remettre. Comment faire ?

Cherchez à vous concentrer sur ce que vous avez encore, ne serait-ce que votre vie, plutôt que sur ce que vous avez perdu. Un survivant après une terrible catastrophe au Japon déclare : « Au début, j'ai fait la liste de ce que je voulais avoir, mais cela n'a fait que me rappeler tout ce que j'avais perdu. J'ai donc décidé de mettre sur ma liste seulement les choses dont j'avais vraiment besoin. Et je les rayais au fur et à mesure que mes besoins étaient satisfaits. Cette liste m'a aidé à reprendre ma vie en main. »

Faites ce que vous pouvez pour apporter de l'aide à d'autres qui en ont autant, voire plus, besoin que vous. Cela aide à se concentrer sur les choses vraiment importantes et à relativiser son propre malheur.

Dans certains cas, c'est la maladie qui vient compliquer, parfois tragiquement, notre vie. Que faire ? Il n'existe malheureusement pas de remède miracle mais quelques efforts en valent la peine.

Restez optimiste. C'est évidemment trés facile à dire. Néanmoins, une jeune femme maintenant limitée après avoir subie une intervention pour une tumeur au cerveau, explique : « Pendant ma convalescence, j'ai rencontré les mêmes difficultés que mes anciens patients [elle était kinésithérapeute]. Les exercices étaient très douloureux et j'avais parfois envie d'abandonner. Je devais m'obliger à rejeter ces pensées négatives. Je savais que mes efforts finiraient par payer. »

Une personne résiliente ne s'accable pas non plus de reproches destructeurs.

Parfois, de véritables drames compromettent toute notre existence. Ainsi, un homme a perdu pratiquement toute sa famille dans un accident de voiture. Rien ne pourra lui enlever la douleur. Il continue de vivre en s'en tenant courageusement à quelques principes.

Exprimez votre chagrin. Il confie : « Chaque fois que j'en ressentais le besoin, je m'autorisais à pleurer. Je me sentais mieux après, et retenir mes larmes n'aurait servi à rien de toute façon. » Chacun, cependant, exprimera son chagrin d'une manière ou d'une autre et en cas de « discrétion », cela ne signifie aucunement de l'indifférence.

Ne restez pas seul. « J'ai lutté contre l'envie de me replier sur moi-même, explique cet homme. J'accueillais gentiment les personnes qui me rendaient visite. Et puis, je confiais mes sentiments (...) à mes amis proches. »

Restez calme si on vous dit des choses qui blessent. « Certains me disaient des choses censées me réconforter, explique cette personne, mais ça me faisait l'effet inverse. » Ne ressassez pas. Il y a et il y aura toujours des paroles malheureuses qu'il ne faut pas prendre en compte, aussi difficile que ce soit.

Dans une optique plus généraliste, une personne résiliente ne s'accable pas non plus de reproches destructeurs du style « je suis un raté » ou « je ne vaux rien ». Le livre Le pouvoir de la résilience (R. Brooks et S. Goldstein, trad. M. Constant, Québec, Les Éditions de l'Homme, 2006) explique que la résilience « nous aide à comprendre que les erreurs et les échecs se produisent dans la vie de chacun. Ce qui compte, c'est la manière dont nous y réagissons ».

On ne s'improvise pas résilient, et il est difficile de dire comment on pourrait véritablement s'y préparer. Retenons que plus nous évoluons (et avons évolué) dans un environnement favorable à l'émergence de qualités constructives, telles que l'estime de soi, mieux nous serons aptes à nous adapter à des contextes pénibles ou traumatisants.

VR2 propose un ensemble de formations qui vont dans ce sens. Voyez, par exemple, la rubrique des formations « Relations humaines ». Le rapport à autrui est un des meilleurs contextes quant à développer des capacités relationnelles saines et adultes. Si VR2 a pour devise de révéler vos valeurs, il s'agit aussi de valoriser vos ressources. La résilience en est une.

 

F. Huguenin - VR2

 

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