Neuro

Jeune femme derrière son livre qui nous regarde

Si proche de nous et pourtant si peu connu.

Incomparable cerveau

Nombreux sont ceux qui s'inquiètent de leur santé en général, de celle de leurs facultés mentales en particulier. C'est peut-être notre cas. La moindre défaillance peut être vécue comme les douloureux prémices d'une dégénérescence dont nous n'osons prononcer le terrible nom...

Pour peu que nous avancions en âge, des doutes s'installent parfois durablement. Et nul besoin d'être « vieux ». Certains s'inquiètent dès l'âge de quarante ans ! S'il ne nous est pas possible de savoir si oui ou non nous serons victime d'une maladie, nous pouvons dès à présent œuvrer pour en retarder les éventuels effets. Des facultés bien entretenues sont un gage de résistance aux diminutions mentales.

Astérix ou Agecanonix ?

Beaucoup pensent que nos facultés déclinent systématiquement avec l'âge. C'est peut-être votre cas... D'ailleurs, vous souvenez-vous de ce que vous avez mangé hier à midi...? Rassurez-vous, ce genre « d'oubli » momentané est fréquent et normal. Et il se trouve qu'une bonne partie de notre potentiel reste pratiquement intacte, même si les ans s'accumulent. Mieux encore, le processus normal de vieillissement n'affecte vraisemblablement pas nos fonctions cérébrales.

Des chercheurs en neurologie du Centre d'innovation de l'apprentissage scientifique de l'Institut Franklin expliquent : « Le cerveau humain est capable de s'adapter et d'établir de nouvelles connexions en permanence. Même durant la vieillesse, il peut produire de nouveaux neurones. Un déclin mental grave est généralement dû à la maladie, tandis que la majorité des pertes de mémoire et de capacités motrices liées à l'âge résultent simplement de l'inactivité ainsi que d'un manque de gymnastique mentale et de stimulation. »

« La majorité des pertes de mémoire [...] résultent simplement [...] d'un manque de gymnastique mentale et de stimulation »

Ces dernières affirmations sont d'un intérêt crucial : si nous nous appliquons à utiliser régulièrement et sainement nos facultés mentales, nous retardons, voire nous empêchons, le déclin cognitif. Il semble que, bien sollicité, un cerveau puisse ne jamais défaillir, n'eût été le vieillissement général du corps. Voilà pourquoi certains personnages, parfois célèbres, semblent ne jamais vieillir dans leur tête et montrer des capacités mentales impressionnantes jusqu'à un âge très avancé, voire jusqu'à leur disparition. Si l'on pouvait annuler les effets de la maladie et du vieillissement normal, notre cerveau semble, quant à lui, capable de durer indéfiniment.

« Le cerveau, déclare le biologiste moléculaire James Watson, codécouvreur de la structure physique de l'ADN, est la chose la plus complexe jamais découverte dans l'univers. » Selon un ouvrage du neurologue Gerald Edelman, un morceau de notre cerveau de la taille d'une grosse tête d'allumette  « contient environ un milliard de connexions. [...] Si nous considérions toutes les connexions et toutes leurs combinaisons possibles, nous obtiendrions un nombre astronomique de l'ordre d'un dix suivi de millions de zéros ». Certains estiment que c'est là le nombre total d'atomes contenus dans l'univers entier... Et ce nombre faramineux de connexions, ce sont autant de disponibilités d'apprentissage et de mémorisation.

Comment « prendre la grosse tête » ?

Un lémurien en pose méditative

Ceci soulève aussitôt une question : quelle quantité d'informations le cerveau humain peut-il emmagasiner ? Dans « Le livre du cerveau » (angl.), Peter Russell écrit : « Plus on en apprend sur le cerveau humain, plus on s'aperçoit que ses capacités et ses potentialités dépassent de loin nos estimations. »

Parmi les capacités et fonctions du cerveau, la mémoire. « La mémoire n'est pas un récipient qui se remplit graduellement, explique Peter Russell ; elle ressemble plutôt à un arbre dont les branches se terminent par des crochets auxquels on suspend ses souvenirs. Chaque souvenir constitue lui-même un groupe de crochets auxquels on pourra attacher d'autres souvenirs. La capacité de la mémoire ne cesse donc d'augmenter. Plus on en sait, plus on peut en savoir. » 

Cela veut-il dire que nous sommes tous des génies en puissance, supposés disposer gracieusement de potentiels énormes ? Oui... et non. Comme bien souvent, des résultats et des capacités existent bel et bien mais moyennant quelques efforts. « Notre cerveau conserve une vitalité intacte tout au long de notre vie à condition que nous nous en servions » , explique le Vancouver Sun. Le docteur Amir Soas, professeur de médecine dans une université américaine (Case Western Reserve University Medical School, Ohio), déclare :  « [Pratiquez] n'importe quelle activité qui fasse travailler votre cerveau » . Et il recommande de regarder le moins possible la télévision. « Quand vous êtes devant la télévision, votre cerveau est au point mort », explique-t-il.

Dans la pratique, pour conserver notre vivacité d'esprit, il s'agit de choisir des occupations qui amènent à réfléchir. Ce peut être étudier une langue étrangère, apprendre à jouer d'un instrument de musique, jouer au bridge, aux échecs ou tout simplement avoir des conversations riches et stimulantes. A ce dernier point s'ajoute alors le phénomène de lien social, élément clef dans la préservation des facultés.

Utiliser son cerveau au mieux durant sa vie est probablement le meilleur moyen de se protéger contre la maladie mentale. « Lire, écrire et calculer est peut-être le meilleur moyen de protéger votre cerveau contre la dégénérescence mentale », signale le Toronto Star. « Cette découverte a été amplement confirmée », a déclaré la neuropsychologue Marilyn Albert, ajoutant: « En ce qui concerne le cerveau, c'est « utiliser ou perdre ». »

Cerveau musclé et muscles intelligents

On a également longtemps pensé que l'exercice physique contribuait à la bonne santé mentale. En d'autres termes, vous pouvez faire du sport, ça fera aussi du bien à votre tête. On pense maintenant que l'exercice n'apporte pas seulement son heureuse contribution à la salubrité de l'esprit : il lui est absolument indispensable ! Ceci fait tomber des clichés. Par exemple, quand on demandait à Winston Churchill, qui a dirigé l'Angleterre pendant la seconde guerre mondiale, comment il s'y prenait pour garder une telle présence et vitalité d'esprit, il se plaisait à répondre, son éternel cigare aux lèvres : « No sport ! ». Sans doute l'homme était-il particulièrement intelligent. Mais il l'aurait été encore plus avec quelques exercices supplémentaires !

L'exercice physique est indispensable à la santé mentale

Evidemment, ces sympathiques affirmations n'occultent pas les problèmes dûs à la maladie, qu'elle soit physique, physiologique ou mentale. Par exemple, une personne déprimée ne pourra pas faire montre de ses réelles aptitudes tant qu'elle sera affaiblie de la sorte. Ce sont des difficultés dont il faudra tenir compte le cas échéant.

Pour conclure, citons le cas de cet homme qui entreprit d'apprendre des langues, à un moment de sa vie. Il en acquit ainsi plusieurs, qu'il parlait couramment. C'est un peu normal puisqu'il y a consacré trente années de sa vie. Il est parfois un peu « désolé » de mélanger occasionnellement certains termes entre eux. Et si c'était l'âge ? Peut-être... Précisons toutefois qu'il a commencé son apprentissage linguistique à l'âge de 75 ans. Faites le calcul...


 

Frédéric Huguenin - VR2

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