N°51 - La Newsletter VR2 - Dossier

« La société se caractérisera par une surabondance d'informations. Le défi sera de ne pas confondre l'accessoire et l'essentiel. » – Aurélie Royet-Gounin

Information et surinformation

Dans ce dossier :

Introduction

Les moyens d'information modernes atteignent des proportions exceptionnelles.

Qu'est-ce que l'information ?

La notion d'information est large et expose à des dérives.

La surinformation

Trop d'informations peut produire l'effet contraire à celui attendu. Nous ne sommes pas nécessairement capables de tout traiter.

Le stress de la surinformation

La surinformation peut générer un stress pénible. En prendre conscience est un pas vers la protection.

Comment gérer la surinformation ?

En s'appliquant à simplifier son environnement d'information, on peut limiter le stress.

L'information est utile, voire nécessaire. Mais trop d'informations peuvent générer une surinformation. Il en résulte un stress nuisible. On peut limiter les dégâts en faisant les bons choix.

Un homme tient une tablette, une multitude d'informations tournent autour de sa tête. © alphaspirit - Fotolia.com

Des moyens d'information nombreux et puissants. A quelle fin ?

Le contenu d'un seul journal réputé sérieux contient aujourd'hui peut-être plus d'informations qu'une personne du XVIIe siècle n'en aurait reçues en une vie. Et l'information ne se limite pas à un seul journal.

Pour ne parler encore que de la presse, il faut ajouter les autres quotidiens, hebdomadaires, revues et magazines divers.

Bien entendu, viennent aussi les livres, innombrables, les médias modernes sur supports électroniques et, évidemment, le champion toutes catégories de l'information : internet. Il faut chiffrer en milliards le nombre de pages internet accessibles.

Il ne s'agit pas ici de conclure à l'infaillibilité de ces supports mais à l'incommensurable quantité d'informations qui y circulent avec une fluidité quasi magique.

En faisant la somme, si possible, de tous ces médias, ça fait beaucoup d'informations. Et il faut bien reconnaître que l'on nous pousse à absorber de plus en plus d'informations, que ce soit pour des raisons personnelles ou professionnelles. Cette incitation perpétuelle à être au courant de tout ne cherche pas seulement à combler notre besoin de savoir qui se contenterait bien souvent de moins. Il y a d'autres intérêts, qui nous échappent sans doute mais ne sont pas perdus pour tout le monde.

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Qu'est-ce que l'information ?

Pour information (!), un peu d'étymologie. Information et informer viennent du latin informare qui veut dire « façonner, donner une forme ». Et, dans la même veine, des dictionnaires définissent ainsi l'action d'informer : « Donner une forme à l'esprit, instruire ». Ces appellations et descriptions font penser au travail de potier. Or, dans le cas du potier, l'artisan utilise de la matière, souvent de l'argile, à laquelle il donne ensuite forme. Ainsi, à partir du même matériau et en même quantité, un ou plusieurs potiers peuvent très bien donner des aspects différents à leur travail, selon leur inspiration ou leur besoin.

« Sur l'autoroute de l'information, on incite les gens à prendre la file de gauche. »

Cette observation offre une belle métaphore de l'information : des faits pourtant identiques peuvent donner naissance à des interprétations ou des orientations multiples. Premier avertissement.

Si, pendant un temps, l'information se limitait à un recensement et un énoncé de faits qu'il suffisait de consulter, la fin du XXe siècle, nouveaux médias obligent, a considérablement compliqué les choses. Surtout, une croyance s'est imposée : celui qui détient le plus d'informations est mieux placé que les autres. C'est la boulimie de l'information, l'infomanie.

Hugh MacKay, psychologue et chercheur australien en sciences sociales, écrit : « le monde est envahi par l'information et, sur l'autoroute de l'information, on incite les gens à prendre la file de gauche ». L'information va vite et elle est partout. Outre la radio et la télévision, internet a multiplié la vitesse et le nombre des échanges si bien que l'on est quasi perpétuellement bombardé d'informations. On imagine pouvoir — et on veut — tout savoir sur tout, tout le temps et tout de suite. Cela peut devenir de la surinformation. Deuxième avertissement.

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La surinformation

Dans Le smog de données : survivre à la surinformation (angl.), David Shenk écrit : « La surinformation devient un véritable danger. [...] L'obésité nous guette aussi dans ce domaine ». Comme en diététique, le risque vient d'un mauvais choix de nutriments et de leur surabondance.

Vouloir être informé est légitime. Mais l'information est censée nous profiter, nous construire, nous instruire. Or, ce qui est présenté comme de l'information n'est pas toujours à la hauteur de ce louable dessein. Dans bien des cas, nous n'avons même pas besoin de ce type de données.

C'est ce constat qui amène certains à parler d' « explosion de données » ou encore, d' « explosion de non-information » plutôt que d' « explosion informationnelle ». Hazel Henderson, analyste économique, explique : « L'information en soi ne nous éclaire pas. Il nous est impossible de faire la différence entre la mésinformation, la désinformation et la propagande dans cet environnement dominé par les médias. La place accordée à l'information pure nous a surchargés de milliards de données brutes fragmentées et nous a éloignés de la recherche de vues d'ensemble cohérentes »

« Une grande partie de l'information est purement et simplement gaspillée. »

Le président de l'Encyclopædia Britannica Publishing Group, Joseph Esposito, dresse le constat suivant : « À l'ère de l'information, une grande partie de l'information est purement et simplement gaspillée; ce n'est que du bruit. L'expression 'explosion informationnelle' convient bien : la déflagration nous empêche pratiquement d'entendre quoi que ce soit. Si nous n'entendons pas, nous ne pouvons pas apprendre ». Et Orrin Klapp, sociologue américain, fait ce commentaire : « J'ai l'impression que personne ne mesure vraiment à quel point ce que produit la communication publique est de la pseudo-information qui feint de dire quelque chose, mais qui en réalité ne dit rien ».

La facilité d'utilisation d'internet renforce le phénomène. Où que l'on soit, on peut être informé. Tous les moyens sont bons mais les nouvelles technologies attirent le plus grand nombre. Ces technologies deviennent parfois des fins en soi au point qu'une information ne sera prise en considération que si elle a été relayée sur le réseau, si possible social. Nicholas Negroponte, du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a peut-être raison en disant : « L'informatique, ce n'est plus seulement les ordinateurs. C'est la vie ». Parmi les effets de la surinformation, le stress.

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Le stress de la surinformation

La plupart des professionnels connaissent bien ce phénomène du stress de la surinformation. La quatrième de couverture du livre de David Lewis, La surinformation (angl.), mentionne : « De nos jours, un grand nombre de travailleurs sont noyés sous un déluge de données [...]. Submergés d'informations, [...] ils sont de plus en plus stressés, irréfléchis, paralysés par le désir de tout analyser ».

En principe, plus on sait de choses et mieux on se porte. Comment se fait-il que l'abondance d'informations produise un effet contraire au bien-être ?

Richard Wurman, architecte et styliste américain, propose une explication. « Le stress de la surinformation est dû au fossé grandissant qui sépare ce que nous comprenons de ce que nous pensons devoir comprendre. C'est le trou noir qui existe entre les données et la connaissance. Il apparaît lorsque l'information ne nous dit pas ce que nous voulons ou devons savoir. Pendant longtemps, les gens ne se sont pas rendu compte de tout ce qu'ils ignoraient : ils ne savaient pas qu'ils ne savaient pas. Aujourd'hui, nous sommes conscients de notre ignorance et c'est une source de stress ».

« Un grand nombre de travailleurs sont noyés sous un déluge de données, [...] ils sont de plus en plus stressés. »

Avec toutes les informations qui nous tombent littéralement dessus, nous comprenons bien que nous ne pouvons pas tout saisir ni tout retenir. Nous mesurons à quel point il est impossible de tout savoir alors que tout paraît disponible. C'est un peu comme quelqu'un qui se trouverait dans un grand magasin où foisonnent une quantité de produits susceptibles de répondre à son attente. Mais il ne dispose que d'un budget à peine suffisant pour l'achat du moindre d'entre eux. Même si cela comble le besoin minimum, la frustration d'avoir dû renoncer à tous les autres persiste ! Cette situation — facile à évoquer pour certains — crée un stress.

Si, en plus de cela nous avons l'illusion que les autres savent plus ou mieux que nous, nous engageons un processus de comparaison dévalorisant. Internet contribue largement à ce malaise de par la dispersion des données au fil des liens, renforçant une sensation de « butinage » hasardeux peu propice à la satiété intellectuelle. A cela s'ajoute souvent le défaut de données : nous trouvons une quantité de choses mais pas celle que nous cherchons ! Pire encore, s'apercevoir que nos informations sont faussées. C'est l'inconfort, l'insatisfaction, la frustration, les ingrédients du stress chronique.

Pour l'écrivain et réalisateur David Shenk, la surinformation agit comme un brouillard polluant : « Le smog de données s'infiltre partout; il interdit tout moment de tranquillité et empêche la méditation dont nous avons grand besoin. [...] Il nous épuise nerveusement ».

L'infomanie et l'illusion que l'information est garante de la réussite peuvent conduire à des excès préjudiciables à la santé. Pour tout savoir tout le temps sur tout, certains veulent restés connectés jusque dans les moments les plus intimes de leur existence, puisque maintenant, information rime très souvent avec connexion. Leur sommeil, leur alimentation, leurs relations à autrui, avec les membres de leur famille et aussi avec soi-même s'en trouvent perturbés. Et malgré tout, persiste souvent dans leur tête la lancinante question : « Est-ce que je suis bien au courant des toutes dernières informations ? » Il n'y a qu'à voir, déjà, avec quelle compulsivité certains vérifient leurs courriels toutes les dix ou quinze minutes.

« L'information en soi ne nous éclaire pas sur le sens de notre vie. »

Hugh MacKay nous incite à une réflexion pertinente : « En réalité, l'information ne construit pas l'intelligence. L'information en soi ne nous éclaire pas sur le sens de notre vie. L'information n'a pas grand-chose à voir avec l'acquisition de la sagesse. Comme d'autres biens, elle peut en fait être un obstacle à la sagesse. Nous pouvons savoir trop de choses de la même façon que nous pouvons avoir trop de choses ».

Les outils informatiques les plus modernes ne règlent pas vraiment la question. Dans un sens, ils contribuent à son opacité. La facilité d'accès à l'information est telle que son traitement devient de plus en plus difficile, tant en volume qu'en contenu. En effet, il n'est pas toujours possible de faire le lien entre ce que nous apprenons et ce dont nous avons besoin ou sommes seulement capables de traiter avantageusement. Peut-être n'y a-t-il d'ailleurs aucun lien pertinent, aucune application utile à faire à partir de l'information. D'où confusion et donc stress.

Quelqu'un a comparé cette situation à celle d' « une personne assoiffée condamnée à utiliser un dé à coudre pour prendre de l'eau à une bouche d'incendie. Le simple volume de l'information et la manière dont elle est déversée nous la rendent souvent en grande partie inutile ».

Paul Kaufman, théoricien de l'information, explique quant à lui : « Notre société se fait une image de l'information qui, bien qu'attirante, se révèle contre-productive. [...] Cela est dû en partie au fait que l'on accorde trop d'attention aux ordinateurs et au matériel, et pas assez aux gens qui utilisent réellement l'information pour comprendre le monde et faire des choses utiles les uns pour les autres. [...] Le problème n'est pas que nous accordions de l'importance aux ordinateurs, mais que nous en venions à en accorder moins aux humains ».

Pour certains techniciens, la limite entre la finalité et les moyens reste floue. On conçoit des machines capables de faire des choses assez extraordinaires mais cela ne signifie pas que leur usage soit impératif ou même nécessaire. Nos ordinateurs, téléphones et tablettes peuvent se connecter sous diverses formes à des sites ou des applications d'information mais les indéniables prouesses de la machine rendent-elles l'information meilleure ou plus utile ?

« Notre société se fait une image de l'information qui, bien qu'attirante, se révèle contre-productive. »

Computing Canada, journal consacré à la gestion des techniques de l'information, exlique : « Les outils modernes de communication sont en train de générer une nouvelle maladie professionnelle : le stress dû aux messages ». Selon une étude sur la communication au travail réalisée par Pitney Bowes Inc. (Stamford, États-Unis), un employé de bureau envoie ou reçoit en moyenne  « 190 messages par jour, sous des formes diverses : courrier vocal, téléphone, télécopieur, bip et courrier électronique. Répondre aux messages est aujourd'hui devenu une composante plus ou moins importante du travail, ce qui accroît le stress et le sentiment d'être débordé ».

La même étude révèle que la plupart des personnes observées préfèreraient largement des contacts directs ou au moins par téléphone. Pour les spécialistes, cela pourrait être la meilleur prescription à donner à l'ensemble des personnels pour limiter le stress.

Le type de diffusion confère parfois à l'information une aura de respectabilité qu'elle ne mérite pas toujours. Les actualités télévisées, les débats en direct, les flash d'information sont présentées comme des révélations importantes et vitales. De cette frénésie de diffusion, l'esprit critique est amoindri et absorbe des quantités énormes d'aberrations ou de banalités navrantes. Dans un de ses films se déroulant dans le milieu de l'information, Jeannot Szwarc fait dire à un des personnages : « Les gens ne veulent pas comprendre, ils veulent seulement savoir ». Si cela est vrai, c'est un peu inquiétant.

Dans Le smog de données : survivre à la surinformation, David Shenk s'inquiète d'une troublante tendance : « Nous l'avons tous constaté : la société s'enfonce inexorablement dans la grossièreté. Nous voyons s'installer le règne de la télévision-poubelle, des appels à la haine radiodiffusés, des animateurs provocateurs, des procès abusifs, des coups publicitaires, de la rhétorique la plus violente et la plus sarcastique. La publicité est bruyante, envahissante, elle frise de plus en plus souvent le mauvais goût. Le langage ordurier se répand et la décence se perd. Ce que l'on a appelé la ' crise des valeurs familiales ' a plus à voir avec la révolution de l'information qu'avec le manque de respect manifesté par [le cinéma] ».

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Comment gérer la surinformation ?

Un aspect auquel nous ne pensons pas toujours et qui entre en ligne de compte quant à maîtriser les flux d'informations : nos conversations. Quelle en est la teneur ? Si, en famille, par exemple, on est plus libre de dire et entendre un peu tout et n'importe quoi — encore que la considération et la douceur restent de mise — dans le cadre de nos activités formelles ou professionnelles, il convient d'être attentif.

Avons-nous coutume de dire ou d'écouter des banalités sans consistance ? De critiquer ou entendre des critiques, souvent infondées ? Sommes-nous connu en tant que commère ? Si c'est le cas — et même avant cela — nous gaspillons probablement un temps précieux tout en augmentant inutilement notre stress. A discuter, cherchons des occasions de propos enrichissants, constructifs, encourageants et utiles. L'échange d'informations aura alors atteint son but : transmettre des données pertinentes et durables.

L'écrit reste le meilleur moyen pour acquérir des informations, car la lecture stimule également d'autres fonctions cérébrales indispensables à la réflexion. Nous n'aborderons pas ici les différents supports de lecture, comme l'écran, la tablette, etc. Retenez toutefois que leurs effets ne sont pas identiques. La notion d'écrit concerne ici surtout la formule papier (livre, revue, documents imprimés). Même dans ce cas, c'est la sélection qui fera la différence. On ne peut pas tout lire, il faut faire des choix, quitte à se passer de lectures hors-cadre. Soit dit en passant, VR2 anime des formations à la lecture active, emportant ces notions d'utilité, de pertinence et de choix.

Posons-nous la question : de quoi ai-je besoin en termes d'information ? Attention ! La réponse doit émaner de notre réflexion personnelle et non de celle des autres, surtout du plus grand nombre. Popularité ne veut pas dire qualité, célébrité n'implique pas vertu.

« Le secret du traitement de l'information, c'est de limiter vos champs d'intérêt à ce qui a un rapport avec votre vie. »

Richard Wurman écrit : « Le secret du traitement de l'information, c'est de limiter vos champs d'intérêt à ce qui a un rapport avec votre vie. Je considère comme un mythe la croyance selon laquelle plus on a de possibilités de choix, plus on peut agir de façon adaptée et plus on est libre. En réalité, la multiplication des possibilités semble augmenter le stress ». De la sorte, certains on éliminé des sources d'informations redondantes, comme des journaux, des revues, des abonnements à des sites internet aux contenus similaires. Un aparté cependant : la newsletter VR2 fait partie des meilleures du genre, ses informations sont riches, vérifiées et utiles. Ça peut aider à faire des choix...

A propos d'internet, gros mangeur de temps et générateur de stress, Le smog de données : survivre à la surinformation suggère : « Vous pourriez aussi envisager de ne pas vous connecter plus d'un certain nombre d'heures par semaine sur Internet, ou au moins d'équilibrer le temps passé en ligne par un temps de lecture équivalent ».

Pensez au temps passé devant un écran de télévision ou d'ordinateur juste pour connaître la dernière gaffe d'un animateur célèbre ou voir la honte d'une actrice en situation « compromettante ». Si vous hésitez, demandez-vous seulement ce qui se passera si vous êtes « privé » de ces informations ? La réponse est souvent étonnamment simple...

Duane Elgin, auteur et éducateur américain, écrit : « Vivre plus simplement, c'est vivre de façon plus réfléchie avec un minimum de distractions inutiles ». Orientez vos besoins d'information sur ce qui correspond réellement à vos centres d'intérêt ou d'activité. Laissez les moyens technologiques à leur place. Ils sont bons serviteurs mais mauvais maîtres.

Il est parfois difficile de s'y retrouver entre l'information, la surinformation, la désinformation, la mésinformation... Finalement, pour rester simple, pourquoi ne pas réfléchir à vos besoins en formation, cela dit juste pour votre information ? Lecture active, gestion du stress, utiliser sa mémoire, le site de VR2 regorge d'informations utiles et pertinentes. Voilà au moins une information avérée. Appelons ça une sûre information...

 

F. Huguenin - VR2

 

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